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Cambodge : la fin de l’Empire d’Angkor remise en question par la technologie ?

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Les résultats des recherches publiées dans le Journal of Archeological Science pourraient amener les historiens à réécrire des chapitres entiers de l’histoire du Cambodge.

Les résultats de la plus vaste campagne de détection au laser aéroporté jamais menée sur un projet archéologique, montrent que la cité d’Angkor n’a peut-être pas été abandonnée au 15è siècle à la suite de l’attaque et l’occupation siamoise, comme on l’a toujours cru. Selon l’archéologue australien Damian Evans, les rois Khmers ont pu déménager au cours des soulèvements politiques, mais les scanners au sol ne prouvent pas que des milliers de personnes les aient suivis.

« Il semble à présent plausible qu’une illusion de mobilité prémoderne et de déconnexion urbaine ait été créée par des changements d’autorité au sein des diverses familles royales qui n’ont peut-être, finalement, pas impliqué de déplacement physique, encore moins de bouleversement démographique ou de création de villes ex nihilo dans des contrées sauvages ».

Chercheur à l’École Française d’Extrême Orient (EFEO) basée à Siem Reap, Damien Evans a dirigé le projet CALI (Cambodian Archeological Lidar Initiative) en mars et avril 2015. Survolant 1910 km2, il a récolté des données grâce à une technologie de détection à distance connue sous le nom de LIDAR, qui pénètre forêts et végétation. Il a rassemblé des informations sur la surface du sol, permettant aux archéologues de déterminer si un terrain, dans une zone délimitée, avait été déséquilibré par l’activité humaine.

Il faudra des années pour analyser les données récoltées. Mais des informations pourraient déjà forcer les chercheurs à remettre en question le fait que l’Empire Angkorien s’est effondré au 15è siècle. Pour Damien Evans :

« Malgré la preuve douteuse de la mise à sac d’Angkor, et quoi qu’il en soit de la preuve de la vitalité constante d’Angkor et du Cambodge pendant la période post-Angkorienne… la période entre la fin du 13e siècle et le début du 15e siècle était jusqu’à présent associée au déclin démographique spectaculaire d’Angkor, et nous faisait parler d’ ‘effondrement’ » .

Cela donne l’image d’une population qui utilise le système d’irrigation et le système routier, même après le départ de ses rois 

Mais si c’était le cas, le paysage reflèterait la migration soudaine de centaines de milliers de gens quittant Angkor en direction des capitales post-Angkoriennes. Or jusqu’à présent, il n’y a aucune preuve d’un mouvement d’une telle ampleur, ajoute Damien Evans.

Selon David Chandler, l’un des historiens majeurs du Cambodge, ces premières découvertes sont exaltantes :

« Les gens qui ont construit et qui fréquentaient les temples les ont assemblés pour nous donner une image complexe et fascinante d’Angkor comme étant un site inhabité plutôt que comme un espace monumental.

« Cela fait naître l’image d’une population – estimée à environ un million de personnes – qui utilise et contrôle le système d’irrigation et le système routier, même après le départ de ses rois ».

Le projet CALI a été soutenu par le gouvernement cambodgien et par une longue liste d’organisations internationales et d’universités impliquées dans la recherche archéologique du pays. C’était la seconde campagne du LIDAR : la première remonte à 2012 et était également dirigée par Damien Evans. Selon lui :

« Cela va maintenant prendre des années pour analyser les données et mener des recherches sur le terrain. Aujourd’hui, nous savons pertinemment que les hommes altèrent profondément le sol de la planète et qu’ils influencent énormément le système global tel que le climat etc. Ce que nous n’avons peut-être pas réalisé auparavant, c’est l’importance que cela a également eu dans le passé, bien que évidemment à une échelle limitée et locale, mais avec les mêmes défis pour les sociétés de l’antiquité.

« Il est fascinant d’être archéologue aujourd’hui et c’est peut-être encore plus fascinant pour l’histoire de l’aviation, d’être un archéologue volant » !

Traduction : Roxane Cordisco
Source : Michelle Vachon / The Cambodia Daily Research May Alter Accepted History of Angkor’s End
Photo : Laura Charlotte Bruneau/AlterAsia

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