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L’échec annoncé de la réintroduction de 8 tigres au Cambodge

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Selon un expert, le programme de réintroduction des tigres est voué à l’échec.

Un défenseur de l’environnement indien et spécialiste des tigres a averti que le programme de plusieurs millions de dollars pour réintroduire le grand félin au Cambodge sera un « échec tragique » qui pourrait coûter des vies, et que ses défenseurs pourraient amèrement regretter.

Plus tôt ce mois-ci, le gouvernement a dévoilé un plan ambitieux pour importer d’Inde huit jeunes tigres sauvages pour repeupler l’Est du Cambodge, où ils ont été déclarés « fonctionnellement éteints ». Avec l’aide de donateurs et le Fonds mondial pour la nature (WWF), ce plan – qui devrait coûter entre 20 et 50 millions de dollars – a pour objectif de réintroduire ces félins afin qu’il errent dans la forêt protégée du Mondolkiri le long de la frontière vietnamienne d’ici à 2019.

Mais dans une interview publiée le 13 avril dans le journal indien Mint, un des meilleurs experts de tigres de l’Inde a exprimé des préoccupations majeures au sujet de ce plan. K. Ullas Karanth est directeur scientifique en Asie de la Société pour la Conservation de la Vie sauvage (Wildlife Conservation Society – WCS) et a beaucoup étudié les populations de tigres.

« J’ai étudié ces habitats il y a 20 ans au Cambodge, au Mondolkiri, pour WCS, quand les derniers tigres sauvages disparaissaient.
« Je ne pense pas que la zone nécessaire de 1000 à 2000 km2, riche en proies, sans élevage et sans habitat soit disponible en ce moment au Cambodge pour établir une population viable de tigres. Chaque tigre sauvage a besoin de 500 grandes proies animales pour se nourrir. Si elles ne sont pas là, le tigre va tuer le bétail et les gens ».

Dans son interview, M. Karanth a défini ce programme comme privé de toute compréhension de l’écologie ou du contexte social cambodgien, et a déclaré que cela était voué à être mal perçu par les populations locales.

« Ce plan conduira à un échec tragique, dans lequel les tigres introduits paieront de leur vie ».

M. Karanth a ajouté que parmi tous les programmes de réintroduction des tigres au cours des dernières décennies en Inde, un seul avait fonctionné.

« Tous les autres ont échoué ou sont au point mort, dans certains cas, avec des douzaines de personnes tuées et des tigres qui ont finalement été abattus. Le Forum mondial pour le tigre et le WWF, qui font la promotion de ce programme extrêmement imprudent, vont sans doute regretter leur décision s’ils poursuivent dans ce sens ».

Les représentants locaux du WWF et de WCS n’ont pas répondu à nos questions. Keo Omaliss, directeur du département de la faune et de la biodiversité au ministère de l’Agriculture, n’était pas joignable.

Le plan de réintroduction des tigres se concentre sur l’Est des plaines du pays, couvrant 30 000 km2, qui s’étend sur 4 aires protégées dont la forêt protégée de Mondolkiri. Selon un rapport du WWF publié la semaine dernière :

« Avec une forêt tropicale sèche la plus vaste et la plus intacte en Asie du Sud-Est, on peut se vanter d’avoir une des plus grandes zones d’habitat de haute qualité pour les tigres et leurs proies ».

Le groupe a réalisé une étude préliminaire de faisabilité avec l’Union internationale pour la Conservation de la nature en 2013 :

« (l’étude) conclut que la réintroduction était techniquement, écologiquement et socialement réalisable à la condition que les populations d’ongulés, proies des tigres, continuent de se reconstituer, conformément à une application rigoureuse de la loi ».

Le groupe du WWF estime que le programme nécessiterait un équivalent de 9 cerfs par km2 dans la forêt de Mondolkiri, qui s’étend sur environ 4 000 km2. Il dit également que la forêt aurait besoin de 6 fois plus de rangers que maintenant.

Mais le ministère de l’Environnement affirme que ses gardes sont débordés. Ils le seront vraisemblablement davantage encore avec les programmes du ministère de prendre les zones protégées précédemment sous la compétence du ministère de l’Agriculture, ainsi que cinq nouvelles zones de forêts protégées.

Le ministère de l’Environnement s’est également révélé être incapable de surveiller ses zones protégées, avec des taux de déforestation à l’intérieur presque aussi élevés que la moyenne nationale – un des taux les plus élevés dans le monde – selon les données satellites américaines. Bien que la forêt de Mondolkiri soit restée relativement intacte, les rapports sur l’exploitation forestière illégale et le braconnage ont émergé. Certaines parties des zones environnantes protégées ont déjà été remplacées par des plantations de caoutchouc.

Les écologistes ont également soulevé la question brûlante de la route que le gouvernement veut construire à travers la forêt de Mondolkiri jusqu’au Vietnam. Alors que le WWF a déclaré ce mois-ci que la route avait été mise en suspens, le gouverneur adjoint de la province Yim Lux a, lui, déclaré que les programmes allaient de l’avant.

« Nous n’avons encore rien construit, mais maintenant nous sommes en train d’étudier le plan directeur. Le département provincial des transports et des travaux publics examine comment la construire, où la commencer et quel itinéraire emprunter ».

Toutefois, M. Lux a déclaré qu’il était optimiste sur le fait que la route et les tigres coexistent.

« Je pense que c’est un plan solide ; ces tigres donneront naissance à une autre génération. Nous allons essayer de protéger la forêt pour en faire un endroit sûr où ils pourront vivre ».

Traduction : Élodie Prenant
Source : Peter Zsombor / The Cambodia Daily Expert Says Tiger Reintroduction Plan Sure to Fail
Crédit photo : Creative Commons

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