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Le Cambodge rejoint la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (BAII)

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En rejoignant à son tour la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (BAII), le Cambodge diversifie ses options nationales de financement.


Les observateurs ont unanimement salué l’adhésion récente du Cambodge à la jeune institution bancaire, BAII, dirigée par la Chine. Cela devrait fournir la diversité de financement, dont le pays a grandement besoin, pour accroître les infrastructures et agrandir son réseau de connexion.


Lancée à Pékin la semaine dernière, cette banque multilatérale de développement a pour objectif de soutenir le développement de l’infrastructure dans la région Asie-Pacifique à travers l’octroi de prêts. C’est aussi le moyen pour Pékin d’appuyer son projet « One belt, One road » (OBOR, une ceinture une voie, traduit en français par « la nouvelle route de la soie ») qui vise, entre autres, à stimuler le commerce et améliorer la connexion entre les États du continent eurasien.

Mi-janvier, l’Assemblée nationale cambodgienne a ratifié une proposition de 62,3 millions dollars d’investissement, venant s’ajouter au capital de 100 milliards de dollars que compte déjà le futur fond de la BIIA, faisant du Cambodge l’un des 57 futurs membres fondateurs.

Route de la soie


Pour David Van, directeur général du cabinet de conseil Bower Group Asie :

« Plus le Cambodge adhère à différentes Institutions, plus il a de chance de mobiliser des moyens de financement. Il ne serait pas surprenant que la BIIA devienne le plus important donateur [du Cambodge] compte tenu des fonds disponibles … [et du fait] que la banque est désireuse de développer le bassin du Mékong. »



Selon son président nouvellement élu, Jin Liqun, la banque devrait accorder son premier prêt dans les six mois à venir pour ensuite prêter entre 10 et 15 milliards $ par an à ses membres sur une durée d’au moins cinq ans.
Le lancement de la BIIA intervient, alors que la Banque Asiatique de Développement (BAD) a estimé que l’investissement en infrastructure, pour soutenir le développement des pays asiatiques sur la décennie, s’élevait à près de 8000 milliards de dollars.

Phay Siphan, porte-parole du Conseil des ministres, espère que la BIIA n’aide pas seulement à financer les besoins en transports routiers et ferroviaires, mais permette également au Cambodge d’améliorer son réseau de connexion au niveau régional:


«Le développement des infrastructures est une politique essentielle pour le gouvernement, au niveau national et régional. Nous voulons relier les zones rurales aux villes, renforcer les liens entre les marchés et les consommateurs et améliorer la connexion avec les marchés régionaux comme la Thaïlande et le Laos ».



Le plan stratégique de développement national du gouvernement (2014-2018) alloue près d’1,6 milliard $ au développement des infrastructures (transport, eau, assainissement, électricité et télécommunications) ce qui représente 21% du budget total des dépenses d’investissement pour la période.

Une aide multilatérale pour contrer les aides bilatérales

Bien que réduire la dépendance du pays à l’égard des financements extérieurs soit une nécessité, Sophal Ear, auteur de « La dépendance du Cambodge à l’aide internationale » s’est tout de même félicité de la nouvelle. Il a déclaré :

« Je pense que l’AIIB sera une amélioration par rapport au système actuel d’aide en provenance de la Chine. C’est un progrès en termes de transparence par rapport à l’aide bilatérale. L’aide bilatérale est généralement la forme d’aide la plus « égoïste ». Des études ont montré que l’aide multilatérale a généralement un meilleur impact ».

Les prêts fournis par la Banque sont conformes aux mêmes normes de surveillance, de réglementation et de transparence que le Fonds Monétaire International, la Banque Mondiale et la BAD, explique-t-il. Utiliser davantage de canaux multilatéraux aura (on l’espère) pour effet d’évincer l’aide bilatérale non officielle, qui se retrouve souvent gaspillée – en particulier l’aide bilatérale en provenance de la Chine, qui depuis 2010, est devenu le premier fournisseur de financement externe du Cambodge.

« Sans transparence de l’aide… c’est la porte ouverte aux passations frauduleuses de marchés publics, à la corruption et aux conflits d’intérêts. Exactement la situation que l’on constate actuellement avec l’aide bilatérale chinoise. »

Il a ajouté que la concurrence de la BIIA avec la Banque Mondiale et la BAD pourrait se révéler positive pour le Cambodge, car cela devrait inciter les différents acteurs à plus de pertinence et d’efficacité au niveau régional.


Des précédents peu reluisants


Les archives des banques multilatérales ne sont cependant pas non plus des plus exemples concernant le Cambodge. On se rappelle la piètre gestion de la Banque mondiale dans un projet d’attribution de titres fonciers à l’échelle nationale, qui a eu pour conséquence l’expulsion, par le gouvernement, de milliers de familles du quartier Boeung Kak à Phnom Penh.

La BAD, quant à elle, a été pointée du doigt en raison de là encore, d’une mauvaise gestion des familles expulsées par un projet de réhabilitation des voies ferroviaires abandonnées.

La BIIA, dont le siège est à Pékin, est vu comme la rivale des autres institutions bancaires (Banque Mondiale, BAD) respectivement dominées par les États-Unis et le Japon (la Chine détient près d’un quart du pouvoir de vote à l’AIIB).

Ni le États-Unis, ni le Japon n’ont pour l’instant rejoint la BIIA, bien que plusieurs de leurs alliés en Asie (Corée du Sud, Philippines), et ailleurs (Royaume-Uni, France, Allemagne, Italie et Australie) comptent parmi ses membres fondateurs.


Toutefois, la BIIA en est encore à ses balbutiements et le Cambodge ne s’attend pas à ce qu’elle remplace les institutions multilatérales traditionnelles pour autant, d’autant que la BIIA à pour but de collaborer avec les créanciers régionaux existants.



Cela étant dit, l’adhésion du Cambodge reflète la nécessité pour le pays de procéder à l’ajustement continuel de sa position en fonction de la concurrence pour l’influence menée par les puissances économiques mondiales, selon M. Van :



« Certaines puissances mondiales s’éveillent à la réalité du « nouvel ordre mondial. Nous progressons dans un monde multipolaire et non plus dans un monde unipolaire. »



Pour Hal Hill, qui enseigne les économies d’Asie du Sud Est à l’Australian National University, l’AIIB est, pour l’essentiel, un véhicule destiné à apporter de nouvelles sources de financement et d’expertise qui seront bien utiles au Cambodge et à l’Asie.



« C’est une bonne nouvelle pour tous. [L’AIIB] fournit un mécanisme multilatéral pour recycler le surplus de balance des paiements chinoise [et reflète] les aspirations légitimes de la Chine à la direction régionale et mondiale [ainsi que] son ​​efficacité éprouvée comme fournisseur d’infrastructure. »

Traduction : Camille Salord

Source Tej Parikh / Cambodia Daily With AIIB, Nation Diversifies Funding Options
Photo : ADB

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