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Accaparement des terres : une ombre sur Sarawak

Du fait des différentes vagues de colonisation – indienne, chinoise puis européenne – la Malaisie compte une diversité ethnique importante, d’ailleurs vantée dans les catalogues de tourisme. Avec l’industrialisation du pays et l’exploitation intensive de ses ressources naturelles, le mode de vie traditionnel des populations indigènes qui composent une part importante de la population est pourtant fortement menacé. Loin des plages de sable fin sous un soleil de plomb, Charlotte Gautier et Jérémie Lusseau nous emmènent vers un autre Sarawak, plus ombragé.

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Punan Bah est situé à 24 heures de Miri, ville la plus proche en voyageant en taxi, bus et bateau. C’est ici que vivent les Punans, qui résident traditionnellement dans des « longhouses », maisons construites en longueur et divisées en plusieurs parties occupées par différentes familles. Certaines de ces maisons abritent jusqu’à 100 personnes, plusieurs générations réunies sous un même toit. Elles sont construites sur des terres fertiles, permettant aux communautés de les exploiter… quand ces dernières n’en sont pas tout simplement chassées.

Direction, ensuite, Long Lama, près du site de construction du barrage de Baram. Ce barrage fait partie d’un plan global de construction de 12 méga barrages dans l’Etat de Sarawak d’ici à 2020. Il doit entraîner sous les eaux une surface de 380 kilomètres carrés, et 20 000 personnes devront être déplacées. À quelques centaines de mètres de ce site, les militants du collectif Baram Protection Action Committee (BPAC) campent depuis près d’un an et demi pour stopper les travaux, en bloquant l’acheminement des matériaux de façon permanente.

L’Etat de Sarawak n’a intégré la fédération de Malaisie qu’en 1963, soit 5 ans après le départ des colons anglais. Ce n’est qu’après la promulgation d’un nombre important de lois favorisant la protection des droits des communautés indigènes que l’Etat de Sarawak a rejoint la fédération de Malaisie. Selon son code foncier de Sarawak datant de 1958, l’entretien et la culture des terres vierges confèrent aux indigènes un droit permanent sur ces terres. Cependant, ce code a été amendé de nombreuses fois depuis les années 1970, période à laquelle le pays est entré dans une ère d’industrialisation importante.

De nombreuses communautés ont déjà été chassées de leurs terres et leur domaine cultivable leur a été repris. Les indigènes bénéficient certes du droit coutumier sur les terres qu’ils occupent, mais possèdent rarement de titres attestant de leur statut de propriétaires. Le gouvernement use de cette faille pour céder des licences d’exploitation de leurs terres à des entreprises privées, pour les plantations de palmiers à huile, l’exploitation forestière des bois précieux ou encore la construction de barrages hydro-électrique. Aujourd’hui, près de 70% du territoire a été livré aux compagnies d’exploitation forestière.

Charlotte Gautier et Jérémie Lusseau.
Photo : Jérémie Lusseau

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