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Phnom Penh : la cérémonie d’indemnisation de Borei Keila tourne au chaos

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Une cérémonie organisée par les fonctionnaires de Phnom Penh pour marquer les dernières propositions d’indemnisations aux centaines de personnes qui protestent depuis plusieurs années contre leur expulsion de Borei Keila, a tourné au chaos mardi dernier. Des militants ont perturbé l’assemblée, occasionnant des affrontements avec la police.

Les 154 familles sont les dernières à être indemnisées parmi les habitants expulsés par la société Phanimex après que celle-ci a obtenu les droits de développement en 2003. Alors que l’influent groupe a gagné le contrat à la condition de construire dix immeubles pour loger les habitants, seuls huit d’entre eux ont été construits, laissant des centaines de famille squatter des taudis dans des conditions de vie sordides, sur le chantier.

La municipalité a annoncé au mois de septembre dernier que 154 des 183 familles vivant encore sur le site seraient indemnisées :

  • 35 se verraient octroyer ce qui équivaut à un premier prix : un appartement sur le terrain qui était autrefois le leur ;
  • 85 autres familles auraient à choisir entre la somme de 5000$ ou un lopin de terre dans la zone de relocalisation à Andong, située dans la province de Kandal, à environ 45km du centre de Phnom Penh ;
  • 34 familles recevraient 3000$ ;
  • Le gouvernement a décidé de ne pas reconnaître les revendications des 29 autres familles.
  • S’exprimant sous un chapiteau érigé sur les décombres où vivait autrefois une communauté soudée de 1776 habitants, Mean Chanyada, chef de l’administration municipale de Phnom Penh, a affirmé que les dernières offres d’indemnisation marquaient la fin d’un différend de longue date. Et d’annoncer, devant 70 habitants, essentiellement des femmes et des enfants regardant la scène avec indifférence :

    « Borei Keila est un cas complexe, qui a été longtemps controversé… L’assemblée d’aujourd’hui marque la résolution définitive du problème. »

    Et de préciser :

  • les 35 familles qui se sont vues proposer un appartement ont toutes accepté l’accord à l’exception d’une seule ;
  • 36 des 85 résidents ont accepté la somme de 5000$ et 4 le terrain à Andong ;
  • 16 des 34 habitants ont accepté les 3000$ proposés.
  • Alors que Mean Chanyada terminait son discours et passait son micro à un fonctionnaire qui commençait à réciter les noms des familles indemnisées, un groupe d’environ huit femmes s’est dirigé vers le chapiteau, en criant et en brandissant des banderoles et des documents en l’air. Parmi elles, Phork Sophan, 43 ans :

    « Je ne quitterai pas Borei Keila. L’entreprise a détruit ma maison pour prendre le terrain et maintenant ils y ont mis une villa ! »

    Tandis qu’une vingtaine de reporters entourent les militantes, l’une d’elles, Mme Sophan, déplore son traitement entre les mains des autorités. Quelques minutes plus tard, Keo Sakal, chef du district de Prampi Makara où se situe le quartier Veal Vong, s’approche d’elle et lui donne une brève accolade, apparemment à dessein de l’apaiser… avant de la remettre brusquement aux agents de police, qui la traîne vers la route, à travers la foule.

    Au milieu de l’agitation, un fonctionnaire municipal s’entretient avec la police, après quoi Mme Sophan est reconduite derrière le chapiteau avec les autres militantes. La manifestation est rapidement interrompue.

    De retour dans l’appartement de son frère, situé dans l’un des huit immeubles déjà construits, Mme Sophan explique, les larmes aux yeux, qu’elle a décidé de s’introduire dans l’assemblée après que sa famille a été exclue de la liste finale des indemnisations.

    « Le traitement a été complètement injuste. [Keo Sakal] leur a dit de m’amener au bureau de police du district. Mais je n’ai pas peur parce que je n’ai rien fait de mal. Je vis ici depuis 1996 et j’ai les documents pour le prouver. »

    Une ruelle infestée de mouches serpente à travers la zone qui compte encore des centaines de résidents. C’est ici qu’Im Sreymon, 35 ans, dit avoir accepté la défaite dans son combat contre la mairie et Phanimex :

    « J’ai accepté de prendre les 5000$. Je ne veux pas vivre à Andong parce que c’est trop petit pour mes enfants. Je ne suis pas satisfaite de l’accord mais je n’ai pas le choix. Je ne peux pas continuer à vivre ici plus longtemps. Après tout cela, j’ai trop de peine ici. […] Je suis engagée dans les protestations depuis si longtemps. Je veux continuer à me battre mais je n’ai pas le choix. Je ne peux plus faire ça. J’ai des enfants et je ne peux pas subvenir correctement à leurs besoins si je continue à protester. »

    Im Sreymon projette d’utiliser l’argent pour déménager dans la province de Koh Kong.

    Contacté après l’interruption de l’événement, Keo Sakal a nié avoir remis Mme Sophan à la police et a prétendu que la brève altercation était un simple malentendu :

    « Je suis venue l’aider parce que je voulais que les manifestantes discutent avec les autorités. Je ne l’ai pas remise à la police. […] La manifestation s’est produite parce que les journalistes et les caméramans leur bloquaient le passage, et qu’elles n’ont pas pu entendre ce qu’avait annoncé le représentant. »

    Malgré les efforts de la municipalité pour tirer un trait sur le conflit Borei Keila, Mme Sophan s’est jurée de continuer à protester.

    « Je continuerai à protester. Je n’arrêterai jamais. »

    Traduction : Amandine Le Goff
    Source (Buth Kimsay et George Wright / The Cambodia Daily) : Borei Keila Ceremony Descends Into Chaos
    Photo : Bruno Schoonbrodt/Flickr

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