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En Thaïlande, une victime de troubles psychiatriques accusée de crime de lèse-majesté

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Les militaires ont porté plainte pour crime de lèse-majesté contre un homme issu de la minorité ethnique Tai Lu (province de Chiang Rai), qui se prétend doué de pouvoirs télépathiques.

Le 20 avril 2016, les avocats thaïlandais pour les droits de l’homme (TLHR) ont signalé l’affaire suivante au tribunal militaire de Bangkok : des membres du Bureau de l’avocat général ont inculpé Sao (le nom a été modifié) en vertu de l’article 112 du Code pénal, sur les crimes de lèse-majesté.

La décision des procureurs militaires a été prise après que des psychiatres de l’Institut Galya Rajanagarindra de Bangkok ont déclaré Sao apte à être jugé par le tribunal militaire, à l’issue d’une expertise conduite en décembre 2015.

Plusieurs cas de lèse-majesté ont impliqué des personnes atteintes de troubles mentaux ces dernières années. Mais la grande sensibilité des affaires liées à la monarchie thaïlandaise conduit habituellement la cour à ne pas rejeter les accusations.

Liberté provisoire

Le tribunal lui a cependant accordé la liberté provisoire grâce à un certificat de la Caisse d’épargne nationale se portant garante à hauteur de 10 000€. Le certificat de dépôt est assuré par un fonds de donateurs privés en faveur des prisonniers politiques.

La chambre criminelle en charge des responsables politiques de la Cour suprême accuse Sao de répandre de fausses accusations concernant les possessions de la monarchie. Le 13 mars 2015, Sao s’était rendu à la chambre criminelle pour déposer une plainte, déclarant que l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra avait détourné la propriété du roi, à hauteur de 175 millions d’euros. Convoqué par la police pour entendre l’accusation, Sao a été détenu en prison du 28 mai au 19 août 2015.

Le groupe TLHR a rapporté que le suspect avait déjà été emprisonné dans le cadre d’affaires liées à une consommation abusive de narcotiques, et qu’il avait prétendu pouvoir entrer en contact télépathique avec Thaksin à travers un écran de télévision. Le 26 janvier 2016, l’organisation a soumis une lettre aux autorités, suggérant que le suspect ne devrait pas être inculpé eu égard à sa psychose : Sao prétend toujours disposer de pouvoirs télépathiques et maintient que ses déclarations touchant la propriété du roi sont vraies.

Des peines prononcées à l’encontre des personnes accusées de lèse-majesté sont devenues de plus en plus sévères, sans considération aucune pour l’état psychologique des suspects.

Plusieurs cas de lèse-majesté ont impliqué des personnes atteintes de troubles mentaux ces dernières années. Mais la grande sensibilité des affaires liées à la monarchie thaïlandaise conduit habituellement la cour à ne pas rejeter les accusations.

Depuis le coup d’État de 2014 et le transfert de juridiction des cas liés à l’article 112 au tribunal militaire en lieu et place de la cour de justice, les peines prononcées à l’encontre des personnes accusées de lèse-majesté sont devenues de plus en plus sévères, sans considération aucune pour l’état psychologique des suspects.

Traduction : Amandine Le Goff
Source (Prachatai) : Mentally ill ethnic minority member indicted for lèse majesté
Photo : Prachatai/Flickr

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