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Alimentation, boisson, médicaments : l’Indonésie renforce sa certification halal

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L’obligation de la certification halal pour tous les produits alimentaires et pharmaceutiques distribués en Indonésie entre progressivement en vigueur. Une mesure qui désorganise notamment l’ensemble des secteurs alimentaire et pharmaceutique.

En décembre 2014, l’une des dernières lois passées par la Chambre des représentants avant l’arrivée de Jokowi concernait la certification halal (conforme à la loi islamique) pour tous les produits alimentaires et pharmaceutiques en Indonésie. Cette mesure avait été abandonnée en 2006, d’une part à cause d’un grand nombre de litiges qui nuisaient aux intérêts des importateurs indonésiens et, d’autre part à cause des craintes d’entrave à la libre-concurrence soulevées par l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Un coup dur pour les importations

Bien que l’Indonésie soit le plus grand pays musulman (87% de sa population de 250 millions d’habitants), il a longtemps été un pays très ouvert, avec nombre de personnes buvant de la bière, mangeant du porc et adoptant des coutumes non-musulmanes. Néanmoins, des règles de plus en plus conservatrices sont arrivées du Moyen-Orient et l’Indonésie a adopté une posture plus dure. La loi halal, demandée par le conseil de l’Ulema, le corps religieux le plus important du pays, en est l’illustration.

Selon une note de l’Union européenne, au moment de l’adoption de la loi, les entreprises indonésiennes et étrangères ont averti que cette loi serait « l’une des lois halal les plus extensives et draconiennes du monde, créant des barrières commerciales coûteuses et inutiles et entravant l’importation alimentaire et d’autres produits ».

Aujourd’hui, un an et demi après l’adoption, la loi va définitivement rentrer en vigueur. Et déjà les compagnies étrangères confirment l’inutilité et le coût de cette nouvelle barrière commerciale. Tout contrevenant à la règle encourt jusqu’à 5 ans de prison et 123 000€ d’amende.

L’industrie pharmaceutique étrangère est particulièrement concernée, surtout parce que la complexité de la chaîne de production rend très difficile la vérification du caractère halal des produits. Selon la loi islamique, les produits doivent être prélevés sur des animaux vivant juste avant leur éviscération, qu’un musulman réalise l’opération et que tout le sang soit écoulé de la carcasse. Toute technique moderne doit respecter les principes islamiques.

Alors qu’une agence délivrera les certificats, la procédure de vérification sera assurée par un autre organisme. Et une troisième agence réalisera un audit.

Une usine à gaz administrative

Les compagnies pharmaceutiques ne sont pas les seules concernées. Sont également concernés tous les produits qui peuvent être « utilisés, usés, importés et circulant sur le territoire indonésien ».

Il est également certain que la loi va créer une usine à gaz bureaucratique. Elle mandate la création d’une nouvelle agence, l’Agence de garantie de la production Halal (HPGA), sous la supervision du ministère des Affaires religieuses. La HPGA aura la responsabilité de délivrer les certificats halal aux producteurs. Les entreprises qui veulent être certifiées doivent recourir à au moins trois inspecteurs et piloter leur propre laboratoire, ou bien faire appel à d’autres prestataires certifiés.

Alors que l’agence délivrera les certificats, le procédé de vérification sera assuré par un autre organisme, l’Institution de l’inspection halal (HII). Cette dernière surveillera, sur le terrain, l’acheminement des matières premières au sein et en dehors des lieux de production. Une autre agence sera mise en place pour auditer la procédure de certification halal.

La naissance d’une nouvelle agence pour piloter l’importation de tout produit constitue une formidable machine à cash pour les bureaucrates et leurs alliés politiques. Le « Beefgate » qui a éclaté à Jakarta en 2013 en est l’illustration : des responsables anti-corruption avaient arrêté un proche du leader du parti politique islamique PJP, en compagnie d’une étudiante nue et d’une valise contenant un milliard de Rupiah indonésienne, probablement pour détourner les quotas en vigueur sur le bœuf australien.

La contrainte d’un stockage, d’une distribution et d’un potentiel appel à des livraisons par conteneur respectant le caractère halal du produit va ajouter de charges financières importantes aux entreprises.

Des produits désignés « non halal »

Bien que la loi ne soit en théorie pas contraire aux règles de l’OMC puisqu’elle s’applique aux entreprises étrangères et indonésiennes, elle est en pratique bien plus dure pour les produits importés de l’étranger. La contrainte d’un stockage, d’une distribution et d’un potentiel appel à des livraisons par conteneur respectant le caractère halal du produit va ajouter de charges financières importantes aux entreprises. La certification halal recouvre la fabrication, l’emballage, la distribution, la vente et le service de tous produits. Il est en effet important de vérifier que produits halal et non-halal ne se mélangent pas pendant la production et la distribution. Les produits non-halal doivent porter la mention « non-halal ».

Les entreprises indonésiennes ne sont en réalité pas beaucoup mieux loties. L’Association indonésienne pour l’alimentation et la boisson a exprimé ses craintes quant aux risques qui menacent les petites et moyennes entreprises également. Aujourd’hui le coût d’un certificat halal obtenu auprès de l’Ulema est d’environ 123€.
L’Ulema ne compte pas revenir sur les articles de cette loi, peu importe le coût. Il estime que cette loi va augmenter le confort de la communauté musulmane du pays. Fin mai, lors d’une réunion entre les différentes parties concernées, le département des affaires religieuses a refusé toutes les propositions de modification, en s’appuyant sur des textes du Coran. Hasanuddin AF, le président de la commission MUI Fatwa, a déclaré au Jakarta Globe lorsque la loi été votée :

« Ceci est très positif. Les musulmans pourront être sûrs que leur consommation de nourriture et boissons soit bien halal.
« Jusqu’à présent, la certification halal n’était pas une obligation. Elle était soumise à la bonne volonté des producteurs de nourriture, de boissons, médicaments et cosmétiques de montrer leurs bonnes intentions à leurs clients musulmans. Maintenant la loi nous protège tous. »

Traduction : François Vezier
Source (Asia Sentinel) : Indonesia About to Introduce Draconian Islamic Certification
Photo : Onny Carr

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