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Les léopards du Cambodge risquent l’extinction d’ici 2020

Leopards_Cambodge

La population cambodgienne de léopards d’Indochine s’éteindra d’ici 2018 si aucune action n’est mise en place contre la « crise de capture au collet » dans la province du Mondolkiri, où vivent les rares léopards encore en vie. C’est la conclusion d’une publication à venir de Jan Kamler, spécialiste des grands carnivores.

Jan Kamler a passé ces quatre dernières années à suivre les léopards dans le Mondolkiri, notamment comme coordinateur du programme sur le léopard en Asie du Sud-Est pour l’association de conservation Panthera. Il prédit une extinction rapide pour plusieurs espèces rares du pays, dont les léopards d’Indochine.

« Il reste entre 20 et 30 individus. Une fois que la population chute en dessous de 20 individus, la consanguinité commence et l’extinction est inévitables ».

Durant une période de six mois, depuis le mois de décembre, Jan Kamler a installé un réseau de 86 pièges photographiques dans deux secteurs des plaines de l’Est de la province du Mondolkiri. Il n’a détecté que 9 léopards, soit un profond déclin depuis les suivis antérieurs de 2009 et 2014, qui montraient également une baisse des populations.

« Il y a une crise des captures actuellement dans tout l’Asie du Sud-Est et particulièrement au Cambodge. On trouve de plus en plus de collets et de plus en plus profondément au cœur des espaces protégés. Si rien n’est fait, ce déclin aboutira probablement à l’extinction des léopards d’ici 2018 ».

Le journal PeerJ a publié en mai dernier un papier retentissant sur la diminution de l’aire de répartition globale des léopards : les auteurs y indiquent une perte de 75% de la répartition initiale en Afrique et en Asie. Jan Kamler a contribué au relevé des données sur l’Asie du Sud-Est, où cette perte est encore plus élevée. Il indique que 95% de l’aire de répartition de léopards a été perdue dans cette région, avec pour résultat la survie de seulement trois noyaux de populations : en Thaïlande le long de la frontière birmane, dans la péninsule malaisienne et dans l’Est du Cambodge. Selon M. Kamler :

« Ce papier a choqué les gens. Tout le monde s’est focalisé sur les tigres et personne n’a réalisé que les léopards connaissaient le même sort. Aujourd’hui, nous avons besoin de prendre des mesures pour les protéger, particulièrement l’unique population vivant encore dans un écosystème fonctionnel ».

« En supprimant les pièges, la population remonterait quasi instantanément ».

Le léopard d’Indochine constitue l’une des neuf sous-espèces de léopards. Elle est recensée de la Birmanie à Singapour. La plupart des léopards d’Indochine ont une fourrure noire, alors que les léopards vivant au Cambodge sont tachetés. Cette caractéristique unique est probablement le résultat d’une adaptation aux forêts sèches et ouvertes des plaines de l’Est. À court-terme, Jan Kamler explique qu’il n’y a que deux solutions pour permettre aux léopards de survivre : supprimer les pièges à collet des forêts et améliorer l’application des lois existantes par l’augmentation du nombre de gardes dans les espaces protégés.

« En supprimant les pièges, la population remonterait quasi instantanément » explique t-il, précisant que les léopards, qui ont des portées de deux à trois petits tous les deux ans, sont particulièrement sensibles aux pièges, étant donné la grande taille de leurs territoires vitaux.

Il s’inquiète également d’une nouvelle tendance à l’utilisation des pièges électrifiés et se heurte aux braconniers qui cherchent à éviter d’être détectés :

« Les léopards ne peuvent actuellement plus chasser et élever leur progéniture sans tomber dans des pièges ».

Durant le suivi 2014, 2% des pièges photographiques ont été volés ou endommagés. Cette année, ce chiffre a dépassé 20%. Habituellement, les appareils photos sont attachés aux arbres avec des cadenas, mais deux ont été la cible d’armes à feu, un des arbres a été abattu pour voler l’appareil photo et un appareil photo a même pris des clichés d’un homme lui urinant dessus.

