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Cambodge : les enfants accros à la junk food

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Une nouvelle étude de la revue Nutrition maternelle et infantile réalisée auprès de 294 mères à Phnom Penh, révèle que les bébés et les jeunes enfants deviennent dépendants à la nourriture industrielle.

SivHong, une commerçante de 49 ans, se lève chaque jour à 4 h du matin et cuisine pour ses trois enfants qui tiennent, assure-t-elle, à ses repas sains, préparés depuis toujours à la maison. Elle nous dit fièrement :

« Quand ils étaient petits je n’ai jamais autorisé mes enfants à boire du coca-cola ou à manger des cochonneries comme des biscuits ou des bonbons. (…) Je continue à préparer le repas de ma fille malgré ses 21 ans, avant qu’elle ne parte travailler à la banque. »

Une nouvelle étude de la revue Nutrition maternelle et infantile, publiée ce mois-ci et réalisée auprès de 294 mères habitant à Phnom Penh, révèle que la façon de penser de Me Hong est exceptionnelle parmi ses congénères dont les bébés et les jeunes enfants deviennent dépendants aux aliments et boissons transformés.

Des conséquences visibles dans quelques années

Plus de la moitié des mères d’enfants âgés de 6 à 23 mois interrogées reconnaissent que la veille de l’entretien, leurs enfants avaient consommé des aliments prêts à consommer et plus de 80% d’entre elles conviennent que les enfants en avaient consommé la semaine précédente. Moins d’un tiers des enfants répondent aux normes du régime alimentaire minimum acceptable, définies par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Selon l’étude, ces accoutumances précoces auront des répercussions à long terme, dans un pays où plus de 40% des enfants de moins de 5 ans souffrent de retards de croissance.

Selon l’étude, ces accoutumances précoces auront des répercussions à long terme, dans un pays où plus de 40% des enfants de moins de 5 ans souffrent de retards de croissance.

De la même manière que la surconsommation d’aliments malsains dès le premier âge comme les produits à grignoter du commerce favorise l’embonpoint, voire l’obésité, la consommation d’autres aliments riches en micro-nutriments essentiels peut s’en trouver affectée, et contribuer à une potentielle dénutrition.

Me Hoat mentionne qu’elle a toujours été consciente des dangers auxquels s’exposaient ses deux enfants – aujourd’hui adolescents – à consommer les snacks disponibles à la sortie de l’école ou dans les échoppes au bord des routes. Cette maman de 39 ans, vendeuse de jouets, en est consciente :

« Ils contiennent trop de produits chimiques. Leurs effets sur le foie, l’estomac et les reins ne sont pas immédiats, n’apparaissent que bien plus tard. ».

Tous les aliments ne sont pas aussi dangereux. Les compléments alimentaires que sont les céréales pour enfant, peuvent apporter les éléments nutritifs indispensables au régime des petits cambodgiens, mais d’après les résultats de l’enquête, on constate que juste avant la rencontre, seulement 5% des enfants avaient été nourris de cette manière.

L’absence de réglementation sur les aliments et les boissons pour enfants laisse les industriels de la malbouffe dispenser librement leur nourriture addictive à des petits bambins de 2 ans.

Si entre 6 et 12 mois les enfants reçoivent des aliments qui leur sont spécifiquement destinés, plus de 85% des enfants de cette tranche d’âge ne répondent pas aux normes de l’OMS pour une alimentation minimale acceptable. Les auteurs de l’étude font valoir que le redressement de cette situation devrait être une « priorité nationale ». Ils affirment que l’absence de réglementation régissant la promotion des aliments et des boissons pour enfants démontre que les industriels de la malbouffe ont toute capacité à dispenser librement leur nourriture addictive à des petits bambins de 2 ans.

Les retombées de cette règlementation pourraient être immédiates. Comme le montre l’enquête, dans plus de 20% des foyers visités et disposant d’un poste de télévision, les enfants privilégient les aliments tout prêts.

Moni Pich la fille de Me Hong âgée de 21 ans, avoue en souriant qu’une bonne éducation n’empêche pas d’aimer les friandises.

« Nous savons tous que ce n’est pas bon mais on aime ça ».

Traduction : Michelle Boileau
Source (Ben Paviour et Buth Kimsay / The Cambodia Daily) : Cambodian Children Suffering Due to Early Sweet Tooth
Photo : Elodie Prenant/AlterAsia

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