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Comment le Premier ministre Najib Razak a marqué la Malaisie en 2015

APEC 2013_Najb-Razak
Cela aurait pu être une bonne année, mais non… Najib Razak a marqué la Malaisie de plusieurs scandales, pour toutes les mauvaises raisons possibles.

1/ La tentative d’explication de sa richesse familiale

Tout d’abord, le cabinet du Premier Ministre a cherché à justifier la richesse de la famille de Najib Razak. Selon lui, cette richesse est en partie dûe à des « avoirs hérités de la famille ». Mais tous les frères du Premier ministre ont rapidement démenti, rappelant que leur père était un homme à cheval sur les principes et que « toute insinuation du contraire serait complètement fausse et constituerait une insulte à sa mémoire ». Peut-être Najib Razak et son cabinet avaient-ils eu besoin de sortir rapidement quelque chose du chapeau. En s’y prenant ainsi, la seule personne (1) qui ne pouvait pas être là pour se défendre elle-même s’est retrouvée embarquée dans cette saga.

2/ La redéfinition du mot « donation » en Malaisie

En deuxième lieu, le Premier ministre a fait parvenir la corruption à un niveau inconnu jusqu’alors. Il y a quelques années, il expliquait à la population (dans une affaire actuellement instruite en France liée à la vente de sous-marins Scorpene) que l’argent suspecté d’avoir été détourné n’était pas de la corruption, mais des commissions. Cette année, les 700 millions de dollars retrouvés sur son compte personnel du Premier Ministre, sont une « donation ». Et le terme « donation » pourrait devenir autre chose de nouveau en 2016. D’ores et déjà, quelques signes en ce sens sont apparus dans le Wall St Journal récemment. On peut être poursuivi pour corruption en Malaisie, mais s’il s’agit d’une « commission » ou d’une « donation », vous échappez aux mailles du filet. Attendons et regardons ce qu’apporte 2016.

Un autre moment intéressant a été ce que certains ont perçu comme une célébration de la corruption pendant l’assemblée générale annuelle de l’UMNO (Organisation de l’Unité Nationale Malaise, principal parti de la coalition du Front National au pouvoir). Nous avons vu comment certains dirigeants ont été ostracisés pour avoir élevé le ton contre la corruption. Mais la majorité, par son approbation tacite, paraît donner aveuglement sa bénédiction à Najib Razak pour continuer ses activités de « donation ».

3/ Le passage en force de lois répressives au Parlement

Troisièmement, le retour des lois répressives et l’usage du Parlement pour accélérer leur mise en place. Même sans la majorité des deux tiers (2), Najib Razak a été en mesure de pousser l’adoption de ces lois sans trop de tracas, évitant un vrai débat et son lot de remarques et d’observations. Non pas qu’il ait besoin des deux tiers, mais imaginez seulement s’il disposait d’une telle majorité. Nous aurions alors à coup sûr un dirigeant encore plus autoritaire. Tous les Malaisiens devraient bien s’en souvenir lors des prochaines élections.

4/ Le rapprochement du PAS avec l’UMNO

Quatrièmement, le Premier ministre a fait du bon boulot en faisant exploser la coalition de l’opposition, le Pakatan Rakyat et en amenant le PAS (3) à se rapprocher de l’UMNO. Même le Dr Mahathir (4) n’a pas su séduire le PAS durant son règne. Il faut reconnaître à Najib Razak le fait d’avoir pu faire ce que Mohamad Mahathir n’a pu réussir. Musa Hitam (5) avait raison quand il disait que Najib Razak était le meilleur élève de Mohamad Mahathir. Najib Razak a fait un grand pas en imitant si bien les manières de son maître que celui-ci a désormais bien du mal à suivre l’allure de son élève ! J’espère que le PAS rejoindra formellement l’UMNO afin d’enterrer le PAS un bonne fois pour toutes quand cela arrivera.

5/ La hausse des prix subie par la population

Enfin, le Malaisien ordinaire subit la hausse du coût de la vie, et le Premier ministre semble fermer les yeux sur le problème. La majorité silencieuse ne se contentera pas d’endurer cela très longtemps. Elle détient la clé pour en finir avec les gaffes de Najib Razak, pour l’écarter du pouvoir. Mais en aura-t-elle le courage lors des prochaines élections ?

La Malaisie sera-t-elle marquée à nouveau par Najib Razak en 2016 ou la population veut-elle imprimer sa propre empreinte ? Il est temps de prendre nos responsabilités puisque les politiciens nous ont trahis. Nous voilà, 2016, et bonne année à tous!

Traduction : Nicolas Briand
Source (Damian Denis* / Aliran) : Five ways Najib defined Malaysia in 2015
*Damian Denis est un membre du comité exécutif d’Aliran établi à Penang.
Photo : APEC 2013.

(1) NDT. Allusion au père de Najib Razak, Abdul Razak Hussein, 1er ministre de 1970 à sa mort en 1976.

(2) NDT. Seuil nécessaire à la révision de la constitution, d’une part, et seuil psychologique pour l’UMNO dans sa détermination à contrôler le pouvoir de l’indépendance en 1957. Lors des derrières élections en mai 2013, la coalition de l’opposition a obtenu 52% des voix et 40% des sièges, et le BN emmené par l’UMNO 48% des voix et 60% des sièges, soit son plus mauvais score historique depuis 1969.

(3) NDT. Parti Islamique, membre de la coalition d’opposition qu’il a quitté en 2015 pour se rapprocher de l’UMNO. Implanté essentiellement sur la côte est de la Malaisie péninsulaire.

(4) NDT. Premier Ministre de la Malaisie de 1981 à 2003. Réputé pour son caractère autoritaire.

(5) NDT. Vice-premier Ministre de 1981 à 1987, retiré de la vie politique depuis son opposition à Mahathir lors de la crise politique de l’UMNO en 1987.

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