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Cambodge : le gouvernement réfute les accusations d’un réfugié Rohingya

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Le 13 mars, des fonctionnaires cambodgiens et australiens ont démenti les affirmations faites en fin de semaine par un réfugié Rohingya de Birmanie disant qu’il avait été mal traité à Phnom Penh. Le responsable des réfugiés au ministère de l’Intérieur a qualifié l’homme de « menteur ».

Le réfugié, une des cinq personnes à avoir accepté d’être transférée de l’île de Nauru – où l’Australie retient des centaines de migrants interceptés sur des bateaux qui tentaient d’atteindre ses rives – au Cambodge, a déclaré dans une interview le 13 mars à Fairfax Media, qu’il se sentait abandonné à Phnom Penh, craignait de mourir ici et regrettait ce déplacement.

Le réfugié […] a déclaré […] qu’il se sentait abandonné à Phnom Penh, craignait de mourir ici et regrettait ce déplacement.

Fairfax Media, qui a identifié l’homme comme étant Mohammed Rashid, a également signalé qu’il résidait dans un bureau de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) en dépit des millions supplémentaires que l’Australie a versés pour la réinstallation des réfugiés. Il souffre d’asthme, ainsi que de problèmes pulmonaires et rénaux graves depuis son arrivée à Nauru en 2013. L’article précise que l’OIM, retenue par l’Australie pour gérer la réinstallation des réfugiés à Phnom Penh, l’avait fait sortir de l’hôpital de Phnom Penh au bout de trois jours contre l’avis du médecin.

Cependant, Tan Sovichea, responsable des réfugiés au sein du département de l’immigration au ministère de l’Intérieur [cambodgien ndt], a déclaré que ses équipes étaient en contact avec M. Rashid « presque tous les jours » et a qualifié ces affirmations de tissu de mensonges.

Ce n’est pas vrai. Cela signifie qu’il ment… C’est un menteur.

Il a déclaré que M. Rashid « allait bien » et que tous ses problèmes de santé étaient liés à son penchant pour les festivités nocturnes.

« Il aime sortir, il ne dort jamais. Il sort 3 à 4 fois par semaine ».

Il a également expliqué que M. Rashid avait choisi de vivre dans un bureau de l’OIM.

« C’est un homme libre, il peut aller n’importe où … mais il ne veut pas bouger ».

Un porte-parole du ministère de l’Immigration australien a également insisté sur le fait que ce réfugié, arrivé en novembre, était correctement pris en charge :

« M. Rashid continue de recevoir un soutien important de la part du prestataire de service du Ministère, l’OIM, y compris des rencontres en personne tous les jours en semaine et des contacts téléphoniques chaque week-end.

Les détracteurs de l’accord disent que l’Australie n’a jamais eu l’intention de faire du Cambodge une destination viable pour les réfugiés qui croupissent à Nauru […]

On lui a proposé des services supplémentaires, comme un accompagnement, ce qu’il a décliné ».

Le porte-parole australien a poursuivi en déclarant que M. Rashid était actuellement soigné pour une affection non spécifiée par un médecin-conseil de l’OIM :

« Conformément aux termes du mémorandum d’accord [sur la réinstallation des réfugiés ndt], il a droit à l’assurance maladie pendant 5 ans ».

Il a ensuite ajouté que le logement initial de M. Rashid était entièrement payé pour 3 mois – les réfugiés bénéficient d’aides pour les loyers et les services publics pendant un an, mais qu’il a « jusqu’à présent décliné la proposition d’aide de l’OIM pour la recherche de solutions de logement pérenne ».

Le porte-parole n’a pas abordé les affirmations reprises dans l’article concernant des promesses non tenues sur une aide à l’ouverture d’un restaurant et un versement comptant de 8 000 dollars.

L’OIM a décliné tout commentaire.

Et les migrants dans tout ça?

Dans un autre reportage, Fairfax a indiqué qu’en Australie, le parti d’opposition des Verts avait demandé au vérificateur général du pays d’enquêter sur les 26,9 millions d’euros alloués à la réinstallation des réfugiés de Nauru au Cambodge (au sujet desquels les deux gouvernements sont restés très discrets) et si les millions d’aide supplémentaire que l’Australie a accordés au Cambodge ont été correctement dépensés. Selon la sénatrice verte Sarah Hanson-Young :

« Dépenser des millions de dollars pour graisser les rouages d’un régime corrompu afin que le gouvernement puisse se débarrasser d’une poignée de gens dans un pays pauvre est inacceptable.

« Il a été quasiment impossible d’obtenir des informations claires sur cet accord à partir des prévisions budgétaires du Sénat ou des travaux du comité… La transparence est le meilleur remède et le bureau du vérificateur général a le pouvoir nécessaire pour faire apparaître cet arrangement pour ce qu’il est vraiment ».

Les détracteurs de l’accord disent que l’Australie n’a jamais eu l’intention de faire du Cambodge une destination viable pour les réfugiés qui croupissent à Nauru, mais qu’elle a conclu cet accord principalement pour dissuader d’autres candidats à l’immigration de tenter de mettre le cap sur ses rives. Le ministre australien de l’Immigration Peter Dutton a récemment salué l’accord comme un succès dans sa stratégie pour « arrêter les bateaux ». 

Traduction : Elodie Prenant
Source (Peter Zsombor / The Cambodia Daily) Government calls Rohingya Refugee a Liar
Photo : EU Humanitarian Aid and Civil Protection / Flickr

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