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L’application de la charia divise la Malaisie

Les partis islamiques doivent imaginer des politiques qui concernent à la fois les Musulmans et les non-Musulmans. L’analyse de Joshua Woo, collaborateur du député de Bukit Mertajam, dans l’État de Penang, offre une nouvelle grille de lecture aux conflits religieux qui touchent la population malaisienne.

En 2015, la direction du parti islamique PAS décidait de militer pour la mise en place des Hudud (peines légales prescrites par le Coran) en Malaisie. Ce faisant, ils rompaient avec la ligne du Pakatan Rakyat, la coalition de l’opposition à laquelle il appartenait.

Depuis, la coalition a été dissoute par les deux autres partis de la coalition, le PKR (Parti de la justice du peuple) et le DAP (Parti de l’Action Démocratique), afin de former le Pakatan Harapan avec le PAN, un nouveau parti formé par d’anciens membres du PAS.

Le revirement du Parti islamique

Le PAS a continué son plaidoyer en faveur des Hudud jusqu’à la mi-mars 2016, avant d’annoncer la formation d’une nouvelle coalition avec le jeune Parti Ikatan et de décider d’être moins pressant dans ses revendications de mise en place d’un code pénal islamique.

De toute évidence, l’intérêt du PAS à la mise en place des Hudud est fragile et fluctuant en dépit des rappels constants de son intention d’établir ces lois islamiques controversées en Malaisie.

Ce revirement montre que cette revendication de mise en place des Hudud en Malaisie n’est pas guidée par des motivations religieuses. Il ne s’agit pas non plus d’une question politique puisque la façon de gouverner le pays n’est pas remise en cause.

La mise en place des Hudud en Malaisie n’est guidée par des motivations ni religieuses, ni politiques. 

 La mise en place des Hudud en Malaisie n’est guidée par des motivations ni religieuses, ni politiques.

Les Hudûd, programme obligé des partis islamiques ?

Le débat sur les Hudud est en réalité une controverse de « théologie politique », un cadre pour comprendre la société tout en jouant sur les dynamiques de la religion et de la politique. Cette question a émergé de la compétition entre les partis politiques islamiques qui cherchent à faire ressortir la place de l’Islam en politique.

Il ne s’agit pas, comme cela est souvent décrit, d’une exploitation de la religion à des fins politiques ni d’un abus de références à la religion par le politique car l’Islam est considéré comme omniprésent dans toutes les dimensions de la vie d’un musulman, y compris la politique.

L’hypothèse sous-jacente de cette compétition visant à mettre l’Islam sur le devant de la scène en politique est que les musulmans voteront pour le parti qui semblera « le plus islamique ». La tâche consiste alors à identifier et saisir les aspirations politico-théologiques des musulmans. La mise en place de lois islamiques étant un des signes les plus évidents de ce trait islamique, il est fréquent que les partis islamiques envisagent cette option.

Une question de « théologie politique », qui veut définir la place de l’Islam en politique. 

Cependant, la mise en place des Hudud en Malaisie rencontre deux obstacles de taille. Les non-musulmans, qui représentent environ 40% de la population du pays, ne sont pas favorables à une telle proposition. De même, les musulmans progressistes ne soutiennent pas ces mesures. La théologie politique du Hudud imaginée par le PAS ne convainc pas, même parmi les musulmans. Le récent revirement du PAS concernant les Hudud révèle la prise de conscience par le parti de l’impopularité de sa proposition.

Les non-musulmans de Malaisie, soit 40% de la population, auxquels s’ajoute une partie des musulmans, ne sont pas favorables à une telle proposition.

Mais des questions clé perdurent. Les dirigeants du PAS commencent-ils à réaliser que l’idéologie des Hudud ne répond pas aux aspirations politico-théologiques des musulmans ? Si oui, peuvent-ils combler cette lacune ?

Une loi islamique compatible avec le monde actuel ?

Quelles que soient les réponses, les partis islamiques ne devraient pas arrêter leur plaidoyer en faveur des Hudud. Il y a au contraire un besoin urgent de repenser une forme de loi islamique compatible avec le monde actuel et la Malaisie contemporaine.

Les non-musulmans de Malaisie, soit 40% de la population, auxquels s’ajoute une partie des musulmans, ne sont pas favorables à une telle proposition.

La théologie politique constructive développée par Abdulaziz Sachedina, professeur et membre de la chaire des études islamiques à l’IIIT (Institut International de la Pensée Islamique) de l’Université George Mason (en Virginie, aux États-Unis), et décrite dans son livre « L’Islam et le défi des droits de l’Homme » constitue un modèle approprié. Il écrit :

« La théologie politique islamique basée sur la doctrine centrale d’un Dieu juste et miséricordieux lié par sa propre essence morale pour guider l’humanité à créer un ordre public juste peut servir de fondement éthique et théologique majeur pour les droits de l’Homme et son pré-requis, à savoir la gouvernance démocratique dans les sociétés musulmanes. »

La popularité des propositions actuelles va stagner, voire même décroître s’il n’y a pas de réflexion de fond concernant la forme et la façon dont les Hudud pourraient être mises en place. En d’autres termes, peu importe le parti le plus convaincant du point de vue de la théologie politique islamique et qui aura le plus de soutien du monde musulman. Mieux vaudrait réfléchir à une théologie politique islamique qui parle aux non-musulmans.

Traduction : Elsa Favreau
Source (Joshua Woo* / New Mandala) : The Politics of Hudud in Malaysia
Photo : Uwe Schwarzbach / Flickr

* L’auteur est un membre spécial du cabinet du député de Bukit Mertajam. Il est diplômé du Trinity Theological College et du programme inter-religieux de l’Université de Cambridge.

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