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À Singapour, des herbes médicinales gratuites pour les malades et les pauvres

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En 2009, Kim Chuan Ng, 57 ans, crée un Jardin d’herbes médicinales Communautaire de la NTU (Université de Nanyang). Son rêve? Distribuer gratuitement les herbes qu’il fait pousser à tous ceux qui en ont besoin. Aujourd’hui, il espère que la génération suivante prendra le relais.

Perdre un être cher suite à un cancer est une expérience douloureuse, Kim Chuan Ng, 63 ans, ne le sait que trop bien. En 2001, son frère cadet a succombé à un lymphome, un cancer affectant le système immunitaire. Faisant face à cette perte, Ng, alors technicien à l’Université de Technologie de Nanyang (NTU), s’est rendu compte que de nombreux patients atteints de cancer avaient des difficultés pour acheter des médicaments modernes et s’est demandé s’il existait d’autres solutions pour renforcer leur santé. Il explique en mandarin :

« Pour les patients issus de ménages à faible revenu, il doit exister une solution plus abordable d’accéder au traitement contre le cancer. J’ai commencé à lire des livres et des articles sur la façon dont les herbes traditionnelles peuvent aider les patients atteints de cancer. 

« Je ne peux pas déclarer que ces herbes peuvent guérir les maladies, je ne suis pas un médecin diplômé. Je me concentre plus sur les avantages des herbes pour la santé, que sur le fait de les considérer comme étant des médicaments. »

Soulager la douleur

Au cours des huit années suivantes, Ng a lu énormément sur les bienfaits des herbes chinoises pour la santé et entendu des récits positifs de ses amis qui en avaient consommé. En 2009, il s’est non seulement décidé à faire pousser ses propres herbes, mais aussi à les fournir gratuitement à tout le monde en créant le Jardin d’herbes médicinales Communautaire de la NTU (NTU Community Herb Garden).

Niché dans un coin isolé de l’entrée de l’université de Jalan Bahar, le jardin grand comme 1,5 terrain de football se vante de produire plus de 300 espèces d’herbes et de fruits. Ng a quitté son emploi de technicien l’année dernière et s’est engagé à temps-plein pour le jardin en tant qu’Assistant de Recherche à l’École des Sciences Biologiques de la NTU (Université de Technologie de Nanyang). Un autre membre à temps-plein, deux ouvriers sous contrats et une poignée de bénévoles lui apportent de l’aide. Le jardin est soutenu par un fonds de dotation et repose sur la bonne volonté des donateurs pour soutenir ses opérations.

Les contraintes financières et de main-d’œuvre sont donc les défis majeurs. Même avec des ressources limitées, les efforts de Ng ont bénéficié à plus de 3000 personnes dans le monde entier. Les patients sont venus de pays voisins tels que la Chine, le Myanmar et les Philippines, simplement pour visiter le jardin et cueillir des herbes médicinales. L’année dernière, un célèbre chef cuisinier de New York est venu pour se procurer des ingrédients.

Mais lors de notre première réunion dans le jardin, Ng insiste :

« Nous ne considérons pas les visiteurs sur la base de leur religion, de leur race ou de leur nationalité. Celui qui a besoin des herbes doit simplement venir.

« Ce jardin existe principalement pour fournir des herbes à ceux qui en ont besoin, sans imposer une quelconque charge financière sur ces derniers. »

C’est cette attitude modeste et bienveillante qui ressort de mes conversations avec Ng. Notre première réunion a eu lieu un jeudi matin pluvieux et le jardin fournissait un cadre magnifique : fleurs en pleine floraison et feuilles humides luisant sous la douce lumière du soleil.

Même avec des ressources limitées, les efforts de Ng ont bénéficié à plus de 3000 personnes dans le monde entier.

Assis à une table sauvée des rebuts de l’université, nous avons discuté autour d’un thé à la menthe indien fait-maison avec Monsieur SK – l’autre membre à temps plein – servant de traducteur. Ensemble, les deux hommes se sont plongés dans les fichiers et les carnets détaillant minutieusement les herbes qu’ils avaient données aux patients et aux chercheurs.

