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Des contes populaires de l’Isaan traduits en anglais

Isaan_Contes_Traditions

Isaan Record réédite, en anglais, les textes d’une série de contes populaires de l’Isaan compilés il y a plus d’un demi-siècle.

Sous la direction de Kermit M. Krueger (volontaire du Peace Corps américain travaillant au Centre universitaire de formation pédagogique des enseignants de Mahasarakham), étudiants et professeurs ont collecté dans toute la région des histoires populaires, les ont traduites et illustrées afin de les rassembler dans un livre destiné à servir de support à l’apprentissage de l’anglais.

Au cours des prochaines semaines, ces histoires seront publiées par épisodes. Nous commençons aujourd’hui avec la couverture du livre (photo), un extrait de l’introduction originale et deux récits de la province de Loei.

Introduction – Une initiative visant à encourager l’apprentissage de l’anglais

L’idée d’écrire ce livre est née d’un devoir donné à des étudiants en 3è année d’anglais. Afin d’éveiller leur intérêt pour leur propre peuple et sa culture, il leur a été demandé de raconter une histoire populaire ou bien une tradition d’une province du nord-est de la Thaïlande. Les textes de ce livre ont été écrits à partir de leurs dissertations et ceci doit vraiment être porté au crédit de ces étudiants. Leur travail sera récompensé si ces histoires se révèlent intéressantes et si quelques étudiants prennent conscience de l’immense et merveilleux folklore dont jouit leur pays. Ce livre aura valu la peine si quelques étudiants prennent plaisir à le lire en anglais. Merci également aux enseignants de cette université qui ont participé à la traduction en anglais et encouragé la réalisation de ce projet. Mes remerciements vont à Achan Staporn et Achan Boonrut et, tout particulièrement, au directeur de l’Université, Achan Wisan Siwarat pour sa contribution aux recherches.

Kermit M. Krueger – Volontaire du Peace Corps
Centre Universitaire de Formation Pédagogique des Enseignants de Mahasarakham. Janvier 1965

Histoire n° 1 – Les aventures de Yai

Dans la province de Loei, on raconte des histoires sur un grand chasseur nommé Yai. Les gens disent que Yai est né dans la cité de Nakorn Chumpasak au Laos, mais qu’il serait parti pour la Thaïlande où il aurait vécu à Loei la majeure partie de sa vie. Yai était un grand héros et il a accompli nombre d’actions célèbres. Un jour, il a sauvé un village des esprits. Une autre fois, il a découvert une belle et étrange montagne.

Yai et les Esprits

Quand Yai est arrivé à Loei, il a cherché un endroit où installer sa maison. Il est arrivé finalement dans un petit village qui – aujourd’hui encore – porte le nom de Na Pee Ton. Voici pourquoi :

Un jour, des habitants du village se précipitent chez Yai en criant :

« Aide-nous, aide-nous ! Nos récoltes de riz ont été détruites ! »

Yai leur demande alors ce qu’il se passe. Les villageois expliquent :

« Hier, quand nous travaillions aux champs, notre riz était en pleine pousse. Quand nous sommes revenus aujourd’hui, ce beau riz avait été détruit. C’est comme si quelqu’un l’avait arraché. Que pouvons-nous faire ? »

Yai est très surpris par cette histoire, mais ne sait que répondre. Après quelques minutes de réflexion, il leur dit :

« Je ne sais pas quoi faire, mais si quelqu’un déracine votre riz, nous devons trouver de qui il s’agit ! L’un d’entre nous doit monter la garde dans les rizières. Quand il verra qui détruit la récolte, il pourra retourner au village. Nous viendrons alors tous aider à attraper ce mauvais homme.»

Chaque nuit, plusieurs hommes surveillent les champs, mais ce sont des nuits sans lune, et personne ne voit rien. Mais chaque nuit, davantage de riz est détruit. Les hommes sont très en colère, mais Yai leur dit :

« Soyez patients, bientôt ce sera pleine lune, nous pourrons alors savoir qui est derrière tout ça ».

La nuit de la pleine lune, tous les hommes du village se rendent aux rizières. Ils assistent alors à quelque chose de très étrange. Le riz est arraché du sol, sans qu’on ne distingue personne.

« Que se passe-t-il ? » demandent les villageois.

Yai répond:

« Ce sont sûrement les mauvais esprits. Attendez une minute, puis nous allons crier tous ensemble. Peut-être que cela les fera fuir ».

Au signal de Yai, tous se mettent à crier. Soudain, le riz cesse d’être déraciné.
Étrangement, les esprits s’en étaient allés et ne sont plus jamais revenus. Lorsqu’il fut certain qu’ils ne reviendraient pas, Yai dit :

« Appelons notre village ‘L’endroit où les esprits déracinaient le riz’ ».

Le village porte ainsi ce nom depuis.

