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Philippines : un village résiste à l’exploitation d’une mine de nickel

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Les habitants d’un village de la province de Zambales luttent contre l’exploitation minière. Ils dénoncent une « loi quasi martiale » qui les a forcés à lever leurs barricades et à autoriser le passage de camions d’extraction minière depuis le 10 mars 2016.

Ils expliquent dans une déclaration envoyée par mail au Bulatlat :

« Nous, habitants du village de Bayto, ne nous sommes pas opposés aux camions de nickel aujourd’hui, mais cela ne signifie pas que nous capitulons (…). Les barricades se poursuivront ».

Depuis le 19 janvier, les habitants du village de Bayto, dans la ville minière de Santa Cruz, empêchent les camions transportant du nickel de traverser leur communauté, forçant les services de transport routier à emprunter une route plus longue pour rejoindre le port.

Suite aux crues dévastatrices d’octobre 2015, que beaucoup attribuent à une décennie d’exploitation minière à ciel ouvert, une résistance croissante s’est mise en place parmi la population de Santa Cruz.

Armée et État, complices des sociétés minières

Le 10 mars, au petit matin, les habitants de Bayto ont été submergés par l’arrivée de camions miniers, accompagnés par 500 policiers armés venus de toute la province de Zambales, de gardes armés privés assurant la sécurité des compagnies minières et d’employés de ces mêmes compagnies.

D’après le groupe écologiste Move Now! Zambales, il y avait 13 polices mobiles, et deux camions de l’armée philippine « transportant la grande majorité des forces de l’ordre des autres circonscriptions ».

En sous-nombre par rapport aux hommes armés, les résidents de Bayto ont démonté leur campement et emporté leurs biens de peur que ceux-ci ne soient confisqués par la police.

« A 6h du matin, des camions à vide ont traversé (la communauté) pour vérifier si certains habitants tenteraient de bloquer les camions et prendraient le risque d’être arrêtés. Mais la communauté n’a pas bougé, ni cédé aux provocations de la police et des compagnies minières ».

Après le passage des camions à vide, des camions chargés de minerais et escortés par du personnel armé et en uniforme ont à leur tour fait la traversée, sous le regard passif des habitants.

« Les gens ne pouvaient rien faire. D’après les résidents, la situation avait des allures de loi martiale. Les gardes leur demandaient où ils comptaient se rendre et les réprimandaient s’ils étaient observés en train de discuter en groupe. Il y avait aussi les photographies prises de manière incessante par la police qui est même allée jusqu’à photographier les habitants en gros plan. Les enfants ne sont pas allés à l’école ce jour là, ils auraient été contrôlés par les policiers. La nuit, la police est restée et a même fait usage d’un projecteur lumineux utilisé par les coopératives minières pour leurs opérations ».

Le jour suivant, le 11 mars, 30 policiers armés sont restés sur le site afin d’assurer la circulation des camions miniers, lesquels étaient escortés par « des hommes armés, en uniformes militaires ».

Selon le groupe Move Now ! Zambales

« Lorsqu’on a demandé à la police ce qu’elle faisait sur le secteur, elle a répondu qu’elle maintenait un checkpoint pour la Commission des Elections (Comelec). L’inspecteur en chef adjoint, Ferrer, a dit qu’elle assurait la paix et l’ordre et que la prise de clichés était uniquement liée aux relations communautaires. »

Move Now ! Zambales note également que les policiers n’ont pas pu présenter leur ordre de mission et qu’ils avaient retiré leurs insignes :

« Les habitants font remarquer que pour un simple checkpoint Comelec, les compagnies minières n’auraient pas participé à la surveillance policière en mettant à disposition leurs projecteurs, leurs générateurs et même leurs employés. »

Une population abandonnée par la justice

Les villageois de Bayto se désolent qu’au lieu de protéger la population :

« [La police] se range aux côtés de ceux qui détiennent le pouvoir et qui ont intérêt à la poursuite de l’exploitation minière à Santa Cruz.

« La police a admis qu’elle ne faisait que suivre les ordres. Nous ne pouvons pas compter sur elle pour protéger les droits de la population, elle ne fera que suivre n’importe quel ordre, même si celui-ci nuit à la population de Bayto ».

Dans la ville de Candelaria, également dans la province de Zambales, la police a mis fin à un blocus similaire dans le village de Uacon, le 29 février, deux jours après que celui-ci a été mis en place par les résidents, suivant l’exemple de Bayto. Six résidents ont été arrêtés et la police a confisqué bannières, outils et autres biens.

La résistance des populations contre l’industrie minière a trouvé le soutien de l’église paroissiale de Santa Cruz et le Diocèse d’Iba qui affichent une position forte en faveur de la protection de l’environnement, au titre de la lettre encyclique Laudato si du Pape François.

Selon Move Now ! Zambales:

« Les barricades ont été mises en place afin de briser le silence assourdissant des gouvernements locaux et nationaux. Elles visent également à accroître la prise de conscience de la demande de justice face à l’aggravation des conséquences du secteur minier dans leur ville, en particulier quand le typhon Lando a touché la ville en octobre 2015 ».

Alors que les camions de nickel poursuivent leur passage, malgré la présence « courtoise » des forces de l’État et des armés privées, la population, elle, bouillonne toujours de rage.

« Les barricades se poursuivront et prendront même de l’ampleur. Parce-que nous continuerons de nous opposer à l’exploitation minière à Santa Cruz. Nous triompherons au moment voulu, car nous savons que nous sommes du côté de la justice, et donc du côté de Dieu ».

Traduction : Marie-France Leccia
Source : (Dee Ayroso / Bulatlat) Bayto village vows to reassemble barricade vs mining
Photo : Bulatlat

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