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Asie du Sud-Est : les préparations pour nourrissons sont particulièrement nocives lors des catastrophes naturelles

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En vertu des catastrophes naturelles, les experts recommandent particulièrement l’allaitement pour la santé des bébés en Asie du Sud-Est.

Dans une Asie du Sud-Est régulièrement touchée par les catastrophes naturelles, après chaque typhon, tremblement de terre ou inondation, des individus et associations bien intentionnés font don de préparations alimentaires pour nourrissons. Ils ne réalisent cependant pas les risques que cela présente pour les enfants dans un contexte de crise, d’après les travailleurs de l’aide humanitaire.

Selon les experts, les préparations pour nourrissons, dans les zones sinistrées où l’eau potable est rare, entraînent des cas de diarrhées, seconde cause de mortalité pour les enfants de moins de cinq ans et cause majeure de malnutrition pour les jeunes enfants. Dorothy Foote, spécialiste régionale de la nutrition pour l’UNICEF, à la Fondation Thomson Reuters, explique :

Un don qui met en danger la vie des enfants

« La plupart des gens ne réalisent à quel point cela est dangereux. Dans quasiment chaque situation d’urgence de la région, nous recevons des dons de préparations pour nourrissons.
« Au lieu d’un accès à ces préparations, les communautés et les mères doivent vraiment prendre conscience de l’importance de l’allaitement ».

De nombreuses personnes ne savent pas qu’il s’agit d’un don inadapté, qui amplifie les risques de malnutrition, de maladie et de mortalité chez les jeunes enfants.

Ces préparations bénéficient d’un marketing agressif en Asie du Sud-Est. Cependant, dans les zones sinistrées, les dispositifs d’accès à l’eau et les infrastructures sont souvent endommagés ou inaccessibles. L’eau potable, nécessaire pour la préparation des substituts au lait maternel et pour nettoyer les biberons, devient donc extrêmement rare et cela augmente le risque de maladies.

Distribuer ces substituts et des biberons en période de crise devrait être évité, d’après un rapport récent de l’UNICEF, de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) :

« De nombreuses personnes ne savent pas qu’il s’agit d’un don inadapté, qui amplifie les risques de malnutrition, de maladie et de mortalité chez les jeunes enfants ».

D’après Yvonette Serrano Duque, une spécialiste de la santé publique en situation d’urgence pour le Centre asiatique de préparation aux catastrophes, à Bangkok, certains gouvernements ont des politiques en faveur de l’allaitement, mais elles sont rarement appliquées ou imposées.

Depuis 1986, les Philippines ont adopté un « Code du lait » (décret 51) qui régule la commercialisation et la distribution des substituts au lait maternel, et promeut « les bénéfices et la supériorité de l’allaitement ».

Les enfants nourris au sein sont 11 fois moins susceptibles de mourir de diarrhée et 15 fois moins susceptibles de mourir de pneumonie, les deux maladies les plus mortelles chez les enfants.

Bien que les catastrophes naturelles ne soient pas spécifiquement mentionnées dans le décret, le site internet du gouvernement précise :

« L’allaitement est préférable pour les bébés, surtout en cas de catastrophe naturelle ».

Néanmoins, Mme Duque signale que des organisations religieuses ont fait appel à des dons de préparations pour nourrissons suite au super typhon Haiyan de 2013.

Promouvoir l’allaitement

En Indonésie, d’après Arfan Fathurohman, responsable des services sanitaires et sociaux de la Croix Rouge indonésienne, le ministère de la Santé et la Croix Rouge indonésienne ont fait la promotion de l’allaitement durant les situations de crise et ont mis des salles d’allaitement à disposition dans des abris temporaires.

Après le tremblement de terre de 2006 à Yogyakarta , les experts de l’UNICEF ont déclaré que la distribution des substituts avait été « incontrôlée et généralisée » et que le nombre de cas de diarrhées chez les enfants qui avaient reçu ces dons était plus élevé que chez ceux qui n’y avait pas eu accès.

Le centre intergouvernemental de l’ASEAN pour la coordination de l’assistance humanitaire sur la gestion de crise (AHA Centre) joue un rôle clé dans la situation où un pays bien intentionné fait don de préparations pour nourrissons, mais se voit refuser ce don par les pays sinistrés à forte politique d’allaitement. Selon Arnel Capili, chef des opérations du Centre AHA :

« Le Centre AHA explique au pays donateur que le pays sinistré n’a pas ce besoin. Ce qui est positif, c’est qu’ainsi les États membres ne perdent pas la face ».

Si elles arrêtent (d’allaiter) pour donner des préparations à leurs bébés, elles ne pourront plus produire de lait lorsque les dons cesseront ou qu’elles n’ont plus les moyens de se procurer ces préparations.

Les chercheurs disent qu’en situation normale, les enfants nourris exclusivement au sein sont onze fois moins susceptibles de mourir de diarrhées et quinze fois moins susceptibles de mourir de pneumonie (les deux maladies les plus mortelles chez les enfants de moins de cinq ans).

Selon Mme Foote (UNICEF), beaucoup de femmes ne réalisent pas que si elles allaitent moins et utilisent à la place des préparations, leurs corps produiront moins de lait :

« Si elles arrêtent (d’allaiter) pour donner des préparations à leurs bébés, elles ne pourront plus produire de lait lorsque les dons cesseront ou qu’elles n’ont plus les moyens de se procurer ces préparations.
« Les raisons d’encourager les femmes à maintenir l’allaitement sont nombreuses et il est important de répandre cette pratique au préalable des catastrophes, afin de prévenir la malnutrition en premier lieu ».

Traduction : Marie-France Leccia
Source : Alisa Tang / Thomson Reuters Foundation For babies in SE Asia disasters, breast is best – experts
Photo : Charles Pieters / Flickr

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