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Cambodge : bataille d’experts au Tribunal Khmer rouge sur la notion de génocide

Alex-Hinton


Un éminent universitaire s’est disputé avec un avocat de la défense lors du tribunal Khmer rouge, le 16 mars, sur la question de savoir si le régime avait commis un génocide. L’universitaire a soutenu qu’il y avait un « parallèle évident » entre le traitement des Vietnamiens par les communistes et la persécution des Juifs par les Nazis.

Un éminent universitaire s’est disputé avec un avocat de la défense lors du tribunal Khmer rouge, le 16 mars, sur la question de savoir si le régime avait commis un génocide. L’universitaire a soutenu qu’il y avait un « parallèle évident » entre le traitement des Vietnamiens par les communistes et la persécution des Juifs par les Nazis.

Alex Hinton, anthropologue et chercheur américain spécialisé sur le génocide, qui a largement étudié les Khmers rouges, a comparu pour la 3è journée devant la cour. Il a répondu aux questions de Victor Koppe, avocat de Nuon Chea, ex-numéro 2 du mouvement khmer rouge, afin de déterminer si les meurtres de l’ethnie vietnamienne pendant la période du Kampuchea démocratique constituent un génocide.

Selon la définition juridique du génocide, les meurtres doivent être ordonnés contre un groupe racial, ethnique, national ou religieux avec l’intention de l’anéantir. L’extermination des groupes politiques n’entre pas dans cette définition.

Victor Koppe à comparé le présumé génocide des Vietnamiens par les Khmers rouges à d’autres génocides du 20è siècle, en commençant par l’Holocauste, pour lequel les Nazis ont exterminé environ 6 millions de Juifs.

« Est-il vrai qu’il existe une énorme différence entre, d’une part, comment l’Allemagne nazie considérait les Juifs et comment ils ont été traités, par rapport à la façon dont le Kampuchéa démocratique a traité les Vietnamiens et comment il a finalement traité ses citoyens vietnamiens ? ».

Alex Hinton a répondu en soulignant les similitudes entre le Kampuchea démocratique et l’Allemagne nazie, incluant les bouleversements socio-économiques, la « fabrication de la différence » (“a manufacturing difference”) des groupes dans la société, et la dépossession du groupe ciblé avant son élimination progressive :

« Ce processus lui-même est un parallèle direct… qui se produit dans un certain nombre de génocides. C’est celui qui s’est produit pendant le régime du Kampuchéa démocratique, et c’est aussi celui qui a eu lieu pendant l’Holocauste ».

Questionné aussi sur les similitudes entre la propagande de l’Allemagne nazie et les émissions de radio rwandaise qualifiant « de cafards » les membres de la minorité Tutsi avant le génocide de 1994, l’expert a souligné la preuve d’images déshumanisantes citées dans le livre de l’historien français Henri Locard « Le Petit Livre rouge de Pol Pot ou les Paroles de l’Angkar ».

« Il y a toutes sortes de métaphores déshumanisantes dans ce livre. Vous pouvez vous référer à de nombreuses émissions de radio du régime de Kampuchéa, la même chose a existé. Donc oui, je pense que vous pouvez établir encore et encore un parallèle direct.

« Avec ce processus de fabrication de la différence que j’ai évoqué, les similitudes à cet égard entre l’Holocauste et le génocide cambodgien sont très claires et directes, comme l’ont été d’autres génocides idéologiques ».

Alors que l’interrogatoire touchait à sa fin et que M. Koppe commençait à cuisiner le chercheur pour savoir s’il pouvait fournir des documents prouvant l’intention génocidaire du régime, l’atmosphère entre les deux est devenue crispée.

« Donnez-moi un exemple de document du Parti communiste du Kampuchéa ou du Kampuchéa démocratique dans lequel il est littéralement dit que ‘de nouvelles personnes’ devront être persécutées ou exécutées, ou que les citoyens vietnamiens devront être tués, exterminés. Où se trouve le document qui dit explicitement cela ? ».

Alex Hinton a riposté :

« Je vous remercie, Monsieur l’avocat de la défense, je ne savais pas que j’étais censé venir avec une série de documents pour me présenter à la cour ».

« Il n’y a aucun document », a répondu sèchement M. Koppe.

Alex Hinton a alors dit à l’avocat qu’il avait tort, et qu’il y avait de nombreux écrits démontrant la « rhétorique de la haine » contre les vietnamiens.

« Beaucoup de paroles, Monsieur le Président, mais aucune réponse », a déclaré M. Koppe, se tournant vers le Président la chambre de première instance Nil Nonn, avant de s’asseoir.

Traduction : Élodie Prenant
Source : George Wright / The Cambodia Daily Researcher and Lawyer Spar Over Genocide
Crédit photo : DR
Légende : Alex Hinton

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