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La présidence du Laos en 2016 est-elle risquée pour l’ASEAN ?

ASEAN

Alors que l’ASEAN fait face à des défis de taille, certains se demandent si la nouvelle Présidence, assurée par le Laos, sera à la hauteur de la fonction.

L’année 2016 est cruciale pour l’ASEAN. Elle a débuté avec le lancement discret de la Communauté Economique de l’ASEAN (CEA), suivi par le Sommet de Sunnylands où, pour la première fois, un Président américain rencontrait l’ensemble des dirigeants de l’ASEAN sur le sol américain. Actuellement, les observateurs scrutent minutieusement l’approche de l’organisation régionale sur le différend en mer de Chine méridionale ou sur sa gestion de la sévère sécheresse qui menace la région du Mékong.

Conflit en mer de Chine du Sud : un « déjà vu » qui fait craindre le pire

Mais beaucoup doutent que la présidence actuelle de l’ASEAN soit au niveau. La Présidence tournante a été remise en 2016 à la République démocratique populaire du Laos. Un pays à parti unique, dirigé par un État autoritaire, sans opposition politique, doté d’une pâle liberté de la presse et gangrené par une corruption endémique.

L’ASEAN est une organisation discrète, qui trouve satisfaction à ne pas faire trop de vagues. Elle prend ses décisions par consensus, et tous les membres ont la même capacité à bloquer une proposition. Le rôle de sa Présidence se résume à celui de simple coordinateur et d’hôte pour la tenue des sommets. Pendant longtemps, l’identité de sa Présidence n’a jamais suscité grand intérêt pour le reste de la communauté internationale. Mais un changement s’est produit en 2012, lorsque le Cambodge a endossé ce rôle.

2012 reste dans les esprits comme l’année la moins prolifique de l’histoire de l’ASEAN. Pour la première fois, l’organisation n’avait pas réussi pas à se mettre d’accord sur les termes d’un communiqué final ; celui-ci concernait le conflit en mer de Chine méridionale. Cet événement a été largement attribué à la pression exercée par Pékin sur Phnom Penh, à une époque où la Chine était l’un des principaux bailleurs du Cambodge.

Suite à cette présidence désastreuse, Brunei, la Birmanie puis la Malaisie ont repris les rênes, sans incident majeur. Mais cette année, la question soulevée par le conflit territorial en mer de Chine méridionale, revient au centre des préoccupations régionales. Elle fait actuellement l’objet d’un arbitrage devant le Tribunal de La Haye. the issue is currently before the Permanent Court of Arbitration (PCA) at The Hague.

Le Tribunal devrait statuer en juin 2016 sur l’argument des Philippines, qui contestent la validité de la ligne en neuf traits, ou « langue de bœuf » (désigne la ligne de démarcation que revendique la Chine en mer de Chine méridionale, contestée par nombre de pays de la zone). Mais la Chine a d’ores et déjà décrété son refus de participer à la procédure d’arbitrage et clairement annoncé qu’elle ne reconnaîtra aucune décision rendue par la Haye.

En février dernier, l’ASEAN a déclaré que l’organisation était « gravement préoccupée » par les actions de Pékin en mer de Chine méridionale ; mais le véritable test interviendra après la décision de La Haye. Si le Tribunal se prononce en faveur des Philippines, comme beaucoup le prédisent, la question pour l’ASEAN sera de décider de soutenir ou non les Philippines dans leur tentative d’appliquer cette décision contre la Chine.

La dépendance significative de l’économie laotienne vis-à-vis de la Chine, place le pays dans la même position que le Cambodge 4 ans auparavant. Alors que Brunei, la Malaisie, le Vietnam et les Philippines entretiennent tous des revendications territoriales en mer de Chine, si le Laos plie à la pression chinoise sur la ligne en neuf traits, l’ASEAN devrait faire face à une division interne potentiellement destructrice.

Répondre aux conséquences de la sécheresse dans la région du Mékong

L’autre question sur laquelle l’ASEAN est attendue cette année est celle de la sécheresse qui sévit actuellement dans la région du Mékong, où les températures grimpent en flèche et la mousson s’annonce tardive. Là encore, le Laos marche sur des œufs, puisque les barrages de Don Sahong et Xayaburi comptent parmi les plus controversés des 70 nouveaux projets qui devraient être opérationnels d’ici 2030 sur le Mékong.

Les experts ont émis l’hypothèse que ces barrages pourraient mettre en péril les moyens de subsistance de quelque 60 millions de personnes dans la région. Les intérêts du pays dans l’hydroélectrique mettent un doute sur sa capacité à traiter le problème de la sécheresse avec partialité.

Le lancement de la Communauté économique de l’ASEAN

2016 est également une année cruciale pour le lancement de la CEA. Cette communauté aura mis 10 ans à voir le jour et son avenir repose aujourd’hui entre les mains du Laos. La CEA est un projet très ambitieux pour l’ASEAN, généralement très prudente. L’annonce de sa création ne constitue cependant qu’une première étape et en réalité, la CEA est un chantier encore en totale construction.

Certains s’interrogent sur la capacité de la Présidence laotienne à répondre à l’ensemble des questions posées cette année. Déjà, des médias internationaux se demandent s’ils auront un accès suffisant pour couvrir les nombreuses réunions de l’ASEAN qui se tiendront à Vientiane. Le Laos est connu pour être un terrain difficile pour les journalistes étrangers. En Janvier 2016, le ministère des Affaires Etrangères a annoncé qu’il aurait un droit de regard et de véto sur tous les articles produits par la presse étrangère. Les journalistes devront également procéder à une demande de visa 15 jours à l’avance (là où les non-journalistes peuvent obtenir un visa à l’entrée du territoire laotien).

Dans une déclaration paradoxale, le gouvernement laotien a nié l’accusation qui lui était faite de vouloir restreindre les médias étrangers:

« Nous n’avons pas de restrictions, mais des procédures ».

Il précise que les règles ci-dessus sont applicables uniquement aux journalistes télé, mais que les autres journalistes devront toutefois être escortés par des fonctionnaires et leurs questions être approuvées par le ministère des Affaires étrangères.

Certains labellisent déjà 2016, comme le « passage à l’âge adulte » du Laos ; d’autres mettent en garde contre la menace que cette Présidence fait peser sur la région dans son ensemble. Quoi qu’il en soit, il est certain qu’un grand nombre de défis attendent le Laos dans sa présidence de l’ASEAN cette année et il n’existe aucune garantie que le Laos soit en mesure de gérer efficacement les intérêts concurrents des 10 Etats membres.

Traduction : Camille Salord

Source : Caitlin McCaffrie* / New Mandala Will Laos be a lousy ASEAN leader
Photo : Prachataï/Flickr
* Caitlin McCaffrie vit et travaille à Phnom Penh. Elle possède un grand intérêt pour la politique de l’Asie du Sud-Est.

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