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Thaïlande : des séries télé à gloire de la Monarchie

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Rien n’est jamais trop beau pour les monarques thaïs. Après la réalisation par la junte des statues géantes en bronze “des sept grands rois” de l’histoire thaïe, érigées à Rajabahkti Park afin d’honorer et renforcer la monarchie, une nouvelle série télévisée est prévue à la gloire du Roi Rama V.

Elle traitera du thème récurrent de l’abolition de l’esclavage sous le règne de Rama V, dans une version pour le moins romancée au détriment de la réalité, selon les experts.

Au cours des 60 dernières années, deux histoires louant les bienfaits du roi Chulalongkorn envers tous les Thaïlandais ont été adaptées à six reprises chacune.

Cette année, la sixième adaptation de Naang Thaad (“La jeune esclave Esclave”) qui raconte les tourments d’une jeune esclave jusqu’à ce qu’elle soit affranchie par le roi Rama V, sera diffusée sur Canal 3 en prime time.

Au cours des 60 dernières années, deux histoires louant les bienfaits du roi Chulalongkorn ont été adaptées à six reprises chacune.

La seconde histoire, Luuk Thaad (“Fils d’esclave”) se situe en 1885. L’esclave domestique lettré d’un seigneur doit se battre contre des maîtres cruels avec en toile de fond le contexte des réformes de Rama V sur l’émancipation et la modernisation du Siam (aujourd’hui la Thaïlande, ndt). Le jeune Keaw, passé du statut d’esclave à celui de juge royal au ministère de la Justice, épouse la fille de son ex-maître. Le bonheur, le succès et la liberté de Keaw sont entièrement attribués à Rama V et le jeune homme, fidèle et reconnaissant, se prosterne chaque année devant la statue du roi.

Si on fait abstraction des poitrines ensanglantées sous les coups de fouets, nous pouvons voir que les deux séries, “La Jeune esclave” et “Fils d’esclave”, sont les émanations d’un récit historique remodelé et idéalisé, relatif à l’esclavage, l’émancipation et la monarchie thaïe.

“La case de l’oncle Tom” contre “La maison de Phraya”

En réalité, selon Chalong Soontravanich, maître de conférence en Histoire à L’université de Chulalongkorn, l’affranchissement des esclaves siamois, n’a cependant pas été l’oeuvre d’un seul homme. Durant le règne de Rama V, les influences étrangères particulièrement américaine, ont ouvert les portes à l’émancipation, à travers les missionnaires, l’éducation et la Case de l’oncle Tom.

En effet, d’après l’ouvrage “Une histoire de la Thaïlande” co-écrit par Chris Baker et Pasuk Phongpaichit, l’élite réformatrice thaïe espérait mettre fin à l’esclavage grâce au travail dans l’économie de marché, “tordant le cou à la critique coloniale” qui voyait dans le Siam une terre d’esclaves, à l’instar d’Anna Leonowens qui [dans ses mémoires, à l’origine du roman “Anna et le roi”], définissait l’élite siamoise comme emmurée dans “l’erreur, la superstition, l’esclavage et la mort”.

La nécessité de comparer le Siam avec l’occident civilisé où les esclaves étaient émancipés, faisait partie du plan a expliqué le professeur Chalong “Les esclaves thaïlandais eux-mêmes ne prétendaient pas à la liberté”.

Une nostalgie inspirée par les soap opéras… plus que par la réalité historique

Selon le professeur Chalong, malgré l’influence du modèle abolitionniste américain comparer l’esclavage entre ces deux pays mènerait à un malentendu historique. Esclaves de corvée ou pour dettes (ne pouvant rembourser leur dette ils s’attachaient à leur créancier), les esclaves siamois pouvaient se racheter et travailler au dehors alors que dans les plantations aux États-Unis, le statut d’esclave était héréditaire et cette caractéristique faisait partie de leur identité et ancrée comme telle dans la mémoire collective :

« Les descendants d’esclaves aux Etats-Unis sont capables de retrouver une identité historique en tant que descendants d’esclaves ».

Au contraire, le statut plus flexible de l’esclavage thaï lui a empêché de faire naître un réel sentiment d’identité. Les esclaves de dette pouvaient se vendre eux-mêmes en tant qu’esclaves, quitter ce statut une fois leur dette remboursée et le nombre de foyers avec esclaves était relativement faible.

« L’esclavage n’a jamais joué un rôle important dans la société thaïe et n’est même jamais devenu un marqueur identitaire pour les esclaves eux-mêmes. Si vous vous rendez au monument de Chulalongkom le jour de son anniversaire et interrogez les gens autour de vous qui se prosternent et offrent des fleurs, aucun ne se déclarera descendant d’esclave, libéré par Rama V.
« Pourtant, absorbés par l’atmosphère de ces sagas télévisées, ces visiteurs seront capables de s’émouvoir, parfois jusqu’aux larmes. Et il leur viendra une bouffée de nostalgie de la monarchie telle quelle est dépeinte dans ces sagas. »

Traduction : Michelle Boileau
Source Asaree Thaitrakulpanich / Prachataï Tears of gratitude: continuing monarchical glorification through soaps

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