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Les jeunes entrepreneurs émergent au Cambodge

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Une nouvelle génération fait irruption sur la scène de l’entreprenariat national et ouvre la voie à une croissance économique durable.

Le 16 mars 2016, le Premier ministre Hun Sen a exprimé sa déception face aux journalistes étrangers qui décrivent le Cambodge comme une sorte d’enfer. Cela dit, les prévisions quant à la démocratie et aux droits de l’homme dans le pays sont souvent sombres.

Quels que soient les mérites de chaque côté, l’histoire du Cambodge depuis la chute des Khmers rouges est extrêmement compliquée et possède de multiples facettes, défiant ainsi les classifications simples et universelles. De fait, il n’y a pas tant une histoire cambodgienne qu’une multiplicité d’histoires cambodgiennes.

Les jeunes Cambodgiens qui n’ont pas connu le règne brutal des Khmers rouges façonnent une nouvelle histoire du pays.

Un électorat plus jeune

Les jeunes Cambodgiens qui n’ont pas connu le règne brutal des Khmers rouges façonnent de nouveaux récits. Depuis les élections législatives de 2013 et le choc vécu par le parti dirigeant de longue date — le Parti du Peuple Cambodgien (CPP) — la nécessité d’en appeler à la jeunesse et de s’emparer de leur imaginaire a influencé l’agenda politique et les stratégies du parti.

Avant l’élection de 2013, le parti d’opposition (Parti du sauvetage national du Cambodge, CNRP) a utilisé à bon escient les plate-formes de médias sociaux, obtenant un grand soutien de la part des citadins de Phnom Penh et de ses environs. En réponse, le CPP, et en particulier le Premier ministre Hun Sen, est devenu de plus en plus actif sur Facebook, donnant aux utilisateurs la possibilité de regarder en direct certains travaux publics et certaines cérémonies ainsi que de suivre les activités quotidiennes du Premier ministre et ses interactions avec les Cambodgiens, souvent jeunes.

Les jeunes entrepreneurs cambodgiens prennent cependant les choses en main. Lors d’une conférence accueillie par l’Institut cambodgien pour les études stratégiques (CISS), j’ai assisté à une intervention qui portait sur l’ASEAN et son rôle auprès des entrepreneurs cambodgiens, de Sok Siphana, conseiller du gouvernement royal du Cambodge.

Après la chute du régime Khmer rouge, infrastructures et commerces, entre autres choses, durent être reconstruits à partir de rien. Tout au long de l’occupation vietnamienne, de l’intervention de l’ONU et de la transition vers la privatisation, le Cambodge fut témoin de l’émergence de puissants magnats des affaires aussi bien que de modestes entreprises familiales. Selon Sok Siphana, ces premiers hommes et femmes d’affaires manquaient d’un enseignement théorique et pratique, de méthodes comptables robustes, et d’une aptitude à communiquer dans les langues du commerce international, l’anglais en particulier.

Aujourd’hui un certain nombre de Cambodgiens étudient dans des universités prestigieuses en Asie, en Europe, aux États-Unis et en Australie.

Des compétences nouvelles

Les choses ont beaucoup changé à partir de 1993. L’octroi de bourses aux jeunes talents, en donnant l’opportunité d’étudier à l’étranger, a permis d’augmenter les ressources humaines et les compétences nécessaires au Cambodge. Aujourd’hui un certain nombre de Cambodgiens étudient dans des universités prestigieuses en Asie, en Europe, aux États-Unis et en Australie.

Évidemment la “fuite des cerveaux” reste une possibilité. Les étudiants cambodgiens qui choisissent d’étudier à l’étranger ne veulent pas nécessairement créer leur entreprises ou rentrer travailler au Cambodge une fois leurs diplômes obtenus.

Toutefois, avec le nombre croissant de Cambodgiens faisant des études supérieures et l’accueil enthousiaste des réseaux sociaux et d’autres nouvelles technologies qui aident les entreprises, les jeunes entrepreneurs dotés de connaissances et de projets concrets oeuvrent, et continueront sans doute d’oeuvrer, à la transformation de l’économie nationale.

De plus, des organisations telle que l’Association des jeunes entrepreneurs du Cambodge (YEAC) donne aux hommes et femmes d’affaires la possibilité d’échanger idées et conseils au sein d’un espace communautaire.

Brown Coffee and Bakery est un parfait exemple de réussite. C’est une chaîne florissante de cafés-boulangeries, disposant de plusieurs points de vente à Phnom Penh, co-fondée par cinq jeunes Cambodgiens dotés d’un savoir théorique, de compétences pratiques et d’un modèle économique solide. Ils ont étudié l’éducation et la communication, l’architecture, sont chef pâtissier et ingénieurs. Servant à la fois les expatriés et les locaux, Brown Coffee emploie beaucoup de Cambodgiens.

Est-ce que le cadre législatif du gouvernement continuera de suivre le rythme du secteur privé et l’afflux d’idées et d’entrepreneurs ? Nous le découvrirons dans le futur.

Il serait naïf de penser que le Cambodge a réglé ses problèmes politiques et sociaux et soigné les maux qui font obstacle à un développement national plus égalitaire. Cela dit, les jeunes entrepreneurs ouvrent la voie à une forme de croissance économique durable et locale.

Traduction : Amandine Le Goff
Source (Scott Rawlison / New Mandala) : The rise ou the young entrepreneur in Cambodia
Photo : Bunleang Chang, co-fondateur de Brown Coffee and Bakery. Crédit @Brown 2014

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