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Cambodge : les bibliothèques au secours des entreprises du textile

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Une première bibliothèque visant à stimuler l’alphabétisation chez les travailleurs de la confection, a été inaugurée mardi 29 décembre dans une usine de la périphérie de Phnom Penh. Elle pose la question de l’apport bénéfique de la littérature aux employés en dehors du travail.

Le Centre de Ressources Bibliothécaires, faisant partie d’un projet financé par l’ONG littéraire Sipar et l’Agence française de développement (AFD), a été ouvert au sein de l’usine de vêtements Japan Rocks, elle-même située dans la zone économique spéciale de Phnom Penh. Il s’agit du premier centre de ce type construit dans le cadre du programme, qui prévoit la création de 18 autres bibliothèques à travers le pays d’ici à la mi-2017.

Selon un communiqué de presse, le projet vise à aider les travailleurs du textile dans leur projet professionnel, en améliorant leur accès à la littérature.

En marge de l’inauguration, Kasuga Tadashi, le directeur général de Japan Rocks, a témoigné de son intérêt pour ce projet. Au vu du faible niveau d’éducation parmi de nombreux travailleurs, il espère que la bibliothèque permettra d’améliorer leur performance dans l’usine et participera ainsi à la croissance de l’entreprise.

Le secrétaire d’Etat du ministère du Travail, Huy Han Song, nuance ses propos et espère que les livres constitueront un véritable tremplin pour les travailleurs :

« J’aimerais vous faire voir les choses un peu différemment… Vous êtes peut-être intéressé par des ouvrages traitant de l’élevage d’animaux, vous viendrez alors ici pour en apprendre davantage sur ce domaine. Peut-être qu’à la suite de cela, vous quitterez votre emploi pour monter – à votre tour – votre propre élevage d’animaux. […] Certains d’entre vous sont analphabètes ou éprouvent des difficultés à lire, ce n’est pas grave. Vous avez l’opportunité de lire au Centre des ressources bibliothécaires. Ce sera peut-être l’occasion de renforcer votre anglais pour devenir un jour, qui sait, professeur d’anglais. Qui parmi vous n’a d’ailleurs pas envie de se perfectionner pour devenir professeur d’anglais? ».

Les travailleurs interrogés se sont montrés impatients de découvrir ce nouveau projet comprenant quelque 1200 ouvrages en langue Khmer, allant des livres de cuisine aux manuels de mathématiques en passant par les revues de mode sur papier glacé.

Le discours de M. Han Song semble avoir touché une corde sensible, et beaucoup de travailleurs se disent intéressés par la façon dont la bibliothèque peut les éduquer et leur permettre d’acquérir des compétences pour trouver à un autre travail ou monter leur propre entreprise dans leur province d’origine.

Sorn Sreyleak, âgée de 19 ans, a déjà des projets plein la tête :

“Je vais utiliser les livres pour obtenir une meilleure culture générale, pour moi-même, mais aussi pour la partager avec ma famille. Pour moi, plus nous lisons, plus nous réunissons des compétences, ce qui signifie que nous pouvons enfin sortir de l’usine. […] Je voudrais être vendeuse dans une épicerie, je suis impatiente de lire les livres de recettes et les magazines alimentaires”.

Sry Sreyleak, 23 ans, espère quant à elle que la lecture pourra l’aider à retourner à la ferme familiale dans la province de Kompong Chhnang:

« Je voudrais vraiment lire des ouvrages liés à l’agriculture et à la cuisine car c’est ce genre de compétences que je peux ramener à mon village et qui l’intéresseront. Je ne serai pas travailleuse du vêtement pendant longtemps, je veux rentrer à la maison pour cultiver. »

Selon Kaing Monika, secrétaire général adjoint de l’Association des fabricants de textile au Cambodge, qui a coopéré au projet, une meilleure exposition à la littérature et à l’éducation n’est pas forcément synonyme de démission dans le secteur du textile. Au contraire, il espère que l’auto-éducation conduira à davantage de promotions au sein des usines :

« Quand les gens sont mieux éduqués, ils ont plus de chances d’obtenir une position plus élevée […]. Il ne s’agit pas que d’un projet pour les travailleurs, cela s’inscrit dans un processus plus grand de l’industrie afin de remonter la chaîne de valeur vers la production d’un produit de qualité supérieure. Nous avons besoin de travailleurs plus instruits. »

Traduction : Aliénor Simon
Source (George Wright et Khuon Narim / Cambodia Daily) : Factory, Gov’t Have Different Hopes for Library
Photo : OIT

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