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En Malaisie, les adversaires politiques s’unissent contre le Premier Ministre

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Un ensemble disparate de forces autrefois en conflit s’unissent pour faire pression sur le Premier ministre afin qu’il abandonne le pouvoir.

Un appel au rassemblement, prévu à Kuala Lumpur le 27 mars, et destiné à faire pression sur le Premier ministre en difficulté, Najib Razak, a pris une importance nouvelle après l’alignement de leaders qui, de toute évidence, se haïssent. Parmi eux, on compte entre autres : l’ancien Premier ministre Mahathir Mohamad ; le leader de l’opposition Anwar Ibrahim, autrefois emprisonné par Mahathir ; Zaid Ibrahim, ancien ministre de la Justice qui a rompu avec les deux autres.

Il semble de plus qu’une opposition s’agite pour la première fois à l’intérieur du propre parti politique de Najib Razak, l’UMNO (United Malays National Organization). Des accusations préparées par la Commission anti-corruption de Malaisie, jamais encore portées directement contre Najib, circulent parmi les leaders politiques.

Rassemblement du 27 mars

Les précédents rassemblements organisé par Bersih, l’organisation pour la réforme des campagnes électorales, ont attiré des dizaines de milliers de protestataires, mais n’ont eu que peu d’impact, Najib demeurant inexpugnable. Malgré les foules immenses, les leaders du parti de Najib ont prétendu que ces manifestations étaient fomentées par la minorité chinoise, accusée de vouloir arracher le pouvoir politique aux mains des Malais.

Selon des sources basées à Kuala Lumpur, les scandales internationaux et les critiques émanant d’un large panel de voix, incluant les États-Unis et les Nations-Unies font de la Malaisie un synonyme mondial de corruption.

La coalition des leaders a tenu une conférence de presse le 4 mars dernier afin de présenter ses projets. Parmi ceux qui ont décidé de faire cause commune avec Mohamad Mahathir, figurent le leader du Parti d’action démocratique, Lim Kit Siang — mis en prison par Mahathir en 1987 — ainsi que l’ancien président du barreau Ambiga Sreenevasan, et la présidente de Bersih, Maria Chin Abdullah (à titre personnel, ndlr). Mustafa Ali et Mohamad Sabu, leaders de la faction des islamistes modérés séparée du Parti islamique pan-malaisien, étaient présents, aux côtés de Tian Chua Chang, vice-président du Parti pour la justice populaire (Keadilan Rakyat). Une source a déclaré :

« Il y a un rassemblement de forces, les étoiles s’alignent. La chose la plus importante est qu’Anwar soutient son ennemi juré [Mahathir]. Il y a tant de frustration et de mécontentement que les gens qui se haïssent marchent ensemble. »

Najib a témoigné d’une inquiétude inhabituelle, se précipitant fin février 2016 en Arabie Saoudite pour se faire photographier à une cérémonie musulmane de purification, en compagnie de sa femme Rosmah Mansor. Ce voyage imprévu est interprété comme le signe que Najib commence à sentir les complications peser. Une autre source avance que le Premier ministre tente de convaincre les Saoudiens de le couvrir pour les 610 millions d’euros qui se sont retrouvés sur son compte en banque personnel en 2013. Le Wall Street Journal n’a cessé de répéter que l’argent ne venait pas d’Arabie Saoudite.

Montrant un signe supplémentaire de la volonté de Najib de rester au pouvoir, un rapport d’audit montre que le fonds d’investissement national de l’entreprise 1MDB (1Malaysia Development Berhad) a été classifié, et les avocats empêchés de transporter des copies et documents en dehors du Parlement, selon Tony Pua, membre du Comité des comptes publics enquêtant sur l’entreprise.

Le parti au pouvoir divisé

Au même moment, les leaders de l’UMNO commencent à estimer le coût d’un engagement dans la 14è élection nationale, qui doit se tenir avant le 24 août 2018, avec un chef de parti devenu un paria international, et maintenu au pouvoir uniquement grâce à sa capacité de soudoyer les chefs de district. Barack Obama et le président des Nations-Unies, en discussion avec Najib, ont appelé à la libération d’Anwar, accusant le gouvernement de l’avoir emprisonné sur la base de fausses accusations.