La découverte récente de clôtures électrifiées installées autour des points d’eau, une technique empruntée au Vietnam voisin démontre, d’après M. Kamler, que les chasseurs partagent leur savoir-faire sur les manières de capturer plus efficacement les gros animaux.

Les plaines orientales du Mondolkiri accueillent également la plus grande population au monde du très menacé banteng (boeuf sauvage d’Asie du Sud-Est), ainsi que des populations de cerf d’Eld, de dhole, sorte de chien sauvage, et d’autres espèces de primates et d’oiseaux.

« Je ne constatais pas cela quatre ans plus tôt. Ça tue toutes les espèces, du léopard au banteng, et même l’homme ».

Selon lui, bien que des efforts considérables soient entrepris pour encourager les communautés locales à trouver des sources de revenus alternatives, cela ne dissuadera pas les villageois de chasser les animaux à haute valeur marchande dans le commerce illégal des espèces, tels que les grands félins. Les tigres sauvages sont les proies les plus prisées dans la région, procurant aux braconniers plus de 9 000 € par prise. Mais les léopards sont aussi des proies de grande valeur, avec des peaux se vendant à plus de 900 € et un commerce des os atteignant plus de 45 € le kilo. « Si vous enseignez aux populations locales à faire des paniers ou autres, elles continueront de sortir pour chasser quelque chose de bien plus rentable », explique-t-il en précisant que de telles formations étaient plus appropriés pour réduire le braconnage d’animaux de moindre valeur monétaire.

« Si vous enseignez aux populations locales à faire des paniers ou autres, elles continueront de sortir pour chasser quelque chose de bien plus rentable ».

La surveillance de la Forêt Protégée du Mondolkiri est aujourd’hui assurée par quarante gardes du ministère de l’Environnement, travaillant aux côtés de dix gardes de l’Administration forestière et de dix agents de la police des frontières, qui sont formés et financés par l’ONG environnementale WWF (World Wildlife Fund). Selon Mark Dubois, chargé de projet WWF sur la protection de l’environnement au Cambodge, la situation des léopards est prise très au sérieux pour l’ensemble des parties prenantes. Le WWF-Cambodge continue ces efforts pour éliminer les collets et traduire en justice les braconniers et les revendeurs et travaille également avec les autorités pour faire fermer les marchés et les restaurants vendant illégalement de la viande de brousse :

« Nous pouvons sauver les léopards mais une lourde tâche incombe à nous mêmes, à nos partenaires et au gouvernement ».

Chhit Sophal, directeur du département de l’Environnement de la province du Mondolkiri, annonçait le 2 juin dernier que la nouvelle de l’extinction imminente du léopard était préoccupante. Alors que les autorités locales essaient d’empêcher le braconnage et d’éliminer collets et autres pièges, le succès de ces efforts est freiné, selon lui, par le manque de gardes pour assurer la surveillance des 400 000 hectares de forêt protégée.

M. Kamler ajoute que les efforts des autorités pour punir les braconniers devraient devenir plus fructueux en fin de l’année, période à laquelle l’Union internationale de conservation de la nature et des ressources naturelle devrait faire reconnaître le statut du léopard en tant qu’espèce « En Danger ». Ce qui aboutira à des pénalités bien plus fortes pour les braconniers.

« Au Cambodge, tuer une espèce en danger est passible d’emprisonnement, alors que tuer des espèces plus communes n’aboutit qu’à une amende ».

Des projets de réintroduction de tigres dans la Forêt Protégée du Mondolkiri d’ici 2019 ont également été récemment annoncés, devant conduire au recrutement de plus de 100 gardes. Mais cette mesure bénéficierait à tous les animaux des forêts du Mondolkiri, y compris les léopards.

Après une rencontre avec les autorités provinciales début juin, M. Kamler note qu’il semble y avoir une forte volonté de sauver les léopards au niveau local :

« Si je reviens dans deux ans et que la population a augmenté, cela constistuera l’une des rares success- stories de l’Asie du Sud-Est ».

Traduction : Marie-France Leccia
Source Peter Ford / The Cambodia Daily : Cambodia’s Leopards Facing Extinction by 2018: Expert
Photo : Thailand Wildlife

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