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Aux Philippines, un an après la tragédie de Mamasapano

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Un an après la tragédie de Mamasapano, plusieurs groupes de défense des victimes veulent qu’Aquino et le gouvernement américain soient tenus pour responsables. Ils ont ainsi salué la réouverture de l’enquête sénatoriale à la demande du sénateur Juan Ponce Enrile, qui affirme détenir des informations sur le rôle d’Aquino dans l’opération.

Comme le président Aquino lui-même s’y attendait, la rencontre tragique de Mamasapano, dans la province de Magindanao, le poursuivra jusqu’à la fin de son mandat et même de sa vie. Le 25 janvier, un an exactement après la tragédie, les groupes de soutien aux victimes ont renouvelé leur appel pour que des comptes soient demandés à Aquino et au gouvernement américain pour la mission militaire ratée qui a fait plus de 60 victimes, y compris dans les troupes gouvernementales.

Au cours de la commémoration de la tragédie de Mamasapano à Camp Crame, le président a décerné à titre posthume la Médaille de la Valeur à deux policiers commandos abattus, l’Inspecteur principal Gednat Tabdi et l’Officier de Police Romeo Cempron. Dans son discours, le président Aquino a déclaré :

“ La question est : comment se fait-il que, jusqu’à présent, on n’ait pas encore demandé des comptes à ceux qui sont responsables ? ”

Devant la Porte 2 de Camp Crane, les manifestants, menés par le Bagong Alyansang Makabayan (Bayan) lui ont donné leur réponse. Pour Renato Reyes Jr, secrétaire général du Bayan :

“Un an après Mamasapano, c’est Aquino qui doit être tenu pour responsable.
“ Le président Aquino continue d’insister sur le fait que l’incident sanglant est la faute de qui on veut mais pas la sienne. Apparemment, il attribue le tragique événement aux actions de certains officiers de police qui ont fait des erreurs. Fort opportunément, il omet son rôle dans ce fiasco.

“À ce jour, on ne connaît toujours pas la vérité ni les responsabilités, le gouvernement Aquino ayant massivement et systématiquement entrepris de dissimuler les faits. Mais malgré ces tentatives pour cacher la vérité, plusieurs rapports ont déjà cité le président Aquino comme ultime responsable de l’échec de l’opération de police”.

Différents groupes ont tenu des manifestations en ce 25 janvier, réclamant justice pour les victimes: 44 membres des Forces Spéciales de la Police Nationale Philippine (PNP-SAF), 18 combattants du Front Moro Islamique de Libération (MILF) et plusieurs civils. À Manille, des jeunes, dirigés par la Ligue des Etudiants Philippins (LFS) ont marché jusqu’à Mendiola. Dans la ville de Cagayan de Oro, des membres de la LSF et d’autres groupes ont manifesté à Capitole Grounds.

La mission secrète, “Oplan Exodus” avait conduit 400 hommes d’élite des forces spéciales à Mamasapano pour capturer des personnes soupçonnées de terrorisme : le malaisien Zulkifli bin hir, a.k.a. “Marwan” et le philippin Bassit Usman, tous deux recherchés par le gouvernement américain pour une prime totale de 7 millions de dollars.

Les manifestants ont salué la réouverture de l’enquête sénatoriale le 27 janvier puisque le sénateur Juan Ponce Enrile affirme détenir des informations capitales sur le rôle d’Aquino dans l’opération. Pour Renato Reyes Jr:

“Nous soutenons la réouverture de la nouvelle enquête sur l’incident de Mamasapano afin que soient révélées des preuves supplémentaires du rôle des principaux acteurs dans l’opération, surtout Aquino, Purisima et le gouvernement des Etats-Unis ”.

Les victimes civiles de Mamasapano


“Nous soutenons la réouverture de la nouvelle enquête sur l’incident de Mamasapano afin que soient révélées des preuves supplémentaires du rôle des principaux acteurs dans l’opération, surtout Aquino, Purisima et le gouvernement des Etats-Unis”

Au moins deux civils avaient péri dans cette opération. Sarah Panangulon, une fillette âgée de huit ans, a été tuée quand les hommes des forces spéciales ont tiré sur sa maison à l’aube du 25 janvier. Ses parents, Tots et Samrah ont été blessés. L’autre victime est un paysan âgé de 18 ans nommé Badrudin Langalan. Il a été retrouvé mort à proximité du pont de bois de Tukanalipao, pieds et poings liés et criblé de balles. Tinay Palabay, secrétaire général de Carapatant :

“ En rappelant la trahison du régime Aquino envers le peuple philippin, nous demandons aussi la justice pour les civils tués durant le carnage de Mamasapano”.

Le projet de Loi Fondamentale Bangsamoro qui devait être la loi régissant l’entité politique de Bangsamoro mise au point durant les pourparlers de paix GPH-MILF [entre le gouvernement de la République Philippine et le Front Moro Islamique de Libération] a également fait les frais de Mamasapano. Pour le député Neri Colmenares, candidat aux sénatoriales et membre du parti Bayan Muna :

“ Nous ne devons pas oublier comment cette opération irresponsable a mis en péril les négociations de paix avec le MILF. En plein milieu de l’application d’un accord de paix, le président Aquino a approuvé des opérations militaires dans un bastion connu du MILF, à l’insu de ce dernier.

“La discrimination et le chauvinisme envers le peuple Moro ont fait un bond après la débâcle de Mamasapano. En fait, c’est en partie la cause du blocage de la Loi Fondamentale Bangsamoro au Congrès.”

‘Les fautes capitales d’Aquino’

Renato Reyes a résumé les “six péchés capitaux” commis par le Président quand il a donné le feu vert à l’opération Orplan Exodus :

  • Aquino a violé la chaine de commandement en confiant l’opération à son ami, le général Alan Purisima, Directeur du PNP, en dépit de sa suspension pour accusation de corruption ;
  • Il a violé l’ordonnance de suspension de l’Ombudsman concernant Purisima ;
  • Il n’a pas informé l’officier responsable de la PNP, le Général Leonardo Espina, directeur adjoint, ni le Secrétaire des Affaires Internes Mar Roxas, qui n’avaient pas connaissance de l’opération jusqu’à ce qu’on dénombre les morts ;
  • Il n’a pas informé les autres membres du gouvernement ni les Forces Armées Philippines ;
  • Il n’a pas informé le Panel de Paix du gouvernement ni le MILF, violant ainsi l’accord de cessez-le-feu ;
  • Il a autorisé la participation d’un gouvernement étranger à une opération interne. Des militaires américains étaient présents durant toute la durée de l’opération, au poste de commandement tactique de Shariff Aguak, tandis qu’un “ grand blond aux yeux bleus de race blanche ” a été vu au sein des forces spéciales.

  • Traduction : Édith Disdet
    Source (Dee Ayroso / Bulatlat) : A year after Mamasapano tragedy, groups want Aquino, US gov’t held accountable

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