Dans la série des commentaires critiques, The Economist a publié, fin février 2016, trois articles négatifs sur la Malaisie. L’un d’eux affirmait :

« Sous Najib, le pays régresse à une vitesse alarmante. Sa politique empeste, son économie est en difficulté, et des signes inquiétants montrent que le gouvernement attise les divisions religieuses et ethniques. »

Le mouvement du début du mois de mars visant à suspendre Muhyiddin Yassin, ancien vice-premier ministre écarté en raison de sa position parallèle de vice-président de l’UMNO, fait partie du problème. Muhyiddin, devenu l’un des plus grands ennemis de Najib Razak et un rebelle de l’UMNO, aurait succédé à la présidence du parti et au poste de premier ministre en cas de chute de Najib. Muhyiddin a souhaité rester au parti pour attaquer Najib, même privé de son poste. Il a donc été écarté au profit de l’actuel vice-premier ministre, Ahmad Zahid Hamidi, pour reprendre la fonction de vice-président du parti. Ainsi, si Najib est forcé de quitter son poste, Zahid dirigera le parti, et non pas Muhyiddin.

Mohamad Mahathir, considéré comme une force du passé, a rassemblé, 40 leaders de tous bords politiques et sociaux pour signer une convention exigeant le départ de Najib.

Il n’y a pas de mouvement officiel à l’intérieur du parti destiné à évincer Najib Razak, bien qu’il y ait, selon une source, « un sentiment grandissant que Najib est indéfendable », et « trop de scandale ». Parmi ceux qui envisagent un mouvement figurent, entre autres : Mohamed Nazri Abdul Aziz, ministre du Tourisme et de la Culture ; Khairy Jamaluddin, ministre de la Jeunesse et des Sports ; Mahdzir Khalid, ministre de l’Éducation. Hishamuddin Hussein, cousin de Najib et ministre de la Défense, s’inquiète également de la situation politique du pays.

Zaid Ibrahim, autrefois pilier de l’UNMO et directeur du plus grand cabinet juridique de Malaisie, a été contraint de quitter le parti à la suite des arrestations d’opposants au régime. Il a ensuite rejoint le Parti pour la justice populaire (PKR), d’Anwar Ibrahim, avant de se brouiller avec ce dernier à cause de son ambition de diriger le parti. C’est Zaid Ibrahim qui cherche à fusionner les forces disparates lors du mouvement du 27 mars.

Le retour Mohamad Mahathir

Mohamad Mahathir, considéré comme une force du passé après avoir démissionné de l’UMNO à la fin du mois de février, apparaît finalement être plus fort que l’on ne pensait pour mobiliser. Il a rassemblé, le 4 mars 2016, 40 leaders de tous bords politiques et sociaux pour signer une convention exigeant le départ de Najib. C’est un fait très significatif.

Les seuls politiciens qui importent en Malaisie sont ceux de l’UMNO, le plus grand parti politique du pays, et la clé du cœur malais. Traditionnellement, le Premier ministre et le vice-premier ministre ont toujours été des leaders de l’UMNO. Cette situation demeurera, en particulier si la coalition est fragmentée, sans dirigeant fort, et déchirée par ses propres contradictions internes. Toujours selon la même source :

« Il est très important qu’il n’y ait pas seulement l’opposition qui s’aligne, mais l’UMNO également. Le rassemblement est important, mais secondaire. Ce qui changera la situation, c’est la rébellion interne à l’UMNO. […] La coalition peut faire tomber Najib, ou pas. Mais étant donné l’antagonisme entre les partis alignés pour le 27 mars et le timide mouvement à l’intérieur de l’UMNO, il y a peu d’espoir qu’en sorte un gouvernement unifié. Une fois que cet épisode sera terminé, ils commenceront à se battre les uns avec les autres. Je ne vois pas d’avenir lumineux pour ce pays, avec ou sans Najib. »

Traduction : Amandine Le Goff
Source (John Berthelsen / Asia Sentinel) : Malaysian political enemies unite against Najib
Photo : Jack MNZ / Flickr

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