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Thaïlande : contre les abus du travail, le géant du thon cesse son recours au courtage en recrutement

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La plus grande entreprise mondiale de conserves de thon, Thai Union Group PCL, a annoncé le 28 avril qu’elle supprimait les « honoraires de recrutement » pour ses employés. Un changement qui empêchera les travailleurs d’accumuler des dettes auprès des courtiers en recrutement et d’être exploités.

En Asie, afin de décrocher un poste à l’étranger, la plupart des travailleurs migrants doivent verser des honoraires conséquents à des intermédiaires. Généralement, ils empruntent et sont déjà lourdement endettés au moment de commencer leur nouveau travail. Quand ils commencent à travailler, ils ne sont souvent pas payés pendant six mois à un an car leurs salaires servent à régler leurs dettes, ce qui les rend vulnérables au trafic humain et à l’exploitation par les courtiers en recrutement.

Un pas important

Dans un communiqué, Thai Union Group PCL, l’entreprise mondiale de conserves de thon qui possède des marques comme Chicken of the Sea, John West et Petit Navire ; a annoncé une politique “zéro honoraire de recrutement” avec effet immédiatement pour les futurs recrutements de ses employés des usines de transformation – situées pour la plupart en Thaïlande, en Birmanie et au Cambodge. Au cours du Trust Forum Asia, un forum sur l’esclavage et le trafic d’êtres humains organisé par la Fondation Thomson Reuters à Singapour, Darian Mc Bain, directrice Monde du Développement durable, a précisé :

« Thai Union considère [cette mesure] comme essentielle pour garantir que les travailleurs ne soient pas prisonniers des dettes avant de commencer à travailler. Nous allons couvrir les coûts de tous les frais d’agence afin que les gens ne croulent pas sous une dette qui peut parfois s’accumuler sur le chemin de l’emploi en Thaïlande ».

Les militants ont salué cette politique et indiqué qu’ils espéraient que d’autres sociétés allaient faire de même. Selon Andy Hall, militant des droits humains et conseiller du Réseau des Droits des travailleurs migrants (MWRN) :

« 100% des frais de recrutement incombent aux travailleurs. C’est absolument inacceptable. Les entreprises devraient payer pour recruter des employés ou au moins assumer une très large part de la charge. C’est la cause principale qui mène au trafic d’êtres humains, à la servitude pour dettes et à l’esclavage de nos jours. Thai Union a compris qu’il est de sa responsabilité de s’assurer de la qualité de sa filière de recrutement ».

L’industrie des fruits de mer thaïlandaise représente plusieurs milliards d’euros et a été vivement critiquée ces dernières années. De nombreuses enquêtes de journalistes et de groupes de défense des droits humains ont montré la généralisation de l’esclavage, du trafic humain et de la violence sur les bateaux de pêche et dans les usines de transformation à terre.

Thai Union, dont le chiffre d’affaires annuel dépasse 3,1 milliards d’euros et qui emploie plus de 46 000 personnes dans le monde entier, a travaillé avec MWRN et Andy Hall afin de revoir ses relations avec les agents de recrutement au Cambodge et au Myanmar ; et ses processus de recrutement afin de réduire leurs coûts et leur complexité.

Vers plus de collaboration avec les ONG

Darian Mc Bain, experte en chaines d’approvisionnement durables, a rejoint Thai Union en juillet dernier. Elle souligne que la société considérait autrefois les ONG comme des intervenants extérieurs suscitant des inquiétudes, mais qu’elle voyait désormais ces organisations, locales en particulier, comme « une partie essentielle de [son] travail. »

Thai Union collabore également étroitement avec l’Institut à but non lucratif Issara, qui vient de lancer une hotline multilingue afin que les employés expriment leurs préoccupations et prennent la parole. L’Institut met actuellement au point une appli d’assistance pour les téléphones mobiles :

« Nous nous sommes aperçus que 93% des travailleurs dans nos usines ont un smartphone, ce qui constitue un potentiel énorme pour la façon dont ils peuvent accéder à ces situations de recours ».

La société peut fournir l’application aux travailleurs à terre comme en mer sur les navires équipés de liaisons satellites ou de wi-fi « ainsi, les travailleurs peuvent avoir accès à un interlocuteur sur mer également ».

Traduction : Edith Disdet
Source : Alisa Tang / Thomson Reuters Foundation Tuna giant Thai Union scraps worker fees to tackle labour abuses
Photo : OIT/Flickr via Foter

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