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Philippines : Grace Poe, favorite pour les présidentielles, entre en lice

Philippines_Grace Poe
L’éligibilité de Grace Poe, l’une des candidates les plus prometteuses, à la présidentielle des Philippines bouleverse les pronostics électoraux.

La Cour suprême des Philippines a jugé Grace Poe éligible à la présidence lors des élections de mai 2016, et ce malgré les questions que soulevait sa résidence prolongée aux Etats-Unis, motif suffisant à la disqualifier selon ses détracteurs.

Éligibilité de Grace Poe

Finalement, la Cour semble avoir obéi aussi bien aux sondages qu’à la Constitution, en passant outre la Commission électorale du pays, qui avait empêché Grace Poe de se présenter. Il est certain que cette décision va bouleverser la course à la présidentielle, puisque la baisse de cote de confiance que Grace Poe avait subie était liée à cette décision de la Cour.

Les opposants à cette décision ont menacé de déposer des requêtes afin d’obtenir un réexamen. Toutefois, l’approbation de sa candidature, s’il n’y a pas de modification, résout un problème embarrassant pour la Commission électorale, puisque son nom avait déjà été imprimé sur les bulletins de vote.

Un moment critique pour les Philippines

L’élection intervient à un moment critique pour les Philippines, après 6 années de fortes avancées économiques, avec une administration relativement épargnée par la corruption, grâce à Benigno Aquino III — relativement parce que la corruption atteint presque tous les échanges avec le gouvernement aux Philippines.

Malgré les progrès réalisés par Aquino, le pays est toujours classé 95è sur 135 pays d’après l’indice de perception de la corruption de Transparency International. Cependant, Aquino a le mérite d’avoir assaini le processus de candidature du gouvernement. Il a en particulier été salué pour ses choix par la Cour suprême, le médiateur et le ministère de la Justice.

Enjeu de la succession d’Aquino

Des interrogations demeurent quant à la liste des candidats : le successeur continuera-t-il de faire pression en faveur de la réforme, dans un pays récemment devenu le chouchou des investisseurs internationaux, avec un taux de croissance de 6%, plus élevé que dans d’autres pays de la région ? Les sondages ont été extrêmement volatils, avec un changement de leader presque tous les mois entre Grace Poe, le vice-président Jejomar Binay et le maire de Davao, Rodrigo Duterte.

Grace Poe est favorite avec 26% des électeurs contre 25% pour Binay, 21% pour Duterte, candidat choisi par l’actuel président Aquino, et 21% également pour Mar Roxas.

Enfant abandonnée, Grace Poe, aujourd’hui âgée de 47 ans, a été laissée devant la porte d’une église, puis adoptée par le regretté acteur Ferdinand A. Poe Jr., qui s’est présenté aux présidentielles de 2004 contre Gloria Macapagal Arroyo. Diplômée de l’université de Boston, elle a travaillé et vécu aux États-Unis pendant 12 ans avec son mari philippin-américain et ses enfants, pour ne revenir qu’en 2005, après la mort de son père. Alors qu’elle satisfait la condition d’avoir résidé 10 ans aux Philippines pour se présenter, elle n’a pas renoncé à sa citoyenneté américaine et s’est réinscrite en tant que citoyenne philippine en 2010.

Selon un sondage du 4 mars 2016 de Pulse Asia auprès de 1 800 électeurs, Grace Poe est au coude à coude avec Jejomar Binay. Elle est favorite avec 26% des électeurs contre 25% pour Binay, 21% pour Duterte, candidat choisi par l’actuel président Aquino, et 21% également pour Mar Roxas. La décision de la Cour devrait catapulter Grace Poe nettement en tête, au moins temporairement. La sénatrice Miriam Defensor Santiago, souffrant d’un cancer, a été sélectionnée par seulement 3% des électeurs.

Malgré ses 3 années au Sénat, Grace Poe est considérée comme relativement inexpérimentée.

