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Éducation : la jeunesse philippine contre l’exclusion

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Malgré l’interdiction de la politique « pas d’autorisation, pas d’examen », le représentant du Kabataan, le parti de la Jeunesse, reçoit de nombreuses plaintes de parents et d’enseignants sur la poursuite de cette pratique.

La politique « pas d’autorisation, pas d’examen » renvoie à une règle institutionnalisée dans beaucoup d’écoles et d’universités du pays qui exige des étudiants d’avoir réglé leur inscription et autres obligations avant d’être autorisés à passer leurs examens partiels et finaux.

À l’approche de la période d’examens, Terry Ridon, député du Kabataan au Congrès, a confirmé que son bureau avait reçu plusieurs plaintes de parents et d’étudiants de tous niveaux d’études – des lycées privés de Laguna jusqu’aux universités de Mindanao. Ces plaintes ont été transmises aux organismes concernés:

“Nous devons tirer la sonnette d’alarme puisque cette pratique oppressive – qui a déjà fait l’objet de débats au Congrès par le passé – reste largement répandue”.

Cette politique met une forte pression sur les étudiants pauvres qui sont obligés de quitter l’école parce qu’ils ne peuvent s’acquitter du solde de leurs frais de scolarité. Sous l’administration Aquino, cinq suicides d’étudiants ont fait les gros titres, soupçonnés d’être liés à leur incapacité à payer ces frais, du fait de leur pauvreté.

Sous l’administration Aquino, 5 suicides d’étudiants ont fait les gros titres, soupçonnés d’être liés à leur incapacité à payer ces frais, du fait de leur pauvreté.

Le parti Kabataan milite en faveur d’une loi pénalisant l’application d’une telle politique. Un des premiers projets de loi déposé par Terry Ridon était la House Bill (HB) 1099 ou projet de loi anti ‘pas d’autorisation, pas d’examen’.

Initialement, la HB 1099 avait été déposée par le représentant du Kabataan, Raymond Palatino, au 15è Congrès et était allée jusqu’en troisième et dernière lecture. Néanmoins, elle n’a pas été transformée en loi du fait de l’incapacité du Sénat à adopter un projet de loi équivalent.

Une disposition généralement non respectée

La Commission sur l’Éducation Supérieure (Ched) interdit aux écoles d’appliquer une politique du type « pas d’autorisation, pas d’examen ». Terry Ridon souligne que le Memorandum N°9 de la Ched n°9 (CMO 9-2013), publié en avril 2013, stipule que “en aucun cas, les [établissements d’enseignement supérieur] ne doivent appliquer la politique « pas d’autorisation, pas d’examen » en cas d’incapacité financière des étudiants concernés”, tout en déplorant qu’il soit resté sans effet :

“Ce qui manque aux directives de la Ched, c’est une clause expliquant concrètement comment l’interdiction de la politique ‘pas d’autorisation, pas d’examen’ sera mise en œuvre et contrôlée. Sans cela, cette disposition n’est qu’un autre tigre de papier inutile dont les écoles ne tiendront pas compte. C’est précisément ce qui se passe actuellement”.

Le CMO 9 stipule que la Ched mettra en oeuvre “des mécanismes de suivi et d’évaluation réguliers” du respect de cette interdiction par les écoles, mais pour Terry Ridon, cet article n’indique pas précisément comment la commission veillera à ce que, dans tout le pays, les collèges et les universités suivent les nouvelles directives.

En attendant, dans l’éducation de base, l’actuel Memorandum DO 15 (séries 2010) du Département de l’Education (DepEd) relatif à la politique « pas d’autorisation, pas d’examen » – n’interdit pas réellement aux établissements d’imposer une telle pratique.

Le DO 15-2010 indique :

“De la même manière que les écoles privées n’ont que peu ou pas augmenté les frais de scolarité en raison des difficultés économiques actuelles, elles devraient se montrer plus conciliantes envers les étudiants qui n’ont pas payé leurs frais de scolarité du fait de difficultés familiales et les autoriser à passer leurs examens. En revanche, les parents des étudiants débiteurs devraient reconnaitre leurs obligations financières et convenir avec l’administration de l’école des conditions d’un éventuel règlement de telles obligations”.

Pour Terry Ridon, le memorandum du DepEd a “peu de poids” et a été ignoré par les écoles :

“Le Congrès doit adopter une loi prohibant cette pratique”.

En dépit des efforts du Parti Kabataan, le projet HB 1099 n’a pas été examiné au cours du 16è Congrès par le Comité de la Chambre sur l’Éducation de Base et la Culture et le Comité de la Chambre sur l’Enseignement Supérieur et Technique. Et Terry Ridon de conclure :

« Il est nécessaire que les partisans et le grand public fassent davantage pression pour que ce projet de loi soit adopté, d’autant plus que des propriétaires d’écoles sans scrupules continuent d’appliquer cette politique ».

Traduction : Édith Disdet
Source (Anne Marxze D. Umil/Bulatlat) : Youth Solon Pushes for Law Banning « No Permit No exam » policy
Photo : Brian Evans / Flickr

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