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La Malaisie, un pays à haut salaire d’ici 2020… ou un pays coincé dans le piège du revenu intermédiaire ?

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Alors que le PIB malaisien poursuit son ascension, les revenus de la majorité des habitants demeurent, eux, coincés dans la catégorie des faibles revenus. Low Swee Heong, aujourd’hui à la retraite, témoigne de son propre parcours.

Ces derniers temps, notre premier ministre a pris pour habitude de nier aussi bien ses torts, que tout autre fait qui pourrait s’avérer gênant. Sa déclaration, en septembre dernier, sur la bonne voie qu’emprunterait la Malaisie pour devenir une nation à revenu élevé d’ici à 2020, en est un nouvel exemple.

Augmentation du coût de la vie

J’ai pris ma retraite le 1er novembre 2015, après avoir passé des années à différents postes de management au sein d’une multitude de multinationales, basées dans la zone de libre-échange de Penang.

Il y a quinze ans, une multinationale rémunérait un ingénieur fraîchement diplômé autour de 2500 RM (530 EUR) par mois. Les PME locales payaient moins, de 1600 à 2000 RM par mois (340 à 420 EUR).


Il y a quinze ans, un roti canai (crêpe malaisienne) coûtait 80 cents RM (15 centimes d’euros). Aujourd’hui, le même roti canai se vend 1,50 RM (30 centimes d’euros), soit + 100% par rapport au prix initial. Avec la mise en œuvre récente de la TVA, les entreprises en ont profité pour augmenter leurs prix bien au-delà des 6% de taxe obligatoire.

Avec la mise en œuvre récente de la TVA, les entreprises en ont profité pour augmenter leurs prix bien au-delà des 6% de taxe obligatoire.


Aujourd’hui, combien les multinationales de Penang sont-elles prêtes à débourser pour un jeune ingénieur? Dans l’entreprise où je travaillais, les salaires variaient entre 2,600 et 2,800 RM par mois (soit 550 et 590 EUR). Ce qui représente moins de 650 USD (600 EUR), au taux de change actuel. C’est ce qu’un ingénieur aux États-Unis ou en Europe perçoit en une semaine.

Un jeune diplômé à Kuala Lumpur ne gagne pas mieux. Le salaire de départ dans le secteur financier démarre à 3 000 RM par mois (634 EUR). Après déduction des dépenses de base telles que l’hébergement, les transports, les services publics et la nourriture, il ne reste presque plus rien. Voilà pourquoi il n’est pas surprenant d’apprendre que les parents d’aujourd’hui continuent de soutenir financièrement leur progéniture, même si celle-ci travaille !

Les salaires réels ont pris du retard, non seulement à cause de la hausse du coût de la vie mais aussi du fait de l’augmentation de la productivité. Entre 1990 et 2010, la productivité totale du travail a augmenté beaucoup plus vite que les salaires dans l’industrie manufacturière de la Malaisie (source : les statistiques officielles de Malaisie).

Croissance versus salaires

Cela signifie que la majeure partie de la croissance de notre PIB est accaparée par le capital sous la forme de bénéfices, de loyers, d’intérêts et dividendes. La part du PIB allant au travail sous la forme de salaires et d’avantages sociaux a diminué de 40% à un peu moins de 30% (selon les statistiques officielles de Malaisie).

Pour ajouter l’insulte à l’injure, une multinationale bien connue de Penang a annoncé en octobre dernier qu’elle annulait toute augmentation de salaire pour 2015 ! Or, la dévaluation du ringgit rend les exportations moins chères et bénéficie aux exportateurs, contrairement aux Malaisiens résidents sur place qui, eux, souffrent du coût élevé des importations.

Pourtant, cette multinationale utilise le prétexte de la crise économique mondiale pour geler les salaires de ses employés. Ce qui est encore plus choquant est que les dirigeants locaux, y compris les directeurs généraux ne s’opposent pas à ces pratiques injustes.

En résumé, si le PIB de la Malaisie est en croissance, les salaires de la majorité de sa population demeurent bloqués dans la tranche des faibles revenus.

Traduction : Camille Salord
Source Low Swee Heong / Aliran Malaysia a high-income nation by 2020 – or stuck in middle-income trap?

Photo : Yomadic

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