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Thaïlande : des villageois menacés d’explulsion d’un parc national

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Les villageois du Parc national de Sai Thong toujours sous la menace d’une expulsion.

Un millier de personnes issues de 6 communautés vivant dans le Parc national de Sai Thong, dans la province de Chaiyaphum, sont menacées d’expulsion en vertu d’un programme gouvernemental de reboisement. Les habitants sont accusés d’intrusion sur les terres du gouvernement et les fonctionnaires du Département des forêts royales (RFD) les considèrent comme des « investisseurs ». Mais les représentants communautaires expliquent que les villageois pratiquent seulement une petite agriculture et qu’ils se sont installés dans la région bien avant qu’elle ne soit déclarée Parc national en 1992.

En avril dernier, les 280 habitants du village de Hin Ru ont été réveillés par un avis d’expulsion affiché dans le centre de leur communauté par le Département des forêts royales (RFD), exigeant qu’ils quittent la région à la fin du mois. Le RFD et le département des parcs nationaux déclaraient que les villageois étaient des intrus sur les terres du gouvernement.

Dans le cadre du Plan de gestion des forêts, le CNPO veut augmenter la couverture forestière totale de la Thaïlande de 33% à 40% en 2024.

Plus de 4 millions d’hectares à récupérer

Hin Ru est l’une des six communautés vivant dans le Parc national de Sai Thong, dans la province de Chaiyaphum, menacée d’expulsion. Situés sur un chemin de terre, à 40 minutes de route dans le parc national, ces villages n’ont pas accès à l’eau courante ou à l’électricité et l’hôpital le plus proche est à 2h.

Comme beaucoup de communautés forestières rurales dans le Nord-Est, les moyens de subsistance des habitants dépendent de la culture du manioc et de la recherche de nourriture dans les zones forestières environnantes.

L’avis d’expulsion fait partie de la campagne de reboisement du pays, mise en place par le Département des forêts royales et le département des parcs nationaux, avec la collaboration du Conseil national pour la paix et le maintien de l’ordre (CNPO), le gouvernement militaire qui a pris le pouvoir suite au coup d’Etat de mai 2014.

L’Ordre 64/2014 du CNPO permet aux organismes d’État – notamment le Département des forêts royales – de mettre un terme à la déforestation en retirant de force les intrus qui vivent sur les terres forestières réservées ou dans les parcs nationaux. Dans le cadre du Plan de gestion des forêts (Forest Master Plan, FMP), le CNPO veut augmenter la couverture forestière totale de la Thaïlande de 33% à 40% en 2024.

Les organismes gouvernementaux identifient les propriétaires de grandes entreprises, plutôt que les petits agriculteurs, comme source de déforestation. Pour protéger les villageois pauvres, le CNPO a créé l’Ordre 66/2014, qui stipule que les expulsions ne devraient pas influer sur les groupes à faible revenu, ou les paysans sans terre.

Des villageois assimilés à des « investisseurs »

Selon les Avocats thaïlandais pour les droits de l’Homme (LTDH), l’objectif du Plan de gestion des forêts est de récupérer environ 4,3 millions d’hectares de terres auprès des entreprises et des particuliers. En avril dernier, le LTDH a indiqué que la mise en œuvre de l’article 64 avait touché plus de 30 zones dans 14 provinces de l’Isaan. Plus de 100 villageois ont été accusés d’être des investisseurs entrés sur les terres sans autorisation.

L’ONG-Comité de coordination pour le développement rural (ONG-CORD) estime que la politique de gestion des forêts du gouvernement pourrait déplacer 2 300 villages dans 352 zones. Les habitants des 6 villages dans le Parc national de Sai Thong font actuellement campagne contre l’ordre d’expulsion et demandent que le gouvernement cesse la mise en œuvre du FMP dans leur région.

L’ONG-Comité de coordination pour le développement rural (ONG-CORD) estime que la politique de gestion des forêts du gouvernement pourrait déplacer 2 300 villages dans 352 zones.

Les villageois et les responsables gouvernementaux ont mis en place un comité chargé d’examiner de plus près l’histoire des 6 communautés accusées. Mais les membres du comité actuel sont essentiellement des responsables du gouvernement, ne laissant que peu de place aux représentants des villageois.

Le 30 avril dernier, Hin Ru et les 5 autres villages n’ont pas été expulsés après grâce à la négociation d’un délai d’occupation par les représentants communautaires avec Ukrit Pungsopha, le gouverneur adjoint de la province de Chaiyaphum, et des représentants du ministère des Ressources naturelles et du département des forêts royales.

Mi-mai 2016, les habitants des 6 communautés ont rencontré le Secrétaire permanent du cabinet du Premier ministre, le gouverneur adjoint de la province, le chef du Département des parcs nationaux et d’autres responsables pour discuter de cette affaire d’expulsion et de la mise en place d’un comité de représentants qui soit égalitaire.
Pour le moment, les villageois ne seront pas expulsés, mais leur situation dépend de la coopération de différentes structures gouvernementales et des conclusions du nouveau comité créé.

Traduction : Elodie Prenant
Source : The Isaan Record Facing Eviction, The Villagers of Sai Thong National Park
Photo : The Isaan Record (capture)

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