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Travail en Malaisie : priorité à la régularisation des sans papiers ?

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Le gouvernement malaisien veut suspendre l’arrivée de nouveaux travailleurs migrants. Il affirme qu’il s’agit de privilégier le travail pour les sans papiers déjà dans le pays. Qu’en est-il vraiment ?

La décision du gouvernement de bloquer l’arrivée de nouveaux travailleurs migrants pour, à la place, donner du travail aux travailleurs sans papiers qui sont déjà dans le pays est une initiative bienvenue. C’est exactement ce pour quoi les différentes parties prenantes militaient depuis l’annonce par le gouvernement de son intention de faire venir dans le pays 1,5 million de travailleurs du Bangladesh.

L’absence de politique d’accueil et de gestion des travailleurs migrants et le maintien des écarts de salaire entre les migrants et la main d’oeuvre locale incitent les employeurs à embaucher des travailleurs migrants non seulement en complément, mais aussi en remplacement des Malaisiens.

Cette précédente décision d’embaucher davantage de travailleurs migrants et la signature d’un protocole d’accord (MOU) ont été fortement contestées étant donné qu’il y a au moins 4 millions de travailleurs illégaux dans le pays qui devraient être régularisés et absorbés.

Le gouvernement déplore que le processus de réembauche soit actuellement très lent et a prolongé la date butoir jusqu’à fin juin mais ce seul report risque de ne pas suffire : le système de régularisation des travailleurs sans papiers doit être revu afin de veiller à ne pas répéter les erreurs du 6P [programme d’amnistie visant à réduire le nombre de travailleurs migrants illégaux] qui a été un échec.

Les Malaisiens boudent-ils les emplois non qualifiés ?


La décision de stopper l’arrivée de travailleurs migrants supplémentaires est une décision d’importance et le PSM [Parti socialiste de Malaisie] espère qu’elle repose sur des motifs mûrement réfléchis et la reconnaissance des arguments qui ont été avancés. Espérons que ce n’est pas une simple réaction à l’opposition généralisée contre cet afflux supplémentaire et surtout que ce n’est pas pour « leur apprendre », comme le laissent à penser de récents commentaires qui promeuvent l’emploi des Malaisiens avant tout, du type « incitons les travailleurs malaisiens à occuper les emplois 3D vacants [travaux sales, dangereux et difficiles]» et « si les employeurs ont besoin d’ouvriers, alors ils n’ont s’adresser à la MEF [Malaysian Employers Federation], la FMM [Federation of Malaysian Manufacturers] et au MTUC [Malaysian Trade Unions Congress]».

Le gouvernement doit être honnête au sujet des travailleurs malaisiens et des emplois 3D. Tout d’abord, il est inexact que la main d’oeuvre immigrée ne travaille que dans les secteurs 3D. Presque la moitié des migrants sont employés par les industries manufacturières et les services.

Si le gouvernement veut sérieusement attirer des travailleurs malaisiens, il doit admettre que le salaire minimum actuel n’est pas un salaire décent et que, compte tenu du coût de la vie, il peut tout juste permettre à une famille de vivre dans la misère.

Il est également inexact que les travailleurs malaisiens boudent les postes 3D. On trouve plus de 300 000 Malaisiens dans ce type d’emplois à Singapour et dans notre propre pays, 100% des ouvriers [du réseau d’assainissement] Indah Water sont Malaisiens, dans les deux cas en raison des revenus supplémentaires.

L’absence de politique globale d’accueil et de gestion des travailleurs migrants ainsi que le maintien des écarts de salaire et autres incitations financières entre les migrants et la main d’oeuvre locale ont conduit à une situation où les employeurs embauchent des travailleurs migrants non seulement en complément mais aussi en remplacement des Malaisiens. La négation du droit de recours aggrave la situation en rendant les travailleurs migrants encore plus vulnérables.

Si le gouvernement veut sérieusement attirer des travailleurs malaisiens, il doit admettre que le salaire minimum actuel n’est pas un salaire décent et que, compte tenu du coût de la vie, il peut tout juste permettre à une famille de vivre dans la misère. Il faut donc que le gouvernement augmente les salaires à un niveau plus réaliste ou bien complète les bas salaires par un salaire social, comme par exemple le logement subventionné. L’interdiction ne durera pas sans ces changements.

Traduction : Édith Disdet
Source : Rani Rasiah / Aliran Foreign Workers Ban : What’s the real story ?
Photo : Tommy L. /Flickr

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