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Au Cambodge, un journaliste porte plainte contre la police

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Vann Tith, journaliste de TV9, avait été brièvement détenu par la police militaire du Mondolkiri, une province située à l’est du Cambodge.

C’est une séquence diffusée le 10 février par la chaîne nationale TV9 qui a déclenché l’incident : elle avançait que Sak Sarang, commandant de la police militaire, acceptait des pots-de-vin de la part des bûcherons illégaux de la zone de conservation de la biodiversité de Seima. La séquence était basée sur un reportage de Vann Tith, correspondant de TV9 dans le Mondolkiri.

Vann Tith déclare avoir été escorté par quatre membres officiels de la police militaire, depuis son domicile jusqu’au commissariat, le matin suivant la diffusion du reportage. Son téléphone lui a été confisqué après qu’il a contacté son rédacteur en chef. Il a été ensuite transféré au quartier général de la police militaire du Mondolkiri, où le brigadier général Sak Sarang lui a intimé l’ordre « de cesser de lier son nom à l’industrie du bois », avant de le relâcher deux heures plus tard.

Le journaliste a déposé deux plaintes le 15 février, avec l’appui de son rédacteur en chef. L’une a été portée auprès du tribunal provincial du Mondolkiri et accuse le brigadier général de détention illégale ; l’autre, auprès de la police militaire nationale à l’encontre du commandant Sao Sokha qui avait ordonné son arrestation :

« J’ai porté plainte contre lui parce qu’il a violé à la fois mes droits en tant que personne et mes droits en tant que journaliste, par la détention illégale et la menace. Je ne réclame aucune compensation. Je veux seulement que justice soit faite. »

Selon Eng Hy, le porte-parole de la police militaire nationale, ses collègues mènent une enquête en interne à propos de l’incident, mais il s’e refuse à plus de commentaires.

Le procureur-adjoint au tribunal du Mondolkiri, So Sovithya, n’a pas vu la plainte :

« Il est possible que la plainte soit encore au bureau administratif du tribunal. Si elle arrive entre nos mains, nous lancerons une investigation. »

Le brigadier général Sarang n’a pu être contacté. Son adjoint, Phok Chanthy, conteste la qualification des activités de son chef comme « illégales », mais reconnaît que le général a usé d’une « procédure incorrecte ».

« Il aurait dû lui téléphoner ou l’inviter à venir de sa propre volonté. […] M. Tith est également en faute, pour avoir rédigé un reportage dont les faits sont inexacts. […] Nous devrions essayer de comprendre cela ensemble, nous excuser ou constater l’erreur ensemble. Nous sommes tous deux des institutions de l’État. »

Selon le ministre de l’Information, Khieu Kanharith, TV9 n’est pas gérée par le gouvernement. La chaîne et sa station de radio affiliée appartiennent à la famille de Khun Haing, ministre d’État issu du Parti du Peuple Cambodgien.

Pen Bonnar, le président du club des journalistes cambodgiens a déclaré que son organisation était intervenue pour assurer la libération immédiate de Vann Tith :

« Nous avons protesté contre sa détention illégale, et il a été relâché immédiatement. »

Traduction : Amandine Le Goff
Source Ben Sokhean / The Cambodia Daily TV9 Reporter Sues Military Police Commander Over Arrest  

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