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Quelles perspectives pour la Thaïlande en 2016 ?

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1. Constitution

En septembre dernier, la junte militaire a déjà échoué dans sa première tentative pour établir une nouvelle Constitution. Ce projet de loi fondamentale, des plus orwelien pour marginaliser la démocratie et introduire un contrôle autoritaire, a été rejeté par le Conseil de Réforme National, dont les membres sont pourtant tous nommés par la junte.

En 2016, le palabre constitutionnel se poursuit avec une nouvelle ébauche de Constitution attendue pour la fin janvier et un document final dans les mois qui suivent. Il n’y a que peu d’espoir pour que cet essai soit davantage concluant que le précédent, et au contraire, un fort sentiment de déjà-vu antidémocratique.

On peut d’ores et déjà s’attendre à la nomination d’organes qui prendront l’ascendant sur les représentants élus pour laisser l’exercice réel du pouvoir entre les mains des chefs militaire et de leurs acolytes. La nouvelle Constitution, qui est censée être soumise à référendum aura donc peu d’espoir d’être approuvée en ces termes. Le régime aura alors le choix entre forcer la population à accepter cette version ou bien poursuivre ce manège en lançant un troisième projet de rédaction.

Ces deux constitutions sont rédigées par et pour des dinosaures qui n’ont que très peu de considération pour les principes démocratiques et les Droits de l’Homme.

2. judiciaire

Le pouvoir judiciaire, sous le régime militaire actuel, est utilisé comme un outil pour écraser la représentation démocratique en incarcérant et en persécutant les membres de partis politiques, les dirigeants, les étudiants et les militants en faveur de la démocratie et des Droits de l’Homme.

2016 verra cet effort se concrétiser à travers des affaires menées à charge contre l’ancienne Première ministre démocratiquement élue, Yingluck Shinawatra ou d’autres politiciens et militants de premier plan.

La junte parle de réconciliation, mais ses actions montrent que sa véritable intention est de broyer la représentation démocratique et les personnes qui défendent les Droits de l’Homme. L’ancienne Première ministre Yingluck Shinawatra est de loin le personnage politique le plus apprécié du pays. La tentative de la junte pour l’anéantir et l’emprisonner entraînera, sans nul doute, une forte réaction du public. Un événement qui se trouvera exacerbé par les emprisonnements à répétition d’autres dirigeants et militants pour la démocratie.

3. Économie

Étonnement, la junte a prouvé être adepte de la mauvaise gestion économique. Le régime a bien essayé d’introduire des mégaprojets et des programmes populistes, mais son incompétence a montré qu’en dehors des employés du gouvernement et des ménages à revenu élevé, le niveau de vie global a diminué. Les plus touchés sont les salaires des zones rurales. Majoritaires, ils ont subi un triple coup : la baisse des cours mondiaux des matières premières, les conditions climatiques exceptionnellement sèches et le retrait des subventions publiques agricoles les plus essentielles, par un régime qui leur est insensible. 2016 verra les niveaux d’endettement s’amplifier, alors que le nombre de suicides dans les communautés agricoles est déjà élevé. La mauvaise gestion continue du pays va engendrer un mouvement de résistance à l’égard de ce pouvoir incompétent.

4. corruption

L’un des arguments avancé par les militaires pour justifier le coup d’Etat était l’éradication de la corruption. Ironiquement, la corruption grimpe aujourd’hui à des niveaux jamais atteints, sans garde-fou pour l’endiguer puisqu’il n’existe aucun moyen de surveillance des activités du régime. Les militants qui tentent d’élever la voix sont envoyés en détention militaire pour « changement d’attitude » ; les récidivistes sont poursuivis en vertu d’obscurs précédents juridiques établis par le régime militaire. Pour la majeure partie des projets du gouvernement, les appels d’offres doivent être approuvés au préalable par l’armée locale et les commissions payées avant l’attribution de tout contrat. Comme l’ensemble de l’économie va se détériorer en 2016, l’animosité engendrée par la corruption des hautes sphères du régime conduira à une réaction négative de l’ensemble de la population.

Auteur : Jaran Ditapichai, coordinateur européen de l’Organisation des Thaïlandais libres pour les Droits de l’homme et la Démocratie.

Traduction : Camille Salord
Photo : Elodie Prenant

English Version

Update and predictions on expected events for 2016 in Thailand

1. Constitution

The military Junta have already failed in their first attempt to produce a new constitution, it was so Orwellian in its attempts to sideline democracy and embed authoritarian control that it was even rejected by the military regime’s own appointed assembly. The constitution palaver continues in 2016 with a first draft due for release by the end of January and the final document expected a few months later. There is little optimism that this effort will be any better that the last, more a sense of deja vous that it will be just as undemocratic. Expect appointed bodies to hold sway over elected representatives with real power retained by the military clique and their cronies. This constitution is supposed to be put to a referendum, which it will have little hope of passing, so the regime will have a choice of forcing the constitution on the populace or continue the merry go round with a third attempt at drafting yet another version. Both of these constitutions are written by dinosaurs for dinosaurs with little consideration for democratic principles or human rights.

2. Judiciary

The judiciary, under this military regime, are being used as a tool to crush democratic representation by incarcerating \ persecuting the leaders of pro democracy organisations, pro democracy political parties, Human Rights and Student activists. During 2016 this effort will go into over drive as cases against the former democratically elected Prime Minister, PM Yingluck Shinawatra, other prominent politicians and activists come to fruition. The junta talks of reconciliation but their actions show the real intention is to crush democratic representation and those who champion human rights. Former PM Yingluck Shinawatra is easily the most poplar politician in the country so junta attempts to bankrupt and jail her will undoubtedly provoke a strong public reaction. This will be exacerbated by the accelerated jailing of other pro democracy leaders and activists during the year.

3. Economy

When it comes to mismanagement of the economy the ruling junta have proved surprisingly adept. They have tried mega projects and populist programmes but their incompetence has meant that outside of government employees and high income household’s living standards have declined for the majority of the population. Worst hit have been the incomes of the rural population, which are the majority, they have suffered a triple whammy of declining global commodity prices, unusually dry weather conditions and the withdrawal of any meaningful government farm subsidy schemes by an unsympathetic regime. 2016 will see debt levels spiralling, suicide rates within the farming communities are already high, and dissatisfaction with the incompetent ruling regime will give rise to resistance against their continued mismanagement of the country.

4. Corruption

One of the excuses given by the military as justification for the coup was the eradication of corruption. Ironically Corruption on an unprecedented scale is now occurring and is going unreported as there is no oversight on any of the activities of this ruling regime. Activists who try to raise awareness of government corruption are hauled into military custody for “attitude adjustment” and persistent offenders are prosecuted under one of the various dubious legal precedents being set by this military regime. Tenders for most government projects are now preapproved in the local army camp and commissions need to be paid prior to awarding of any contracts. As the wider economy deteriorates in 2016 resentment towards the high levels of corruption of the ruling military regime will lead to a backlash within the wider populace.

Jaran Ditapichai, European coordinator of the Organization of Free Thais for Human Rights and Democracy.

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