AlterAsia

Environnement

Le riz cambodgien file un mauvais coton

cambodge_Riz

Ce n’est peut-être qu’une question de temps avant que l’industrie cambodgienne du riz ne périclite, en raison de la faiblesse de la Fédération cambodgienne du riz d’une part, et de politiques gouvernementales peu judicieuses d’autre part.

L’industrie cambodgienne du riz rencontre de sérieux problèmes depuis les années 70, lorsqu’elle a presque été réduite à néant sous le régime Khmer Rouge. En raison de pénuries alimentaires, de nombreux agriculteurs ont été contraints de manger les semences de riz, ce qui a engendré la perte de variétés traditionnelles. Il a fallu attendre les années 90 pour que le Cambodge, pour la première fois depuis trois décennies, retrouve l’autosuffisance avec l’aide de l’Institut de recherche international sur le riz aux Philippines, qui a réintroduit des variétés de riz indigène à partir de sa banque de semences de Los Banos aux Philippines.

Il a fallu attendre les années 90 pour que le Cambodge retrouve l’autosuffisance avec l’aide de l’Institut de recherche international sur le riz, qui a réintroduit des variétés de riz indigène à partir de sa banque de semences de Los Banos aux Philippines.

Selon Chanthou Hem de la Banque Asiatique du Développement, l’industrie manque aujourd’hui encore de systèmes de production adaptés, d’infrastructures et de mécanismes de distribution après la récolte. Le secteur privé comme l’industrie subventionnée qui opèrent dans le pays depuis la fin de la période Khmers Rouges ont investi des millions pour tenter de réhabiliter cette industrie. Les critiques pointent la négligence du gouvernement comme un problème majeur.

L’export, une expérience à risques

Les principaux acteurs du secteur privé doivent s’élever et ont un rôle à jouer pour porter cette industrie et l’aider à faire face à un nouveau problème : le ministère de l’Agriculture aurait testé une souche de riz hybride de faible qualité mais à haut rendement pour l’exportation. Le Cambodge tente de retrouver son statut de pays exportateur de riz depuis la fin des années 90, passant de la modeste quantité de 6 000 tonnes dans les années 2000 à 51 000 tonnes en 2010 et à plus de 500 000 tonnes en 2015.

L’expérience du gouvernement est risquée. L’industrie passant les processus de tests sans contrôles stricts (que le gouvernement semble incapable de mettre en place), il est quasiment certains que des pollens hybrides se propagent à des kilomètres, en dehors des zones tests, portés par le vent, les insectes ou les rongeurs. La culture hybride pourrait éradiquer les variétés cambodgiennes de haute qualité, le Rumdoul et le Sen Kra Ob.

Les plants hybrides bas de gamme introduits par le gouvernement vont désavantager le Cambodge par rapport au Vietnam.

Les plants hybrides bas de gamme introduits par le gouvernement vont désavantager le Cambodge par rapport au Vietnam. Notre positionnement sur le marché devrait privilégier la haute qualité. S’engager sur la voie des plants hybrides serait une catastrophe et si cette direction est retenue, cela montrera que nos décideurs du ministère de l’Agriculture n’ont pas conscience de toutes les implications d’un tel choix politique. Recommander l’utilisation du riz hybride au Cambodge est une aberration.

Les pesticides menacent la sécurité alimentaire

En outre, l’usage intensif de pesticides et d’engrais nécessaire pour cultiver le riz hybride risque de contaminer notre sol pour de bon. Le Cambodge pourrait devenir dépendant à 100% de la volonté de Bayer, DuPont, Syngenta (NDLT : sociétés du secteur de l’agrochimie), etc. en ce qui concerne les semences mais aussi les produits chimiques.

Le Cambodge étant un très petit pays, toute contamination du sol menacerait rapidement notre sécurité alimentaire. Avec le laissez-faire du gouvernement, le Cambodge est en passe de devenir un pays exclusivement exportateur de riz bas de gamme.

Cela signifie que notre gouvernement laisse à nos voisins la possibilité de prendre le contrôle sur notre marché du riz en recourant à la tactique du prix le plus bas qui leur permettra de réaliser des marges plus élevées sur le marché global. Ce scenario est de plus en plus probable dans le cadre des accords de libre-échange UE – Vietnam.

Notre stratégie devrait également prévoir d’inciter les agriculteurs à moins cultiver la gamme premium Romdoul car l’offre actuellement excédentaire entraîne des effets négatifs. Nos agriculteurs font face à des défauts de liquidité et ne sont pas en mesure d’absorber l’intégralité de la production de Romdoul nécessaire pour préserver la valeur ajoutée de notre pays sur le marché du riz.

Accompagnement nécessaire des producteurs

Nos agriculteurs devraient être incités à planter la variété Sen Kra Ob, que les agronomes du ministère de l’Agriculture s’obstinent à rejeter pour des raisons obscures.

Pourvu de quantités de terres limitées mais riche en variétés de riz très parfumées, le Cambodge devrait se focaliser sur le riz parfumé haut de gamme en adoptant une stratégie marketing appropriée.

De quel soutien disposons-nous ? Aucun système agricole ne peut prospérer sans intervention lourde du gouvernement. Compter uniquement sur le potentiel du marché ne suffit pas. Pourquoi pensez-vous que le cycle de Doha a été bloqué durant des décennies si ce n’est en raison des subventions massives octroyées par les gouvernements occidentaux à leurs agricultures ?

Un objectif basé sur la valeur du dollar américain serait probablement plus pertinent qu’un objectif en volume (tonnes de riz). Pourquoi ne pas fixer un montant à atteindre d’ici 2020 ?

Notre prochain objectif devrait être de prendre de la distance avec l’objectif obsessionnel fixé par le gouvernement d’ « 1 million de tonnes » de riz et de changer notre état d’esprit en ce qui concerne la rentabilité de l’industrie. Un objectif basé sur la valeur du dollar américain serait probablement plus pertinent qu’un objectif en volume (tonnes de riz). Pourquoi ne pas fixer un montant à atteindre d’ici 2020 ?

Mais pour que l’industrie du riz réussisse, les politiques gouvernementales devraient prévoir des mesures d’accompagnement adéquates qui n’existent pas à l’heure actuelle. Il y a un besoin urgent en infrastructures, notamment en ce qui concerne l’irrigation et les mécanismes pour mettre le riz sur le marché.

* David Vichet Van a développé la Fédération Cambodgienne du Riz pour le Ministère du Commerce début 2014 et a aidé le Ministère à organiser l’élection du premier Conseil d’Administration de la structure.

Traduction : Elsa Favreau
Source David Vichet Van / Asia Sentinel Opinion : Cambodian Rice Industry Endangered by Bad Policy
Photo : Ministère australien des Affaires étrangère et du Commerce.

Print Friendly

Tagged

Voir aussi

Copyrights
Rejoignez-nous!
Je soutiens AlterAsia !

Ce n'est que grâce à vos dons qu'AlterAsia peut proposer une information alternative de qualité et gratuite. Soutenez-nous !

Vous pouvez choisir d'utiliser une carte bancaire si vous n'avez pas de compte Paypal en cliquant sur "Continuer" en bas à gauche de la page Paypal.