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L’accaparement des terres se poursuit au Sarawak (Malaisie)

Elsa_Taib family continues land grabbing in Sarawak


Un reportage diffusé par Radio Free Sarawak dénonce la poursuite de l’accaparement des terres par la famille d’Abdul Taib Mahmud, ancien Premier ministre désormais gouverneur du Sarawak. Le nombre croissant de conflits fonciers pointés dans l’émission de radio va à l’encontre des promesses de réforme de l’actuel Premier ministre, Adenan Satem.

Le dernier accaparement foncier en date implique le cousin germain et mandataire de Taib Mahmud, Hamed Sepawi, déjà dénoncé par Sarawak Report pour plusieurs accaparements de terres controversés, du Sarawak au Libéria en passant par la Tasmanie. En juin 2011, la Commission anti-corruption de Malaisie a ouvert une enquête sur Taib pour faits de corruption, mais les résultats n’ont pas été rendus publics.

Le Premier ministre de l’État du Sarawak, Adenan Satem, avait reçu des éloges en 2014 lorsqu’il avait rassemblé les magnats des six plus grandes sociétés d’exploitation forestière de l’État (dont les compagnies Samling et Ta Ann liées à Sepawi) et les avait publiquement accusées de « pratiques de corruption ». En juillet 2015, il déclarait qu’il n’y aurait « plus de plantations ni de transformation des forêts naturelles en terres artificielles. »

Les villageois affirment que la compagnie Usaha Jasawmaju, liée à Sepawi, n’a pas respecté un accord oral d’indemnisation en échange du développement de la culture du palmier à huile sur leurs terres.

Mais en 2016, à l’instar d’Upreshpal Singh, membre de l’ONG malaisienne Les Amis des Orangs-outans, communautés et ONG ont commencé à se rendre compte que peu de choses avaient réellement changé sur le terrain :

« Nous sommes très déçus de n’avoir reçu aucune réponse de la part du Premier ministre alors qu’il prétend vouloir protéger les forêts du Sarawak. C’est encore une question de business, comme toujours au Sarawak. »

Un rapport de force inégal

Courant février 2016, la communauté Iban de Kampung Raeh, à Kota Samarahan, a contacté Radio Free Sarawak afin de témoigner de sa situation désespérée. Les villageois affirment que la compagnie Usaha Jasa
maju Sdn Bhd
, liée à Sepawi, n’a pas respecté un accord oral d’indemnisation en échange du développement de la culture du palmier à huile sur leurs terres.

Au lieu d’interrompre le défrichement des terres en attendant que la communauté soit indemnisée, Usaha Jasamaju aurait continué les travaux de déblaiement, selon la source de Radio Free Sarawak. En désespoir de cause, la communauté a manifesté le 17 janvier 2016 et a saisi deux pelleteuses de la société afin d’empêcher la poursuite des travaux. Usaha Jasamaju a rapporté les faits au commissariat de police de Kota Samarahan et certains villageois ont été soumis à un interrogatoire. La police aurait réagi rapidement en arrêtant et inculpant des villageois en vertu de l’article 506 du Code Pénal qui traite de l’intimidation criminelle. Les machines auraient alors été rapidement rendues à la société.

La police échoue encore à soutenir les droits des propriétaires fonciers autochtones.

Mais lorsque les villageois de Kampung Raeh ont fourni la preuve que la terre leur appartenait, avec le soutien du Département du territoire et du cadastre, la police aurait refusé d’agir. La police échouerait donc toujours autant à soutenir les droits des propriétaires fonciers autochtones, comme au temps de Taib Mahmud. 

L’interlocuteur s’est également inquiété auprès de Radio Free Sarawak du fait que la communauté n’avait aucune chance face à la société en raison de sa relation avec le parti au pouvoir, et des liens existant entre Hamed Sepawi et Taib Mahmud. Ce dernier continue, en tant que gouverneur, de contrôler l’économie du Sarawak à travers sa myriade d’entreprises soutenues par l’État.

« Nous ne pouvons pas gagner le combat contre cette entreprise puisqu’elle a un soutien politique considérable ! »

Ce n’est pas la première fois que Sarawak Report expose le cas d’Usaha Jasamaju. En 2011, nous expliquions comment la propre sœur de Taib Mahmud, Raziah Mahmud, avait octroyé à l’entreprise un titre foncier controversé pour la réserve forestière d’Ensengei.

La communauté affirme n’avoir pas les fonds nécessaires pour une représentation juridique mais continuera à essayer de se battre pour ses droits.

N’est-il cependant pas ironique que des membres de la communauté aient été inculpés pour intimidation criminelle alors qu’ils sont eux-mêmes l’objet d’intimidation par ceux qui détiennent le pouvoir ? N’est-il pas temps qu’Adenan transforme ses promesses en actions ?

Traduction : Elsa Favreau
Source (Sarawak Report) : Where’s The Change? Taib Family Continues Land Grabbing In Sarawak
Photo : Wakx / Flickr

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