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Panorama des droits LGBT en Asie-Pacifique 

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Les progrès de certains pays d’Asie en matière de droits LGBT sont entachés par les reculs d’autres États. Les dernières déclarations du boxeur Manny Pacquaio, aux Philippines, fournissent une occasion de faire le point.

Manny Pacquaio, le boxeur poids welters qui est de loin la marque de fabrique philippine la plus célèbre au monde depuis le chignon emblématique d’Imelda, a déclenché une véritable tempête médiatique en février dernier. Il a en effet déclaré au cours d’une interview que les lesbiennes, les gays, les bisexuels et les transgenres étaient « pires que des animaux », ce qui lui a coûté un contrat publicitaire de plusieurs milliards de dollars avec Nike.

Cette déclaration n’est que la partie émergée d’une polémique grandissante en Asie sur la diversité sexuelle. Deux courants s’opposent sur ce terrain : d’un côté, les pays qui font de grandes avancées en terme de libéralisation, de l’autre, ceux qui prennent la voie d’un durcissement. Plusieurs pays d’Asie du Sud-Est ont déjà voté des lois en faveur de la protection des droits de la communauté LGBT, et des chirurgiens de Bangkok et Singapour réalisent des opérations de changement de sexe depuis des décennies. Aux Philippines, Manny Pacquaio s’est vu contraint de s’excuser, sans pour autant récupérer son contrat.

Le péril indonésien

En Indonésie, le ministre de la Défense, Ryamizard Ryacudu, a mis le feu aux poudres en qualifiant l’émergence du mouvement LGBT de guerre par procuration, plus dangereuse qu’une guerre nucléaire et susceptible de porter atteinte à la souveraineté de l’État :

« C’est une guerre par procuration : un autre État a probablement occupé les esprits de la nation et personne ne s’en rend compte. Dans une guerre nucléaire, si une bombe est lancée sur Jakarta, [l’État de] Semarang ne sera pas touché. Mais dans une guerre par procuration, tout ce que nous connaissons peut disparaître en un instant : c’est dangereux ».

Qui plus est, des membres de la Chambre des représentants d’Indonésie envisagent un projet de loi contre les homosexuels. L’homophobie s’intensifie, particulièrement depuis l’alerte au mois de janvier dernier, par le ministre des Sciences lui-même, à propos d’activités pro-homosexuelles sur les campus universitaires.

La rhétorique anti-gay déclenchée par l’émergence d’un groupe universitaire LGBT quelques semaines plus tôt ne cesse de prendre de l’ampleur. Deding Ishak, vice-président de la Commission parlementaire sur les questions religieuses, a déclaré :

« Nous sommes une nation qui chérit les valeurs sociales et religieuses et des activités qui promeuvent des modes de vies déviants ne doivent pas être prises à la légère. »

Interrogé, lors du sommet sur l’Indonésie organisé par The Economist, sur la violence des réactions à l’encontre de la communauté LGBT, le vice-président Jusuf Kalla a déclaré qu’il s’agissait d’une « question d’ordre privé ». Selon lui, il n’existe en Indonésie aucune loi discriminante à l’encontre de la communauté gay ou de quelque autre groupe que ce soit. Il fixe cependant les limites de cette tolérance à ce qu’il appelle « les droits de la communauté ». Il a précisé que l’Indonésie avait eu des ministres gays, au su de tous, et qu’il reste préférable que chacun s’occupe de ses propres affaires.

La Thaïlande et le Vietnam, en tête des pays les plus « gay friendly »

Taiwan a accueilli la plus importante Gay Pride d’Asie en 2015. Cette 13è parade annuelle a regroupé des dizaines de milliers de participants. Le 23 février 2016, le Bureau de révision a rejeté la proposition de référendum du Cabinet destiné à « protéger la famille », conçu par le groupe anti-mariage gay Faith and Hope League . Le nouveau gouvernement taïwanais a annoncé qu’il tenterait de légaliser le mariage homosexuel.

Selon le Pew Research Center, think tank basé à Washington, les attitudes envers la communauté LGBT varient considérablement d’un bout à l’autre de l’Asie. S’il subsistait encore un doute quant à l’existence de prétendues “valeurs asiatiques” uniformes, la divergence des opinions et comportements selon les pays rend ce postulat définitivement ridicule.

Aux Philippines, malgré l’uppercut manqué du boxeur Manny Pacquiao, 73% de la population accepte l’homosexualité sous quelque forme que ce soit. La Thaïlande est l’un des pays les plus tolérants d’Asie, avec un cadre légal pour les couples et ménages homosexuels mis en place en 1956, et des femmes parmi les plus magnifiques d’Asie sous les traits des katoeys , autrement connues sous le nom de ladyboys . Ces dernières ne bénéficient cependant pas de la protection juridique classique ni du filet de sécurité sociale.

À Singapour (…) la transsexualité est classée comme maladie dans le répertoire des pathologies des Forces armées du pays.

À Singapour, malgré la présence de sublimes travestis sur le Norris Road, la transsexualité est classée comme maladie dans le répertoire des pathologies des Forces armées du pays : les recrues qui font leur coming out auprès des médecins de la base centrale des effectifs se voient refuser le déploiement sur des postes sensibles, et sont assignés sur des bases militaires comme non-combattants.

