AlterAsia

Politique

Vietnam : le Parti Vietnamien évince l’ancien Premier Ministre à la surprise générale

Vietnam_XIIeCongres

Pour ce 12e congrès du Parti communiste (du 20 au 28 janvier), Hanoi est décorée d’affiches géantes, agrémentées des expressions passionnées d’usage. Il semble que « le parti, le peuple et l’armée tout entiers (…) rivalisent de réalisations spectaculaires pour accueillir les délégués du congrès national », bien qu’il soit difficile de distinguer entre cette activité et l’agitation normale de la capitale.

Pour les habitants d’Hanoi, les affiches ne sont que bruit ambiant, mais elles constituent une toile de fond idéale aux séquences tournées par les douzaines de reporters étrangers parachutés pour couvrir l’événement. Mais à la déception collective de ces reporters, la partie palpitante du processus quinquennal de renouvellement politique du Vietnam s’est achevée une semaine avant le 12e Congrès ne se réunisse officiellement.

Duel entre le Premier ministre et le Secrétaire Général du parti

Après des mois d’intense lobbying pour obtenir votes et sièges, les membres du nouveau Comité central du Parti Communiste Vietnamien (180 réguliers, une vingtaine de suppléants environ) et les hauts dirigeants du régime ont en effet été désignés lors du 14e Plénum extraordinaire, du 11 au 14 janvier.

Comme toutes les réunions du parti, celle-ci était fermée au public, mais les cafés et la cybersphère ne désemplissaient pas de rumeurs. Nguyen Tan Dung, le Premier Ministre, allait-il réussir son audacieuse tentative en occupant pendant cinq ans le poste-clé du Parti — Secrétaire Général — après avoir été Premier Ministre pendant dix ans ? Alternativement, le Secrétaire Général en place, Nguyen Phu Trong, pourrait-il mobiliser une coalition « n’importe qui sauf Dung » ?

Il semble que le second l’ait largement emporté sur le premier*. Il y a cette fois-ci bien plus en jeu que des postes et des promotions. Dung s’est présenté avec succès comme un réformateur prudent, un adepte des réseaux sociaux, un politicien raffiné et le type de dirigeant à l’aise pour débattre avec les autres dirigeants du monde de théorie du développement et d’« orientation stratégique ». En un mot, il s’est démarqué de la nébuleuse grisâtre de ses collègues. Il était le grand favori, avec quelques points faibles toutefois, parmi lesquels la réputation de manier les commandes du gouvernement dans le but de garantir la fidélité aux « intérêts », cette part considérable des poids-lourds du parti réputés pour mettre le gain personnel au-dessus de l’idéologie.

Donné comme perdant, Trong faisait office, selon les points de vue, de M. Propre ou M. Ennuyeux-à-mourir. Autrefois, il aurait été considéré comme l’ami le plus dévoué à la Chine parmi les leaders du régime. Mais tandis que Pékin a intensifié sa quête d’hégémonie sur la mer de Chine méridionale, qui est tout autant, voire davantage, l’arrière-cour du Vietnam, Trong a coopéré pour repositionner le Vietnam un peu plus loin de la Chine, plus près des États-Unis. Son odyssée s’est terminée en juillet dernier par un entretien d’une heure et demi à la Maison Blanche, avec Barack Obama. Il est sorti de cette entrevue en se déclarant satisfait de ce que les États-Unis n’aient pas de mauvaises intentions vis-à-vis du système politique vietnamien à parti unique et de modèle léniniste. Beaucoup d’observateurs avaient calculé que Trong se retirerait après le 12e Congrès, ayant rempli un rôle historique. C’était une mauvaise estimation : au cours de deux précédents plénums tendus, Trong semble avoir fait dérailler la machine politique de Dung.

La réforme économique remise en cause

Des bavardages sur la cybersphère attribuent à Trong le mérite d’une manipulation habile des règles du parti et une campagne de diffamation qui a déstabilisé Dung. Il s’écoulera un certain temps avant que les non-participants apprennent précisément comment Dung a fini par être exclu de la liste des candidats approuvés pour le nouveau Comité Central du Parti, une liste qui contient exactement autant de noms que de sièges à remplir. Aboutissement du processus de centralisme démocratique, les 2000 délégués du 12e Congrès sont prêts à confirmer ces nominations — un acte qui oblige Dung à se retirer.

Le feront-ils ? Parmi les candidats Vietnamiens non affiliés la déception serait généralisée et profonde. Une semaine avant l’issue du Congrès, ils s’accrochaient encore – sans doute en vain – à des rumeurs de révolte des délégués qui remettrait le nom du premier ministre sur les bulletins de vote et, en dernier lieu, au plus haut poste du parti.

Les implications politiques de l’échec manifeste de Dung à devenir le dirigeant du parti le plus puissant depuis trente ans ne s’éclairciront que petit à petit. Il se produira assurément une baisse de dynamisme puisque les nouveaux leaders du Vietnam s’occupent de leurs relations et choisissent leurs subordonnés. Dung pourrait devenir la cible d’enquêtes sur la fortune qu’il a accumulée, bien que le parti ait pour règle de ne pas importuner ceux qui consentent à se retirer.

Le consensus autour de la politique étrangère négocié au cours des 18 derniers mois perdurera. Le 14e Plénum a mis un point d’honneur à promouvoir l’Accord de Partenariat Transpacifique, dissipant la crainte que le parti vietnamien au pouvoir, avec une nouvelle direction, ne s’écarte du chemin de la mondialisation énergétique.

Le rythme de la réforme politico-économique des cinq années à venir est plus sujet au doute. Les nouveaux leaders vietnamiens feront-ils plus que quelques discours de façade pour réduire le rôle direct de l’État dans l’économie ? Cesseront-ils de contrôler ce que les Vietnamiens sont autorisés à lire et à dire ? Auront-ils la cohésion et la volonté nécessaires pour saisir les opportunités qu’amènera l’adhésion au Partenariat Trans-Pacifique ? Le régime continuera-t-il son progrès intermittent vers plus de transparence et une réglementation claire ? Laissera-t-il la porte ouverte aux investissements étrangers ? Trouvera-t-il des moyens d’apporter un soutien effectif et les crédits nécessaires aux entrepreneurs locaux ?

En résumé, le parti tout puissant à la tête du Vietnam a presque accompli son rituel de renouvellement. Le défi de Dung aux méthodes habituelles a échoué. Les dirigeants âgés seront mis à la retraite, de plus jeunes promus vers des postes importants : l’équilibre a été une fois de plus préservé. Le métier de gouverner commence de nouveau.

Traduction : Amandine Le Goff
Source (David Brown / Asia Sentinel) : Vietnam Party Conference Surprisingly Dumps Dung
Photo : Prince Roy / Flickr

* Ce qui a été confirmé à l’issue du Congrès, le 28 janvier, qui a maintenu Nguyen Phu au poste de secrétaire général du PCV, remplacé Nguyen Tan Dung par son adjoint Nguyen Xuan Phuc. Tran Dai Quang, ministre de la Sécurité publique, deviendrait président.

Print Friendly

Tagged

Voir aussi

Copyrights
Rejoignez-nous!
Je soutiens AlterAsia !

Ce n'est que grâce à vos dons qu'AlterAsia peut proposer une information alternative de qualité et gratuite. Soutenez-nous !

Vous pouvez choisir d'utiliser une carte bancaire si vous n'avez pas de compte Paypal en cliquant sur "Continuer" en bas à gauche de la page Paypal.