Yai découvre une montagne

Yai était un chasseur, pas un paysan. Il passait souvent des journées entières dans la forêt pour chasser et se nourrir.

Un jour, il tire sur un cerf. Convaincu que le cerf allait mourir, il décide de suivre l’animal blessé. Mais le cerf n’est pas mort. Il continue inlassablement sa route pour finalement s’arrêter sur un terrain plat. Yai est épuisé, cela fait de longues heures qu’il suit le cerf. Il jette alors un coup d’œil autour de lui et découvre qu’il se trouve maintenant au sommet d’une montagne ! Alors qu’il observe le cerf au sommet de la montagne, Yai découvre une chose surprenante. Une quantité d’autres cerfs se trouve maintenant à côté du cerf blessé. Et le cerf touché par la balle est à présent totalement guéri. Les cerfs n’ont pas peur de Yai et s’approchent de lui. Yai songe alors :

« Ceci est très étrange, ces cerfs doivent être sacrés, je ne devrais pas leur tirer dessus ».

L’après-midi est déjà bien avancée et Yai est fatigué. Il se dit :

« Je dois regagner le bas de la montagne avant la nuit ».

Il marche, marche, sans pouvoir trouver le sentier pour redescendre. Remarquant que le sommet de la montagne est plat et large, il songe :

« Voici une montagne bien insolite ».

Il est très inquiet maintenant.

« Je ne peux pas rester ici toute la nuit. Que faire ? ».

Il essaye alors de retrouver les cerfs mais tous ont disparu. Alors qu’il est sur le point d’abandonner ses recherches, il en aperçoit un descendre le flanc de la montagne.

« Ce doit être leur sentier », se dit-il.

Il décide de suivre l’animal. Le chemin le conduit au pied de la montagne. Quand il arrive en bas, il cherche à nouveau les cerfs, mais ceux-ci ont disparu. Il ne les voit plus. Il regarde une fois encore la montagne et se dit :

« Cette montagne ressemble à une cloche ».

C’est pourquoi, depuis ce jour, on nomme cette endroit « Bell Mountain ».

Une autre version de l’histoire de Bell Mountain

À Loei, certains ne croient pas à cette histoire. Ils racontent une autre légende de Bell Mountain :

Quand les premiers habitants arrivent à Loei, ils sont frappés par la grande montagne. Elle a la forme d’une cloche et les jours saints de la religion bouddhiste, on a l’impression que c’est une cloche géante qui retentit du haut de la montagne. Ils décident donc de la nommer, « the Bell », parce qu’elle a l’aspect d’une cloche et résonne comme une cloche.

Depuis, la cloche a disparue. Personne ne l’a en fait jamais vue, seul son bruit était perceptible ; à présent, on ne peut même plus l’entendre. Certains disent que la cloche est née avec la montagne et qu’elle est sacrée. Ils pensent que quelqu’un est monté jusqu’au sommet pour chercher la cloche mais que Dieu l’a ensuite détruite afin que cette personne ne puisse pas la trouver. Ainsi, si vous allez aujourd’hui du côté de Loei, vous pouvez voir Bell Mountain, mais vous ne pouvez pas entendre sa cloche.

Histoire n° 2 – Le temple des Deux Amours

Il y a plus de trois cents ans, la Thaïlande et le Laos étaient ennemis. Le roi thaï, Juckaphat (en Thaï: Pramaha-juckaphat), était malheureux. Il savait que beaucoup de gens souffraient quand les armées se battaient. Il savait que le peuple thaï ne voulait pas la guerre. Il décide alors de faire la paix avec le roi du Laos.

Un jour, Juckaphat écrit donc à Chaiyachetta, le roi du Laos :

« Mon peuple et votre peuple sont las de la guerre. Ils souffrent depuis longtemps. Nous devrions maintenant décider d’être amis pour venir en aide à nos sujets. Si vous acceptez, érigeons deux chedis (édifice religieux) en témoignage de notre accord ».

Chaiyachetta était lui aussi fatigué de combattre et donc très heureux de recevoir la lettre du roi Juckaphat. Il répond :

« Je serais ravi d’être votre ami ».

Alors, le roi Juckaphat dit à son peuple :

« Nous devons construire deux chedis sur la frontière entre la Thaïlande et le Laos. Les chedis célébreront l’amitié entre nos deux pays. L’un représentera le Laos, l’autre la Thaïlande. »

Le peuple demande alors à quel endroit les chedis doivent être construits. Après de longues discussions, ils décident de les ériger dans le district de Dansai, à Loei.

C’est pourquoi, si vous vous rendez aujourd’hui à Dansai, vous pouvez voir ces deux vieux chedis au sein du Temple des Deux Amours (en thaï Wat Srisdngrak). Ils sont très anciens et symbolisent l’idée que la Thaïlande et le Laos sont amis et qu’ils veulent s’entre-aider.

Traduction : Edith Disdet
Source : The Isaan Record SPECIAL Isaan folk tales

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