Le Vietnam est l’un des principaux leaders de la communauté LGBT d’Asie du Sud-Est, pour avoir aboli l’interdiction sur le mariage entre personnes du même sexe en janvier 2015. La nouvelle loi sur le mariage abroge les dispositions qui interdisaient le mariage entre personnes du même sexe, même si, comme beaucoup d’autres États, le gouvernement ne les reconnaît pas et ne prévoit pas de protection légale en cas de séparation. Le Vietnam a également supprimé les amendes qui sanctionnaient les mariages homosexuels en 2013.
Au Pakistan, un très faible pourcentage de la population (2%) accepte la communauté LGBT. Le pays se place juste après l’Indonésie où seulement 3% de la population accepte les homosexuels. Pourtant, malgré la diatribe du ministre indonésien de la Défense, des bars gays et transsexuels ont ouvert à Jakarta.

En Malaisie, seulement 9% des personnes acceptent l’homosexualité.

En Malaisie, malgré une communauté clandestine de pondans (travestis) à Penang, Ipoh et Kuala Lumpur, seulement 9% des personnes interrogées lors de l’enquête menée par le Pew Research acceptent l’homosexualité contre 86% qui la rejettent. L’opposant politique le plus important du pays, Anwar Ibrahim, a été condamné à deux reprises à des peines d’emprisonnement. La dernière remonte au début de l’année 2015, suite à de fausses accusations d’activités homosexuelles. C’est sans doute la seule fois dans l’histoire récente du pays que la loi a été utilisée contre un individu présumé gay.

Revendications philippines

Bien qu’il soit revenu sur ses propos, Manny Pacquiao a déclenché des réactions véhémentes de la part de personnalités gays dans l’industrie du showbiz et de la part d’internautes de Manille, capitale mondiale des médias sociaux, qui l’accusaient d’être un bigot.

La communauté LGBT philippine a pourtant des aspirations beaucoup plus basiques que le mariage puisqu’elle ne réclame que le respect des droits humains fondamentaux. Pour les transgenres philippins, les revendications touchent des faits aussi simples que l’accès aux toilettes publiques ou à certains établissements. En 2014, le club haut de gamme Valkyrie a refusé le droit d’entrée au styliste Veejay Floresca sous prétexte qu’il violait les règles contre le travestissement.

La communauté LGBT philippine ne réclame que le respect des droits humains fondamentaux.

Les membres de la communauté LGBT courent également le risque de voir leur candidature pour un poste de travail rejetée catégoriquement sur la base de leur unique apparence. C’est un problème fréquent en Asie, mais également en Occident. Galang, une organisation non-gouvernementale œuvrant pour les droits des femmes lesbiennes, bisexuelles et transsexuelles, a répertorié plusieurs affaires dans lesquelles des entreprises ont demandé à des butches (femmes homosexuelles à l’allure masculine) de porter des robes et de se laisser pousser les cheveux afin que leur candidature soit prise en compte. Les transgenres philippins font face au même problème.

Un projet de loi anti-discrimination est en suspens au Congrès depuis plus de dix ans. Plusieurs versions du projet ont été déposées depuis son introduction en 2000 en concertation avec le Réseau gay et lesbien de défense législative (Lesbian and Gay Legislative Advocacy Network ). Le projet de loi a passé l’étape du comité avant d’être bloqué.

Malgré cela, plusieurs villes ont décidé de faire passer leur propre projet de loi. Quezon City, plus grande ville du pays dans l’agglomération de Manille, a adopté sa propre ordonnance en 2014. Le décret pénalise tout individu ou entité qui refuse de fournir un poste ou des services aux membres de la communauté LGBT. Il maintient également le principe d’action positive et mandate les bureaux et établissements gouvernementaux afin de mettre en place des ateliers de sensibilisation au genre et d’installer des toilettes unisexes.

Il s’agit cependant d’une exception à la règle dans ce pays à prédominance catholique. Le gouvernement devra faire preuve de volonté politique pour mettre un terme à son refus d’accorder aux LGBT philippins les mêmes droits qu’aux autres citoyens. Il faudrait pour cela un projet de loi national anti-discrimination, loi que les défenseurs des droits humains et des droits LGBT estiment indispensable pour faire cesser et punir les crimes motivés par la haine.

Le plus basique des droits humains, après tout, est le droit à la vie. Le cas de la transgenre Jennifer Laude, assassinée en 2015, montre le danger qu’encourent les individus de la communauté LGBT : celui d’être pris pour cible et tués pour être ce qu’ils sont. L’organisation Philippine LGBT Hate Crime Watch a rapporté 164 affaires de crimes motivés par la haine depuis 1996, dont 16 auraient été commis au cours de la seule année 2012.

Traduction : Emeline Mainy
Source (Purple S. Romero (Philippines), Jerome F. Keating (Taiwan), Miriam Mokhtar (Malaisie et Singapour), Dewi Kurniawati (Indonésie)… / Asia Sentinel) : Manny Pacquiao kicks off regional LGBT debate
Photo : Oscar / Flickr

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