Les détails de chaque visite et les herbes médicinales prescrites ont été soigneusement enregistrés, y compris les aspects plus techniques tels que le stade du cancer des patients. Tout en refusant de commenter un cas spécifique, Monsieur Ng m’a remis un livret de témoignages de visiteurs ayant bénéficié de ses herbes, comme une femme atteinte de cancer qui a trouvé la force de faire face à la chimiothérapie après avoir consommé de l’herbe de Serpent de Sabah, et un homme âgé qui a pu soulager des douleurs articulaires grâce à une concoction de racines de plantes et de graines de Larmille (aussi appelée herbe à chapelets).

Pendant que nous discutons, visiteurs et bénévoles se faufilent afin de rencontrer Ng, approchent avec des salutations chaleureuses et se livrent à des plaisanteries amicales. Il règne un fort sentiment de communauté. La majorité des personnes sont âgées. Ng concède que le jardin ne reçoit pas beaucoup de jeunes visiteurs, mais il espère que cela va changer.

Communauté de personnes âgées et page Facebook

Un étudiant de la NTU est intervenu pour faire évoluer la situation. Lee Jin Long, étudiant en dernière année de Génie Civil, a été le fer de lance du comité des étudiants du Jardin d’herbes médicinales Communautaire de la NTU l’an dernier. Ce comité aide Ng à gérer les relations publiques et à toucher et à intéresser d’autres jeunes lors d’expositions. Il anime la page Facebook et sensibilise sur la nécessité des dons. J’ai rencontré cet étudiant de 22 ans lors de ma seconde visite du jardin, et ai été surpris de découvrir qu’il n’avait initialement aucun intérêt pour les herbes médicinales, mais qu’il a agi simplement par respect et compassion :

«Je faisais du jogging dans les alentours et j’ai découvert qu’il existait un jardin d’herbes médicinales ici. Après avoir parlé à Monsieur Ng, je me suis rendu compte qu’il y avait seulement deux hommes de plus de 60 ans travaillant à temps plein dans un si grand terrain.


« Cela n’est pas très moral [de voir des personnes âgées travailler seules], j’ai donc décidé de voir ce que je pouvais faire pour eux. »

Jusqu’à présent, le comité est parvenu à rassembler plus de 30 membres, mais Lee affirme que seulement quatre d’entre eux apportent leur aide régulièrement. Pourtant, ils persistent dans leurs efforts. Pour Ng et son équipe, sensibiliser la jeunesse est crucial, non seulement pour la viabilité du jardin dans le temps, mais aussi afin de préserver un aspect important de la culture chinoise, selon Tan Thean Teng, un herboriste bénévole depuis la création du jardin :  

« Si personne ne transfère cette connaissance des herbes à la jeunesse, la culture s’éteindra. Nous avons donc la responsabilité de partager notre savoir sur ces herbes avec la jeune génération. »

Aller dans les écoles

Ng a l’intention de sensibiliser les écoles pour que les élèves « jouent avec la terre et les plantes » dans son jardin et qu’ils en découvrent plus sur l’herboristerie chinoise. Il espère également avoir davantage de financements pour améliorer l’expérience des visiteurs dans le jardin, par la construction d’allées couvertes et la plantation de plantes grimpantes en plus grand nombre. Mais plus que l’embellissement de l’espace, il souhaite introduire encore plus de variétés d’herbes au bénéfice des pauvres et des malades.

Quoi qu’il en soit, Ng aura sacrifié son propre bien-être pour se dévouer sans relâche à fournir des herbes gratuitement à la communauté. J’ai appris cela uniquement en parlant à sa fille, Ellyn Ng, qui m’a révélé que son père travaillait dans le jardin pendant plus de 12 heures par jour, restant parfois jusqu’à 20 heures dans l’attente de visiteurs venus pour ramasser leurs herbes :

« Il a des douleurs dans tout le corps, mais il s’engage toujours pleinement lorsque des patients réclament des herbes, et cela à tout moment. Parfois, je dois même demander sa permission pour que nous puissions avoir un peu de temps en famille. Pour moi, il est surmené. »

Ng, de façon prévisible, est en désaccord avec le fait qu’il travaille trop dur. Quand je mentionne ses envies pour la retraite, M. Ng ignore en répondant:

« Les personnes âgées doivent travailler, ou leur cerveau mourra. Elles doivent travailler pour se maintenir actives et en bonne santé.

« Je vais continuer à travailler dans le jardin, jusqu’à ce que je ne puisse plus. »

Traduction : Matthieu Boudet
Source (Kirsten Han / The Online Citizen) : Providing Free Herbs for the sick and needy
Photo : Gina Goh / Sharanya Pillai / NTU Community Herb Garden Student Committee

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