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L’Indonésie face aux attaques terroristes de Jakarta

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Selon plusieurs rumeurs, les partisans du groupe Etat Islamique seraient prêts à faire davantage de dégâts.

Les explosions qui ont secoué Jakarta le 14 janvier n’avaient rien d’une surprise. Pour tous les analystes, elles sont la conséquence logique des liens entre l’EI et les djihadistes indonésiens, que les services de renseignements de la police traquent depuis leurs départs au Moyen-Orient.

La police a affirmé que le groupe terroriste avait revendiqué les attaques, faisant surgir la crainte que l’EI cherche à établir un nouveau front en Asie du Sud-est.

Bien que les attaques aient été filmées par les caméras de surveillance et des téléphones portables, et aient eu pour but de semer la terreur dans la capitale indonésienne, seulement deux personnes ont été tuées, avec les cinq djihadistes qui se sont fait sauter. Deux des attaquants ont été capturés. Des douzaines de passants ont été blessés. Les craintes immédiates que d’autres attaques surviennent dans la capitale se sont répandues sur les réseaux sociaux, et ont été relayées dans les médias. Elles ont semé la panique et l’angoisse mais se sont révélées infondées.

Le lendemain, les Indonésiens semblaient avoir pleinement intégré ces événements. Les policiers étaient devenus les héros du peuple, l’un ayant même son sac Gucci et ses baskets à la mode mis en ligne. Le Hashtag « kami tidak takut » (nous n’avons pas peur) était devenu un symbole de défi international sur twitter.

Ouverture d’un front de l’EI en Asie du Sud-Est?

Cependant, l’attaque est un mauvais présage. Les autorités pensent que l’Indonésie pourrait abriter un millier de soutiens actifs à l’EI. L’attaque a aussi réveillé la peur de voir apparaître un mouvement plus large en Asie du Sud-Est, incluant la Malaisie et la région de Mindanao aux Philippines.

Deux Malaisiens se seraient fait exploser au Moyen-Orient la semaine dernière, tuant 33 combattants kurdes. Plusieurs groupes djihadistes ont également annoncé la semaine dernière qu’ils fusionnaient pour former une antenne de l’EI à Mindanao.

Les estimations du nombre de djihadistes revenus de Syrie (en Indonésie), varient de 100 à 300 personnes, les femmes et les enfants inclus. En outre, fin décembre, le PPATK (Centre d’Analyse indonésien sur les transactions financières) a rapporté avoir repéré le transfert d’environ 5 milliards de Rupiah (365 000 dollars) depuis l’Australie vers l’Indonésie, destinés à financer des activités terroristes.

En tout, six explosions ont eu lieu à 50 mètres d’un centre commercial du centre-ville, qui abrite également un bureau de l’ONU. Mais les attaquants n’ont jamais réussi à s’approcher du siège de l’ONU à Jakarta, qui n’était apparemment pas la cible visée.

Dans la confusion qui a suivi les explosions de la matinée, on a craint un assaut dans toute la ville. Au lieu de cela, l’incident s’est limité à sept attaquants qui ne semblaient ni bien préparés, ni bien entraînés.

Les victimes ont été tuées lorsque les assaillants ont déclenché une série de bombes avant midi et commencé à tirer sur les passants et les agents de sécurité dans le quartier de Thamrin, à moins de 3 km du Palais présidentiel. Des vidéos des explosions qui montraient un attaquant se faisant sauter et des victimes ont été retweetées des milliers de fois.

L’organisateur identifié

Le chef de la police de Jakarta, Tito Karnavian, qui est également l’ancien chef de l’unité antiterroriste Densus 88 a déclaré aux journalistes que des cellules de l’Etat Islamique se trouvaient derrière les attaques suicides, très semblables à celles de Paris :

« Les cellules de l’EI sont disséminées dans la région et se disputent la tête du mouvement ; c’est la raison de l’attaque d’aujourd’hui ».

D’après lui, Bahrun Naim, un Indonésien actuellement à Raqqa en Syrie avec l’EI, serait responsable de la préparation et du financement des attaques. Les attaquants auraient été entraînés par des soutiens de l’EI ici, probablement au sein d’une unité créée par Bahrun appelée Katibah Nusantara.

La police était en état d’alerte maximale, après l’arrestation d’au moins 20 personnes dans le pays, suspectées de préparer des attaques envers des officiers de sécurité et des minorités religieuses.

Le PPATK a travaillé avec son homologue australien l’AUSTRAC (Centre d’Analyse et de rapport australien des transactions) afin de mettre à jour les mouvements de liquide illicites destinés aux cellules terroristes en Indonésie.

Une partie des fonds aurait été collectée auprès de citoyens australiens qui ignoraient que leurs dons seraient utilisés à des fins terroristes. Le président du PPATK Muhammad Yusuf a expliqué que les donateurs australiens pensaient financer une fondation ou aider des individus à lancer leur entreprise. L’agence rapporte également avoir gelé 26 comptes en banque d’une valeur estimée à 2 milliards Rupiahs (152 000 dollars), en application des résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU contre le terrorisme qui demandent à tous leurs membres de geler les avoirs liés à Al-Qaida. Ces efforts ont permis aux 36 membres du Groupe d’Action Financière (GAFI) de retirer l’Indonésie de la liste de noire des pays qui n’adhéraient pas aux résolutions et recommandations de l’ONU.

Fonds australiens

La révélation de l’existence d’un tunnel financier pour les terroristes est intervenue neuf jours après l’annonce d’un accord de partage de renseignements dans le cadre de la lutte contre le terrorisme entre l’Australie et l’Indonésie. Les informations fournies par la police fédérale australienne ont aussi aidé récemment les autorités indonésiennes à arrêter neuf suspects, dont certains auraient eu des liens avec l’EI. D’après la police indonésienne, les suspects projetaient des attaques terroristes pour la fin de l’année. Depuis, le pays est en état d’alerte maximale. En 2015, la police a déjoué neuf projets d’attentats et arrêté 74 personnes en lien avec des activités terroristes, a déclaré le chef de la police nationale le Général Badrodin Haiti. Dans son rapport de fin d’année, ce dernier déclare que des procédures sont en cours contre 65 d’entre eux, mais que 9 suspects ont été relâchés faute de preuves. 

Toujours selon Badrodin Haiti, depuis l’année 2000, la police a traqué et arrêté environ 1000 terroristes présumés. Parmi eux, 299 accusés ont été condamnés, 3 ont été exécutés, 12 sont décédés dans des attaques suicides, et 104 ont été tués dans des opérations de police. Du fait du financement continu des activités terroristes, la police s’attend à ce que de telles menaces restent élevées en 2016.

Traduction : Louise de Nève
Source (Dewi Kurniawati / Asia Sentinel): ISIS behind Jakarta Attack
Photo : tommywahyuutomo

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