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Cambodge : Le leader de l’opposition à nouveau visé par un mandat d’arrêt

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Un nouveau mandat d’arrêt a été émis à l’encontre du leader de l’opposition cambodgienne Sam Rainsy – qui s’est réfugié en France pour éviter une peine de deux ans d’emprisonnement au Cambodge pour « diffamation » – après qu’il a refusé de se présenter à des convocations pour deux affaires – distinctes – de documents falsifiés et de « provocation. »

Sam Rainsy n’est pas retourné au Cambodge depuis qu’un mandat a été délivré pour son arrestation le 13 novembre 2015. Il s’agissait d’une condamnation pour avoir critiqué le ministre des Affaires étrangères Hor Namhong lors d’un discours public en 2007.

L’autre mandat d’arrêt, rendu public par le média en ligne Fresh News, a été délivré le 9 décembre 2015 par la Cour municipale de Phnom Penh qui accuse Sam Rainsy de ne pas s’être présenté à une convocation dans le cadre de l’affaire du sénateur emprisonné Hong Sok Hour.

Le juge d’instruction Kor Vandy a publiquement déclaré :

« Sam Rainsy aurait dû se présenter le 4 décembre 2015, mais il ne n’est pas présenté en temps voulu auprès des juges. […] [j’ai] demandé aux forces armées de l’État de chercher, arrêter et présenter Sam Rainsy à un centre correctionnel du ministère de l’Intérieur. »

À ce jour, ni le juge Vandy, ni le directeur de la Cour municipale, n’ont répondu à nos sollicitations au sujet de cette affaire. Seng Malab, clerc du juge Vandy, précise qu’elle ne peut pas commenter cette affaire.

Un « faux traité » diplomatique mis en ligne

Sam Rainsy encourt jusqu’à 17 ans de prison s’il est jugé coupable de complicité avec le sénateur Sok Hour, emprisonné en août 2015 à la demande du Premier ministre Hun Sen pour avoir posté sur la page Facebook de Sam Rainsy une vidéo mettant en scène un traité diplomatique qui aurait été falsifié.

Sok Hour est un ami proche de Sam Rainsy. Il aurait utilisé ce traité comme preuve selon laquelle dans les années 1980, les gouvernements vietnamien et cambodgien – au sein duquel l’actuel Premier Ministre Hun Sen occupait la fonction de ministre des Affaires étrangères – s’étaient mis d’accord pour supprimer leur frontière commune.

Aujourd’hui, le sénateur Sok Hour doit répondre de falsification de document public, utilisation de document falsifié et « provocation. » Sam Rainsy est lui accusé d’être complice pour avoir reçu la vidéo sur son mur Facebook.

Le leader de l’opposition confirmait mardi qu’il avait vu le mandat d’arrestation et qu’il n’était pas surpris. « Je m’attends à recevoir beaucoup de mandats similaires contre moi. Ils utilisent leurs tribunaux pour m’empêcher de revenir dans le futur. Il s’agit d’une affaire politique, pas judiciaire. »

Internet et la scène politique cambodgienne

Interrogé sur la raison selon laquelle il pensait faire face à un autre mandat alors qu’il avait annoncé qu’il ne reviendrait pas, Sam Rainsy déclare qu’il suspecte une stratégie menée contre lui pour le faire taire « en ligne ».

« C’est lié à mon équipe Facebook. Ils vont créer des problèmes pour tous ceux qui alimentent ma page Facebook au Cambodge. Je pense donc qu’ils veulent fermer ma page en les visant. »

Depuis les élections en 2013, Facebook est devenu un champ de bataille clé dans la politique cambodgienne. Des mandats d’arrêt ont été délivrés l’an passé contre deux administrateurs de la page Facebook de Sam Rainsy, avec pour cause un lien avec l’affaire Sok Hour. Ceux-ci ont depuis également fui le Cambodge.
Le porte-parole du CPP (Parti du people cambodgien) au pouvoir, Sok Eysan déclare qu’il croit Sam Rainsy coupable des faits qui lui sont reprochés.

« Je le vois réellement comme complice, car il a fourni son compte Facebook pour publier les documents sur la frontière entre le Cambodge et le Vietnam qui font croire que les deux pays étaient d’accord pour supprimer la frontière. Il s’agit en réalité d’un point que le parti d’opposition utilise toujours…pour un profit politique. »

Une mise à l’écart définitive du leader d’opposition historique Sam Rainsy ?

La semaine dernière, le Premier ministre Hun Sen a promis de se « couper le bras droit » plutôt que de permettre un nouveau pardon royal à son opposant politique, comme il l’avait fait à la veille de la dernière campagne électorale.

Sam Rainsy, qui possède également la citoyenneté française, a répété le 31 décembre qu’il prévoyait toujours de revenir au Cambodge en homme libre dans le futur.

« Ils ont toujours annoncé cela lors de mes précédents exils. J’ai vécu quatre fois en exil. Les trois première fois, ils ont dit exactement la même chose, et ils étaient catégoriques. En réalité ce n’est que de la poudre aux yeux politicienne. »

Koul Panha, le directeur exécutif du Comité pour des élections libres et justes (CFFE), a déclaré que les derniers mandats émis faisaient partie d’une campagne pour mettre la pression sur Sam Rainsy, dans un contexte où le CPP est en train d’amender la loi pour empêcher les citoyens possédant une double nationalité d’occuper la fonction de leader de parti.

« Ceci est fait pour s’assurer qu’il ne pourra pas revenir. Ils sont en train de préparer cette nouvelle loi sur les partis politiques pour forcer les chefs de parti à n’avoir qu’une seule nationalité. Il s’agit donc de faire pression sur Sam Rainsy. »

Traduction : François Vézier

Source Khy Sovuthy et Alex Willemyns / The Cambodia Daily Another Arrest Warrant Issued for Sam Rainsy
Photo : Luc Forsyth / Flickr

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