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Philippines : le piratage de la Commission électorale menace le vote des électeurs

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La colère gronde suite au vol de données de 55 millions d’électeurs aux Philippines.

Ils étaient nombreux à se rassembler devant les bureaux de la Commission électorale (Comelec) à Manille le 22 avril 2016. Menée par le parti de la Jeunesse Kabataan, la foule a exprimé sa colère face à la réponse jugée “nonchalante” de l’instance de gestion des élections suite au piratage de ses serveurs le 27 mars dernier. Ayant permis le vol de données relatives à plus de 55 millions de personnes, soit l’ensemble des électeurs du pays, ce piratage est considéré comme « l’une des plus importantes fuites de données gouvernementales de l’histoire ».

Pour les manifestants, ce piratage de données à grande échelle pourrait faire partie du « plan » du gouvernement Aquino pour remporter les prochaines élections. Selon Terry Ridon, député du parti Kabataan au Congrès :

« Comeleaks »

« Cette fuite massive de données peut avoir des conséquences multiples pour les électeurs affectés, dont le fait que des groupes peu scrupuleux – en particulier ceux qui se trouvent actuellement au pouvoir – puissent utiliser cette mine d’informations afin de commettre des fraudes électorales d’une échelle sans précédent depuis l’avènement du vote électronique ».



Selon lui, ce que l’on appelle désormais le « Comeleaks » compromet totalement l’intégrité des élections qui se tiendront le 9 mai prochain.

Il s’inquiète également de l’apparition d’un nouveau moteur de recherche permettant de fouiller les données piratées à partir du nom d’un électeur.

« C’est alarmant. Que peut-on faire contre quelqu’un qui aurait les ressources nécessaires pour imprimer des millions de faux papiers d’identité à partir des données volées dans le but de compromettre les élections à venir ? Pire, quiconque possédant des capacités techniques pourrait développer un programme à partir de cette avalanche de renseignements pour gonfler automatiquement les résultats du vote.
« Et qui est actuellement dans la meilleure position pour commettre une fraude électorale de cette ampleur ? »

Selon Terry Ridon, le Parti Libéral au pouvoir ne pourrait se permettre une telle opération qu’en bénéficiant du soutien financier et des ressources du gouvernement. Des internautes auraient d’ailleurs intercepté un torrent partageant les données piratées en provenance du Palais présidentiel.
Comme d’autres, Terry Ridon critique vertement la gestion de la fuite de données par la Comelec, formellement responsable de la protection et de la sécurisation des informations personnelles des électeurs.

« Une fois de plus, cette affaire souligne l’inaptitude de la commission électorale ainsi que son manque flagrant de professionnalisme. Il est certain que cet incident affectera d’une manière ou d’une autre les prochaines élections nationales. »

Le 27 mars, le groupe Anonymous Philippines a piraté le site web de la Comelec afin de révéler les failles de la commission et l’inciter à renforcer le dispositif de sécurité des machines de décompte de votes utilisées le 9 mai. Le groupe LulzSec Philippines a également mis en ligne ce qu’il dit être l’intégralité de la base de données de la Comelec, soit 340 gigabits de données.

Selon la compagnie de logiciels de cyber-sécurité Trend Micro, la fuite de données comprend par ailleurs 1,3 millions de fichiers relatifs aux Philippins expatriés, dont le numéro et la date d’expiration de leur passeport. Les données personnelles de 55 millions d’électeurs sont désormais menacées par la fuite. Selon Trend Micro, cette fuite de données surpasse le piratage en 2015 de l’Office of Personnel Management (OPM) qui avait entraîné le vol des empreintes digitales et des numéros de sécurité sociale de 20 millions de citoyens américains.

Traduction : Jade Dussart
Auteur : Anne Marxze Umil / Bulatlat Groups storm Comelec over data leak
Photo : Kathy Yamzon / Bulatlat

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