PHILIPPINES Mont Mayon, l’homme face à un géant de la nature
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PHILIPPINES Mont Mayon, l’homme face à un géant de la nature

PHILIPPINES Mont Mayon, l’homme face à un géant de la nature

par Martin Bertrand

D’origine volcanique, les îles des Philippines font partie de la ceinture de feu du Pacifique et comptent de nombreux volcans mais le Mont Mayon, situé dans la province d’Albay, est le plus actif.

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La Légende

Quand les enfants dessinent un volcan, ils se contentent de reproduire quelque chose de conique or les volcans sont loin d’avoir cette apparence.Excepté le Mont Mayon qui lui est connu pour avoir la forme la plus proche au monde de celle du cône parfait.

Depuis la nuit des temps, le volcan Mayon est rattaché à une légende. Sur ses terres vivaient Darang Magayon (“magayon” signifiant magnifique en tagalog), une sublime jeune fille convoitée par de nombreux hommes. L’un d’entre eux, Pagtuga, grand guerrier chef de la tribu d’Iriga, insista pour lui demander sa main, mais la jeune fille n’était absolument pas intéressée.

Un jour, alors qu’elle marchait paisiblement le long d’une rivière, elle trébucha sur un rocher. Ne sachant pas nager, elle réussit à échapper à la noyade grâce à un garçon nommé Panganoron, venu à son secours. Par la suite, le jeune homme courtisa la belle qui finit par tomber sous son charme. Le père de celle-ci, Rajah, ne fit aucune objection à cette union.

La légende raconte que lorsque Pagtuga apprit la nouvelle, il entra dans une colère noire et enleva le père de Darang pour l’emmener dans les montagnes. Comme il menaçait de l’exécuter si la jeune fille ne l’épousait pas, elle se résigna.

Lorsque Panganoron l’apprit, il réunit des guerriers, qui se précipitèrent avec lui dans les montagnes pour délivrer la belle. Une sanglante bataille eut lieu entre les deux tribus.

[aesop_quote type= »block » background= »#282828″ text= »#ffffff » align= »left » size= »1″ quote= »L’esprit de Darang demeure dans le volcan et celui de Panganoron dans les nuages. Ainsi, chaque année, ces esprits dispersent la pluie pour enfanter les fleurs et les plantes fraîches afin de faire renaitre la beauté du volcan. » parallax= »on » direction= »left »]

Panganoron vainquît son adversaire Pagtuga mais, par la suite, il succomba à ses blessures. La bien-aimée courut vers son fiancé agonisant lorsqu’un archer du camp ennemi la transperça d’une flèche. Les deux amoureux moururent dans les bras l’un de l’autre sur le champ de bataille.

Les jours passèrent et de leur sépulture naquit une montagne : le volcan Mayon. Son appellation est un diminutif de Magayon, le nom de famille de la belle défunte.

Certains continuent à dire que les éruptions du volcan seraient les pleurs des époux meurtris. D’autres racontent que l’esprit de Darang demeure dans le volcan et celui de Panganoron dans les nuages. Ainsi, chaque année, ces esprits dispersent la pluie pour enfanter les fleurs et les plantes fraîches afin de faire renaitre la beauté du volcan.

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La vie autour du volcan

La première éruption enregistrée, date de 1616. Depuis, bien d’autres, aussi meurtrières que destructrices, ont suivi : les alentours du volcan sont très peuplés, les gens y travaillent et y vivent depuis des générations.

L’épisode le plus traumatisant pour la région eut lieu le 1er février 1814. La lave ensevelit la ville de Cagsawa au point de ne plus laisser paraître que le clocher de l’église. 12 000 personnes périrent. Depuis, la verdure a repris ses droits parmi les roches volcaniques et l’église a été reconstruite. En 2014, à l’occasion du bicentenaire de la tragédie, une plaque a été posée devant le clocher de l’église. Elle rappelle aux visiteurs l’histoire de ce lieu de recueillement, devenu un emblème culturel.

L’activité volcanique est donc très surveillée. PHIVOLCS, l’institut philippin de volcanologie et de sismologie, dispose de nombreux centres d’observation autour du volcan. Régulièrement, il publie des rapports et fixe le niveau d’alerte. En fonction de ses analyses, les ordres d’évacuation sont décrétés.

Ces dernières années, les populations ont souvent été contraintes de quitter leur lieu de vie et donc d’abandonner leurs animaux et leurs cultures. Les moyens de relogement sont très limités mais les autorités locales doivent assurer la sécurité des habitants. Elles ont réquisitionné l’armée afin de veiller à ce que les citoyens ne regagnent par leur domicile.

Actuellement, l’alerte est de niveau 2 : les Philippins ne sont pas contraints à l’évacuation, mais il est déconseillé de pénétrer dans une zone de six kilomètres autour du volcan. Les coulées de lave y ont creusé de dangereuses rivières, du fait des fréquents éboulements. Pourtant les hommes sont souvent contraints de se rendre dans cette zone interdite afin de se procurer la terre et les pierres servant à construire ou à reconstruire leur habitation. C’est aussi là que sont localisées leurs uniques ressources, de la récolte à la pêche.

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Le quotidien

Au bout d’un chemin difficile dans une jungle éloignée des villes, il est possible d’atteindre Magapo, un village situé au pied du volcan.

C’est ici qu’Amalia Ansing, mère de quatre enfants, se confie. Elle évoque les difficultés d’habiter si près du cratère. À commencer par les nuées de cendres qui forcent parfois sa famille à couvrir leurs voies respiratoires et entraînent la destruction des plantations de patates douces dont ils se nourrissent. Elle a connu de légers tremblements de terre mais la plus grosse difficulté reste celle de l’accès à l’eau. Comme elle vit dans les hauteurs, l’eau du puits s’est évaporée depuis quelques années et sa famille doit donc consommer l’eau récupérée à chaque averse.

Malgré des conditions de vie difficiles, Amalia reste inquiète à l’idée de connaître une nouvelle évacuation forcée.

D’octobre à décembre 2014, sa famille a été déplacée dans une école. Elle a vécu avec 16 autres familles (soit environ 90 personnes) à l’intérieur d’une salle de classe. Le plus traumatisant : la promiscuité et le manque d’hygiène à cause des difficultés d’accès aux toilettes et à l’eau. À l’occasion des fêtes de Noël, le maire leur a rendu visite afin de distribuer de la nourriture et offrir des jouets aux enfants. Mais quand, trois mois plus tard, ils ont regagné leur lieu de vie, volailles et animaux domestiques avaient succombé en l’absence des maîtres. Il est facile d’énumérer tous ces soucis… mais plus difficile de trouver des solutions.

De jour en jour, les populations ressentent le fardeau d’une vie “en transit”, instable et dictée par le Mont Mayon, ce géant de la nature. Il est possible que, dans quelques siècles, cette belle région et ses habitants aient disparu sous une ultime colère du volcan.

Un reportage réalisé par Martin Bertrand, lauréat catégorie Photo du Prix François Chalais du Jeune Reporter.

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