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L’ONU constate la détérioration des droits de l’homme au Cambodge

Selon l’envoyée spéciale de l’ONU, les droits de l’homme se sont détériorés depuis sa dernière visite.

L’envoyée spéciale de l’ONU sur les droits de l’homme au Cambodge (OHCHR) a déclaré que le climat politique s’était clairement détérioré depuis sa première mission d’enquête il y a 6 mois et que le pays demeurait à un « seuil critique » à l’approche des élections municipales et nationales.

Depuis la première visite en septembre 2015 de Rhona Smith, un mandat d’arrêt a été émis à l’encontre du chef de l’opposition Sam Rainsy, qui demeure en exil de sa propre initiative, pour une condamnation en diffamation datant de l’année dernière, largement perçue comme une motivation politique.

Deux députés du CNRP, le Parti de sauvetage national du Cambodge, ont été passés à tabac devant l’Assemblée nationale lors d’une manifestation anti-opposition. Kem Sokha, vice-président du CNRP, est confronté à une enquête pour corruption sur un dossier d’écoutes téléphoniques privées, qui ont mystérieusement fuitées, l’impliquant lui et au moins 2 de ses maitresses.

Enfin, un étudiant a été condamné pour incitation et condamné à un an et demi de prison pour avoir posté sur sa page Facebook un message suggérant une « révolution de couleur », une expression qui se réfère généralement à un changement de régime à travers une protestation pacifique.

Lors d’une conférence de presse à Phnom Penh le 31 mars, à l’issue de sa mission de deux semaines dans le pays, Mme Smith a déclaré :

« Cela ne fait aucun doute, il y a une grande différence entre ma mission de septembre dernier et celle d’aujourd’hui.
« Il y a eu un certain nombre de cas… inquiétants et donnant lieu à des préoccupations. Donc je pense, sans aucun doute possible, qu’il y a davantage de tensions et de violations potentielles des droits de l’homme aujourd’hui qu’en septembre dernier.
« J’ai connaissance du nombre d’affaires qui s’accumulent et rouvrent contre les dirigeants et membres du parti de l’opposition. De toute évidence, les tribunaux cambodgiens devraient appliquer les lois cambodgiennes équitablement et conformément à une interprétation stricte et cohérente de la loi, indépendamment de l’appartenance politique de toute personne comparaissant devant le tribunal ».


Rhona Smith, professeur de droit international des droits de l’homme au Royaume-Uni, n’a pas parlé de cas particuliers, mais a déclaré qu’elle en examinait plusieurs.

« La source d’inquiétude est la restriction apparente qui pèse sur les membres du parti d’opposition et causée par ces affaires judiciaires. Des restrictions qui actuellement ne sont pas imposées de manière similaire sur les membres des autres partis politiques au Cambodge. Il y a une préoccupation sur le recours à la loi comme outil politique plutôt qu’instrument juridique pour garantir la justice ».

L’envoyée spéciale a déclaré qu’un système judiciaire neutre était d’autant plus important en prévision des élections communales de l’année prochaine et l’élection nationale de 2018, dans laquelle le Parti du Peuple Cambodgien (CPP) au pouvoir, semble faire face à son combat le plus dur en 25 ans.

« Le Cambodge est proche d’un seuil critique », a déclaré Mme Smith. « Toutes les lois doivent être appliquées de manière égale et équitable pour tous les partis politiques et leurs membres afin d’assurer la protection d’un espace démocratique à l’approche des élections. La situation politique, qui comprend de nouvelles menaces, procédures judiciaires et même des violences physiques sur des membres de l’opposition, est préoccupante ».

Rhona Smith a également souligné la nécessité pour le gouvernement d’appliquer strictement et systématiquement toutes les lois, y compris la loi sur les réunions pacifiques, qui stipule qu’une notification préalable n’est pas exigée pour « les activités éducatives de diffusion pour les intérêts sociaux ».

« J’ai moi-même fait l’expérience de ce à quoi les ONG sont confrontées quand un prétendu officier de police de la commune, sans uniforme, a tenté d’interrompre ma rencontre avec la communauté autochtone des Kuoy dans la province de Preah Vihear [alors que la loi sur les réunions] indique clairement que ces réunions n’exigent aucune notification ou autorisation ».

Rhona Smith a annoncé qu’elle publierait son premier rapport sur le Cambodge en tant que rapporteuse spéciale de l’ONU en août prochain.

Traduction : Élodie Prenant
Source : Peter Zsombor / The Cambodia Daily UN Envoy Sees Rights Deteriorate in Absence
Crédit photo : ‎@OHCHRAsia

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