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Philippines : des groupes de protection de l’enfance s’adressent aux candidats à la présidentielle

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Daysire Joy Crenshaw, une jeune philippine de 12 ans, est angoissée par son avenir. En 2015, elle a perdu sa mère dans l’incendie de l’usine Kentex. Sa tante – une mère de famille expatriée en Corée du Sud – lui vient en aide, mais doit aussi subvenir aux besoins de ses propres enfants. Daysire a toujours ses grands-parents, mais elle craint qu’ils ne gagnent pas assez d’argent et ne puissent pas l’envoyer à l’université. Elle rêve de devenir hôtesse de l’air ou mannequin.

Comme beaucoup d’autres enfants, elle redoute que la réforme K-12 (visant à aligner le système éducatif philippin sur les standards internationaux), en prolongeant la scolarité de 2 ans, l’empêche d’aller au bout de ses études.

Le 4 mars 2016, l’organisation Salinlahi, groupe de défense des droits de l’enfant, ainsi que d’autres organisations, ont présenté leur « Programme 2016 pour les enfants philippins ».

Des conditions de vie difficiles

Selon Kharlo Manano, secrétaire général de Salinlahi, la crise qui s’intensifie parmi les familles pauvres du pays complique la situation de Daysire. En cette année d’élections présidentielles, Manano pense que les candidats doivent s’attaquer aux « conditions de vie déplorables des enfants marginalisés » qui ne sont pas améliorées sous la présidence d’Aquino et son slogan « le droit chemin » :

« Sous le gouvernement Aquino, enfants et familles ont été plongés dans une pauvreté encore plus grande, en plus d’être impunément sujets à la violence. »

Manano recommande le plus grand esprit critique aux électeurs quant au choix des leaders nationaux, dont les prochaines politiques affecteront à coup sûr l’avenir des enfants.

Manano dénonce le manque d’emplois réguliers décents et la conjoncture économique des Philippines, lesquels amplifient les difficultés des famille pauvres du pays.

Comme beaucoup d’autres enfants, elle redoute que la réforme K-12 l’empêche d’aller au bout de ses études.

Citant la dernière enquête du think-tank indépendant, la fondation Ibon, Manano précise que 7 Philippins sur 10 se considèrent comme pauvres. Et lorsque les parents n’ont pas les moyens suffisants pour subvenir aux besoins de la  famille, les enfants sont grandement affectés.

Le Centre d’observation social a estimé que, pour le dernier trimestre de l’année 2015, 12% de la population, c’est-à-dire 2,6 millions de familles, ne mangeaient pas à leur faim. C’est sous l’administration Aquino que ce chiffre a atteint son record : 24% en mars 2012.

Le Conseil national de la nutrition avance que plus de 4 millions d’enfants philippins souffrent de malnutrition. Parmi eux, 3,4 millions d’enfants témoignent d’un retard de croissance ou d’une taille inférieure à la moyenne pour leur âge, et 300 000 sont décharnés, avec un poids en-dessous de la moyenne.

Une situation aggravée par la mondialisation néo-libérale

Des programmes inhérents à la mondialisation néo-libérale empirent leurs conditions de vie : libéralisation du commerce et des investissements, dérégulation, privatisation des services au bénéfice d’un très petit nombre. Manano insiste sur le fait que ces politiques ne font qu’exacerber les conditions de vie déjà déplorables de la majorité.

Le Conseil national de la nutrition avance que plus de 4 millions d’enfants philippins souffrent de malnutrition.

Il met également en cause le programme K-12, déjà contesté par plusieurs groupes. Non seulement parce que ce programme prolonge la scolarité de deux années, mais aussi parce que le cursus du lycée sera principalement proposé par des écoles privées.

« Les parents au chômage ou avec un revenu modique parviennent tout juste à couvrir les frais de scolarité de leurs enfants. Bien que gratuit, l’enseignement scolaire entraîne diverses dépenses annexes pour les nombreux projets pédagogiques, les frais de transport et la nourriture des enfants scolarisés ».

Déscolarisation et conséquences sociales

L’enquête 2013 sur l’alphabétisation fonctionnelle et l’éducation, menée par l’Office national des statistiques, a conclu qu’un enfant sur dix était déscolarisé en 2013, soit 4 millions de jeunes. L’enquête prenait en compte 36 millions d’enfants et jeunes, âgés de 6 à 24 ans. Manano considère que ce chiffre augmentera dans les années à venir, après la mise en place du programme K-12.

Beaucoup d’enfants sont obligés de travailler très tôt pour contribuer aux revenus de la famille. 5,5 millions d’enfants travaillent dur dans les usines, les plantations, les haciendas et les mines.

5,5 millions d’enfants travaillent dur dans les usines, les plantations, les haciendas et les mines.

Nombre d’enfants sont souvent impliqués dans des délits mineurs et autres actes illicites, tels que le vol et le trafic de drogue, d’autres sont victimes de la pornographie infantile ou exploités pour le commerce  sexuel. Selon les données de la police luttant contre la cybercriminalité, le nombres d’enfants forcés à la cyberpornographie est passé de 87 en 2014 à 136 en 2015.

Manano alerte également sur l’augmentation des cas de violences faites aux femmes et aux enfants. Sept victimes de viol sur 10 sont des enfants. Les affaires de viols ont augmenté de 92%, passant de 5132 en 2010 à 9875 en 2014. Elles impliquent parfois des forces de l’ordre.

Faire entendre la voix des enfants

Vincent Diaz, 14 ans, représentant du conseil exécutif de Salinlahi et porte-parole de l’Association des jeunes combattants contre la pauvreté (SBLK), déclare :

« En tant qu’enfants, nous avons le droit de participer et d’être entendus. Notre ‘Programme 2016 pour les enfants philippins’ reflète notre condition ces dernières années, et plus particulièrement ce que nous revendiquons. Nous devons avancer et travailler ensemble à un véritable programme. Ce que nous souhaitons, c’est est un gouvernement qui protège le peuple et plus particulièrement les enfants de la prochaine génération. »

À travers la poésie, des enfants de tous les horizons — travailleurs, paysans, victimes des droits de l’homme, citadins défavorisés et survivants du cyclone Haiyan — ont fait entendre leurs demandes. Ils ont lu à l’unisson un poème en tagalog :

« Nous, enfants, nous voulons sortir notre famille de la pauvreté, nous voulons des emplois et des salaires décents pour notre famille, des terres pour les agriculteurs, des logements libres et convenables, des services d’éducation et de santé gratuits, le respect de nos droits dans un environnement sûr et pacifique ».

Au cours du forum, Salinlahi et d’autres groupes de défense des droits de l’enfant présents se sont engagés à respecter le Programme pour les enfants. Et Mananao de préciser :

« Même après les élections du mois de mai. Nous le devons aux enfants afin de sauvegarder leurs droits et leur bien-être. »

Traduction : Michelle Boileau
Source : (Anne Marxze Umil / Bulatlat) Elections 2016 : Groups dare candidates to adress children’s issues
Photo : Flickr / Brian Evans

Autre article sur k-12 :
Philippines : la réforme des écoles génère la multiplication d’écoles privées « low cost »

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