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Bulatlat a 15 ans : le choix du journalisme pour le peuple aux Philippines

À l’occasion des 15 ans de notre partenaire Bulatlat, Anne Marxze D. Umil, journaliste pour ce média citoyen philippin, nous explique pourquoi elle a préféré Bulatlat à tout autre média, en dépit d’un salaire inférieur à ce qu’elle avait connu auparavant.

Anne Marxze_ Umil_Bulatlat_Philippines C’est en février 2010 que Benjie Oliveros, alors responsable de la rédaction (aujourd’hui rédacteur en chef) m’a “engagée” pour écrire dans Bulatlat. Mon premier emploi ne correspondait pas à mon diplôme de journaliste, et je souhaitais alors perfectionner mes compétences d’écriture. J’étais déjà mariée, j’avais des enfants et je souhaitais vraiment poursuivre une carrière dans l’écriture.

Ma grand-mère – qui nous a envoyés au lycée ma fratrie et moi – disait que le journalisme ne payait pas. C’est pourquoi je n’ai pas de suite songé à prendre un emploi de rédacteur en quittant mon premier emploi d’assistante juridique dans une organisation non gouvernementale. J’ai choisi un travail mieux payé afin d’envoyer mes enfants à l’école. J’ai ainsi travaillé pendant 5 ans comme agent administratif dans une autre ONG avec un salaire un peu plus élevé.

Mais j’ai compris que le salaire n’était pas tout. Au fil du temps, j’ai commencé à prendre conscience de la condition sociale et politique du pays et j’ai pensé que je pourrais faire plus qu’un travail de bureau. J’ai songé à être édacteur mais je n’avais pas le courage de quitter mon travail et de postuler dans un média.

L’avenir de mes enfants me préoccupait.. Je commençais à m’impatienter (ou peut être à m’angoisser) à la pensée de faire autre chose qu’un travail administratif. Je projetais d’écrire pour Bulatlat, mais cela signifiait un moindre salaire. J’étais au courant que c’était un journal indépendant et à but non lucratif, sans publicité pour générer des recettes complémentaires. Mon mari m’a aidée et soutenue dans la voie de mon coeur. Depuis six ans, je suis donc toujours à Bulatlat.

À Bulatlat, j’ai non seulement amélioré mon écriture mais j’ai également confirmé mon engagement au service du peuple et de ses luttes.

Mais pourquoi travailler pour Bulatlat alors que j’aurais pu postuler et gagner plus dans un média traditionnel? À Bulatlat, j’ai non seulement amélioré mon écriture mais j’ai également confirmé mon engagement au service du peuple et de ses luttes. En écrivant ces articles pour Bulatlat, je comprends mieux l’origine des souffrances du peuple philippin. Les articles que nous rédigeons se retrouvent rarement publiés en première page des grands journaux ou diffusés à la télévision aux heures de grande écoute.

Cela implique d’aller enquêter dans une province sur la mainmise de terres agricoles par des sociétés et des grands propriétaires terriens ou sur les violations aux droits de l’homme commises dans les campagnes par les forces de sécurité gouvernementales. Nous recueillons l’opinion de la population sur les questions de privatisation des services publics. Nous interrogeons des employés, des étudiants et d’autres parties prenantes moins connues, ou encore des spécialistes qui contredisent la politique au lieu de simplement servir de porte-paroles aux grandes entreprises et à la bureaucratie.

Aujourd’hui je veux être un instrument du changement social.

Bulatlat était présent à l’audience du tribunal concernant les disparitions des étudiantes Sherlyn Cadapan et Karen Empeño, suite aux violences relatives à l’ordonnance de la cour suprême de redistribuer les terres de l’Hacienda Luisita relatives (aboutissant à un accaparement de terres par le Président Aquino). Bulatlat est aussi présent lors des manifestations de fermiers, d’étudiants et de fonctionnaires contre des lois injustes et la politique gouvernementale, qu’il s’agisse de manifestations de masse ou de quelques personnes seulement. Etc.

Les remerciements des lecteurs qui apprécient notre façon d’aborder leurs préoccupations et déplorent l’information déformée de certains grands médias nous honorent.

Je ressens la justesse des révoltes des gens ordinaires.

Après six années passées à Bulatlat je sais que ma décision était la bonne. Il est indéniable que nous devons nous affirmer, mais parce que je ressens la justesse des révoltes des gens ordinaires, de la classe ouvrière et des pauvres parmi les pauvres, je ne peux envisager de quitter ce travail pour des pâturages plus verts. Je ne serai pas hypocrite, j’ignore l’avenir qui nous est réservé, mais ce qui est important c’est aujourd’hui. Et aujourd’hui je veux être un instrument du changement social, pour l’avenir de mes enfants et peut-être tous les enfants philippins vivent un jour dans une société meilleure que celle d’aujourd’hui.

Traduction : Michelle Boileau
Source (Anne Marxze D. Umil / Bulatlat.com) : 15 Years of Bulatlat : Choosing Journalism for the People

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