Malgré ses 3 années au Sénat, Grace Poe est considérée comme relativement inexpérimentée, ce qui soulève quelques préoccupations quant au fait qu’elle puisse être un leader efficace, à l’instar de l’icône de la démocratie Aung San Suu Kyi, au Myanmar. En 2013, elle s’est présentée comme indépendante affiliée à la coalition réunie autour d’Aquino. Au Sénat, elle s’est mobilisée pour les repas scolaires gratuits et d’autres programmes visant à protéger les enfants de la malnutrition. Son action la plus remarquée a été de présider les audiences autour du conflit entre l’armée philippine et les rebelles musulmans du Mindanao en 2015, qui avait entraîné la mort de 44 soldats. Elle a suscité l’approbation pour son professionnalisme. Elle a également réclamé un projet de loi sur la liberté d’information pour promouvoir une plus grande transparence gouvernementale.

Elle a mené une campagne en faveur des plus démunis, un message fort dans un pays où la pauvreté endémique est une préoccupation majeure. Elle a promis de poursuivre le processus de création d’emplois et les programmes d’infrastructures initiés par Aquino. Elle est considérée comme une réformatrice bien que des inquiétudes se posent quant à son choix de prendre Roberto Chiz Escudero comme vice-président. Ce dernier est considéré comme une partie de la machine politique de Joseph Estrada, chassé de la présidence suites à des accusations de vaste corruption.

Des candidats redoutables

Grace Poe fait face à des candidats redoutables : Rodrigo Duterte, dont toute la campagne est construite sur la disparition des criminels dans les rues, dans un pays en proie à la criminalité ; et Jejomar Binay, candidat aux présidentielles depuis son élection à la vice-présidence d’Aquino en 2010. Jejomar Binay se prépare à la présidence depuis plus longtemps qu’aucun autre candidat. Sa marque de fabrique depuis plus de deux décennies comme maire de Makati (le quartier d’affaires chic au centre de l’immense agglomération de Manille), est d’envoyer un gâteau d’anniversaire à tous les citoyens de sa circonscription qui atteignent l’âge de 70 ans.

Depuis 20 ans, la marque de fabrique Jejomar Binay comme maire de Makati, est d’envoyer un gâteau d’anniversaire aux citoyens de sa circonscription qui atteignent l’âge de 70 ans.

Jejomar Binay était en tête des sondages en janvier dernier, avant d’être rattrapé par des accusations de corruption à grande échelle datant de son mandat de maire à Makati. Il a amassé un confortable fonds de campagne, investi dans la publicité télévisée et dispose également d’un réseau national de bailleurs de fonds à travers le programme de jumelage qu’il a établi en tant que maire, faisant don de véhicules, livres d’occasion, chaises, tables d’école et autres équipements dans 670 petites villes à travers le pays. Il est à la tête des boy-scouts des Philippines.

Néanmoins, Jejomar Binay, autrefois défenseur des droits de l’Homme, est donc désormais confronté à de vraisemblables accusations de corruption. Il a refusé de faire face à un groupe d’experts du Sénat qui enquêtait sur lui, qualifiant cela de chasse aux sorcières, ce qui est probablement vrai dans une certaine mesure malgré les preuves, car l’aristocratie du pays ne veut pas le voir devenir président. La crainte est qu’il pille le pays comme l’ont fait Marcos, Estrada et Arroyo. Il reste fortement soutenu par le milieu des affaires philippin.

Rodrigo Duterte, 70 ans, maire de Davao et amateur d’armes, qui a chuté à 15% d’intentions de vote après un bon départ, construit sur sa promesse d’exterminer tous les criminels sans procès, est confronté à des problèmes parce qu’il ne dispose pas d’une organisation nationale pour faire face à Binay. Mar Roxas, le successeur sélectionné par Aquino, est un mauvais orateur et, aux yeux de certains, un piètre penseur.

Traduction : Élodie Prenant
Source (Asia Sentinel) : Philippine Court clears Poe to run for president
Photo : Louis R./Flickr

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