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Indonésie : transformer l’asile temporaire en intégration ?

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Comment l’Indonésie fait face aux migrations ? Alors que de plus en plus de déplacés arrivent sur ses côtes, comment le pays et sa population accueillent-ils ces nouveaux arrivants ? Inside Indonesia a consacré un dossier à cette problématique. Voici l’introduction (légèrement remaniée) de ce dossier.

Le système international de protection des réfugiés est en pleine confusion. Alors que l’Europe se démène pour élaborer une réponse à l’afflux sans précédent de migrants et de demandeurs d’asile, l‘Agence des Nations Unies pour les réfugiés signale que l’immigration est à un niveau record de 60 millions de personnes. Si la plupart des déplacés restent dans leur pays d’origine, presque 20 millions cherchent l’asile dans d’autres pays. L’Indonésie et la région ne sont pas à l’abri de ces défis mondiaux.

Malgré les cultures locales de l’hospitalité – ou au moins d’indifférence bienveillante – l’Indonésie compte plutôt sur l’aide extérieure pour gérer l’accueil et l’intégration des demandeurs d’asile à long terme.

L’afflux de migrants

Malgré les cultures locales de l’hospitalité – ou au moins d’indifférence bienveillante – l’Indonésie compte plutôt sur l’aide extérieure pour gérer l’accueil et l’intégration des demandeurs d’asile à long terme. Les forums de migration et de sécurité existants tels que le Processus de Bali ou de l’ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) sont restés silencieux malgré le nombre croissant de personnes déplacées en Asie du Sud-Est, à l’exemple des Rohingyas, une minorité musulmane apatride, de Birmanie.

L’Australie, terre habituelle de réinstallation pour les réfugiés de la région, a adopté une politique du chacun pour soi en fermant ses frontières aux demandeurs d’asile et aux réfugiés arrivant par bateau.  

Après un rapide passage en zone de transit, l’Indonésie accueille aujourd’hui un nombre croissant de demandeurs d’asile pour des périodes de plus en plus longues.

Une vie sans perspectives ?

La loi indonésienne n’autorise pas les mariages mixtes, sauf arrangements informels.

  • Vie quotidienne

L’observation de la vie journalière des jeunes mineurs non accompagnés montre qu’il sont particulièrement vulnérables, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des camps de rétention. Malgré les efforts de la société civile, ces enfants restent dans une situation précaire sans protection appropriée de l’État. Mais les communautés de réfugiés commencent doucement à s’organiser. Quelques Afghans tentent malgré des conditions difficiles de se reconstruire « une vie normale » en installant des écoles et divers projets éducatifs. À quelles barrières les réfugiés et les demandeurs d’asile cherchant à épouser un(e) indonésien(ne) restent-ils confrontés ? La loi indonésienne n’autorise pas les mariages mixtes, sauf arrangements informels (fréquents en Indonésie). Eux-mêmes, mais aussi les enfants nés de cette union, devront surmonter de nombreux obstacles.

  • Contexte historique

L’arrivée massive de migrants n’est pas un problème nouveau pour l’Indonésie. On se souvient de l’héritage du camp de réfugiés de l’Ile de Galang, point de passage des réfugiés indochinois entre les années 1970 et 1990. Même si Galang reste un symbole du sens de l’humanité indonésien, il n’en reste pas moins que la corruption et la violence prévalaient dans ces camps. Il a fallu attendre 1995, et la fuite de Jose Da Costa (réalisateur) avec 18 demandeurs d’asile du Timor oriental occupé par l’Indonésie vers l’Australie à bord d’un petit bateau de pêche, pour provoquer un élan de solidarité massif envers la diaspora timoraise et ses groupes de soutiens. Ces derniers ont su tirer parti de l’embarras des gouvernements indonésiens et australiens et fait progresser la campagne pour l’indépendance.

  • Les cadres juridiques et politiques

Il existe deux volets parfois contradictoires de la politique indonésienne – humanitaire et sécuritaire – à travers le cas des Rohingyas, qui suscitent un fort sentiment de solidarité de milliers d’Indonésiens. À cela s’ajoutent les critiques des Indonésiens face à la réticence de l’Australie à venir en aide à ses voisins en difficulté. Le cadre juridique national et international, montre également que l’Indonésie tolère un manque de droits fondamentaux pour ces minorités vulnérables, ce qui les laisse sans aucune perspective de vie normale. En perspective, est-il possible d’instaurer un dialogue d’« esprits intelligents et compatissants » obligés d’écouter les migrants et de leur apporter une réponse en Indonésie et plus largement en Asie du Sud-Est ?

Le dossier démontre la complexité de l’asile en Indonésie – autant pour les personnes recherchant des  solutions durables, que pour le gouvernement et la société civile à la recherche de solutions pratiques. L’une de ces solutions durables, encore inexplorée, pourrait être l’intégration locale. Plutôt que souligner sa célèbre hospitalité – limitée dans le temps -, l’Indonésie devrait être capable d’intégrer et d’accompagner ces réfugiés pour qu’ils deviennent des citoyens à part entière, eux qui ont été forcés de quitter leur pays et leur communauté.

Avec la politique de dissuasion de l’Australie, les défis posés par les déplacés constituent aussi une chance pour l’Indonésie de piloter la région sur cette question internationale délicate. La diversité de la nation peut, et doit, offrir non seulement un asile provisoire, mais une protection permanente.

Traduction : Michelle Boileau
Source (Antje Missbach et Nikolas Feith Tan / Inside Indonesia) : Asylum in Indonesia : Can temporary refuge become permanent protection ?
Photo : PRO Jordi Bernabeu Farrús / Flickr

 

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