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40 ans plus tard, le Laos reste un terrain miné

Laos_deminage

Plus de 40 ans après la fin de la guerre du Vietnam, moins de 1 % de bombes à sous-munitions (BASM)* au Laos ont été déminées. Les États-Unis, qui les ont larguées sur ce pays frappé par la pauvreté, sont aujourd’hui prêts à augmenter leur aide financière afin de le nettoyer.

Les morts et les blessures causées par les munitions non-explosées, appelées UXO** (de l’anglais UnExploded Ordnance) ont diminué de manière significative depuis les dernières années étant donné que les États-Unis ont augmenté leur contribution financière dédiée au déminage. D’après l’Autorité Réglementaire Nationale pour l’Action Contre les Mines du gouvernement laotien, le nombre de victimes est passé de 302 en 2008 à 40 en 2015. Entre janvier et mars de cette année, on n’a déploré que deux incidents.

Aide américaine

Depuis 2010, les États-Unis ont régulièrement augmenté leur budget consacré au déminage des UXO passant de 5 à 15 millions de dollars. Lors de sa visite en janvier dernier à Vientiane, la capitale du Laos, le Secrétaire d’État John Kerry a déclaré que son gouvernement se concertait pour savoir s’il verserait plus de fonds. Depuis, l’ambassade américaine a confirmé à l’IRIN (l’ancienne agence de presse de l’ONU, constituée en média privé en 2015, ndlr), que l’administration de Barack Obama avait approuvé la décision :

« Nous nous attendons à ce que le Président Obama continue d’augmenter cette aide financière lors de sa prochaine visite plus tard cette année ».

Le Congrès américain s’est engagé à octroyer 17 millions d’euros du budget actuel, donc quel que soit l’augmentation qui sera annoncée par le Président Obama en septembre prochain, ce sera au-delà de ce montant. Selon Lucija Straley, porte-parole de l’Ambassade américaine à Vientiane:

« De plus, l’augmentation servira à mettre en place un système de relevé national des UXO, ce qui n’existe pas pour le moment et c’est un manque crucial dans nos efforts pour nettoyer le pays de ces munitions non-explosées ».

Barack Obama sera le premier président en fonction de l’histoire des États-Unis à se rendre au Laos lorsqu’il participera au Sommet des Dirigeants du Sud-Est asiatique en septembre prochain.

Se faire pardonner

Le Laos est encore fortement contaminé par ces UXO que les États-Unis ont massivement largués pendant leur guerre contre le Vietnam voisin. Entre 1964 et 1973, l’armée américaine a mené une « guerre secrète » sans en informer le Congrès. Plus de deux millions de tonnes de bombes ont été déversées sur le Laos. Environ un tiers des munitions n’ont pas explosé. D’après les données du gouvernement laotien, près de 30 000 personnes ont été tuées et on a dénombré 21 048 blessés depuis la fin des bombardements.

Le groupe de défense « Legacies of War » (« Héritages de Guerre ») indique que les États-Unis ont dépensé le même montant en 3 jours de bombardements – l’équivalent de 45 millions d’euros actuels – que pendant 16 années de nettoyage et n’ont consacré que 2,8 millions d’euros annuels pour le déminage entre 1995 et 2013.

La situation s’est améliorée sous l’administration du Président Obama, qui a régulièrement augmenté son aide financière puisque le Congrès a exigé un minimum de 4,3 millions d’euros par an en 2010. Une partie a été attribuée au MAG, le « Mines Advisory Group », et le directeur régional Greg Crowther a déclaré qu’il s’attendait à ce que les États-Unis augmentent leur aide à 22 millions d’euros par an. Lucija Straley a déclaré que le montant exact de l’augmentation proposée par le Président Obama n’avait toutefois pas encore été confirmé.

Simon Rea, directeur national du MAG, a apprécié l’injection imminente de fonds américains, rappelant que les engagements passés ont joué un rôle essentiel tant dans la diminution du nombre de victimes qu’au niveau de la baisse du cours de la ferraille, que les villageois récupéraient souvent sur les munitions non-explosées. Il a ajouté que la nouvelle aide financière américaine pouvait être particulièrement bénéfique si elle contribuait à mettre en place un système pour effectuer le relevé des UXO sur le territoire national.
En cartographiant les zones contaminées, cela poserait de solides bases pour les futurs efforts de déminage.

« Il y aura des implications majeures à long terme. Nous serons alors en mesure de fournir un calendrier et nous connaîtrons également le montant total nécessaire pour transformer le Laos en nation sans armes à sous-munitions, un pays sans impact (de bombes). »

Inutile de dire que le chemin est encore long avant que le Laos ne soit nettoyé de ce fléau que sont les UXO. Channapha Khamvongna, directeur exécutif de MAG, a déclaré que les Etats-Unis « devraient s’engager de manière soutenue sur le long terme envers le peuple du Laos »… en doublant au minimum le montant de son aide financière sur la prochaine décennie.

Traduction : Roxane Cordisco
Auteur : Sebastian Strangio, IRIN 40 Years On, Laos Still Covered with Unexploded Ordinance
Photo : Cluster Munition Coalition / Flickr

* Correction du 7 juin. UXO, en français, peut se traduire plus exactement par ‘Bombes à sous-munitions’ (BASM).
** Ndlt : L’expression « UXO » désigne généralement des munitions équipées d’une charge explosive, qui ont été tirées mais qui n’ont pas explosé à l’impact (source : Wikipedia.org).

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