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La difficulté de mettre fin à la pêche illégale à Kep

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Kep obtient un bureau des pêches et attend un navire de patrouille. Jeudi 3 décembre, le gouverneur de la province de Kep a appelé à mettre fin à la pêche illégale qui sévit dans l’océan, mais les fonctionnaires chargés d’exécuter l’ordre ont expliqué à quel point cela serait difficile de déraciner les communautés de pêche solidement ancrées ici, d’autant plus qu’ils ne disposent pas de bateau.

La mise en place le 3 décembre d’un regroupement des Administrations des pêches à Kep a été décrit par le gouverneur Ken Satha comme un tournant décisif dans la lutte pour sauver l’écosystème sous-marin essentiel ici, qui est mis à rude épreuve presque tous les soirs lorsque les bateaux de pêche traînent leurs lourds filets sur les fragiles fonds marins. Il s’est exprimé lors d’une cérémonie pour inaugurer le bureau central des pêches, qui permet à Kep de s’ajuster avec d’autres provinces côtières :

« Année après année, nous avons vu nos ressources marines se réduire. Il n’y a pas beaucoup de pêche légale ici (…). J’appelle toutes les autorités à coopérer avec les responsables des pêches pour protéger nos ressources marines et mettre un terme à la pêche illégale ».

La cérémonie a promu Kuch Virak, chef adjoint du regroupement des pêches de Kampot, à la tête de la division de Kep, avec une équipe de 3 adjoints et 10 agents prêts à se battre contre à peu près 50 bateaux, en provenance pour la plupart du village de Prek Tanin, qui continuent à sillonner les eaux malgré une pression croissante à y mettre fin.

« Ces pêcheurs utilisent beaucoup de tactiques et nous n’avons jamais eu les outils nécessaires pour les arrêter.
« Il y avait seulement 4 agents des pêches, alors quand ils étaient face à des suspects, il y avait toujours le risque d’un incident ».

Cependant, alors que M. Virak a reçu le pouvoir et l’équipe pour s’attaquer aux chalutiers – souvent occupés à utiliser du courant électrique pour étourdir la vie aquatique et simplifier leur mission – il lui manque encore un outil fondamental.

« Nous n’avons pas de bateau de patrouille et nous ne savons pas quand nous allons l’obtenir », a-t-il dit, expliquant que le ministère de l’Agriculture, des Forêts et des Pêches discutait actuellement de la façon de fournir un navire à ce nouveau regroupement.

Nous n’avons pas pu obtenir d’information d’un porte-parole du ministère. Entre-temps, M. Virak a déclaré qu’il collaborerait avec le Conservatoire Marin du Cambodge (MCC), une organisation située sur l’île de Koh Seh qui a prêté des navires à des fonctionnaires du ministère des pêches dans le passé.

La loi de 2006 sur les pêches au Cambodge rend effectivement tout chalutage illégal dans les eaux côtières peu profondes au large de Kep. La pêche électrique est interdite partout dans le pays. Alors que M. Virak déclarait qu’il était impatient d’anéantir ces 2 méthodes ; qui selon les Conservateurs de la vie marine ont décimé les réserves de poissons de Kep et les zones de reproduction presque à un point de non-retour ; il a également prévenu que des mouvements sociaux pourraient avoir lieu avec les pêcheurs de Prek Tanin à qui on ôterait une source de revenus dont ils dépendent depuis si longtemps.

« Nous devons accorder plus d’attention à la manière de traiter avec ces personnes qui utilisent des méthodes qu’ils appelleraient traditionnelles. Ils pêchent dans cette région depuis 1992, la loi est intervenue après. Il devrait y avoir davantage d’échanges ».

Sao Sarin, chef du regroupement des pêches à Kampot, où la pêche illégale s’est également généralisée, participait aussi à la cérémonie. Il a déclaré que la solution pourrait être de sacrifier une partie de l’océan aux chalutiers en échange de laisser le reste prospérer, tout en concédant que mettre fin définitivement à la pêche illégale était peu probable.

« Nous devons séparer les algues marines de la pêche au chalut. Vous voulez arrêter tout cela? OK, rapportons tous les bateaux sur le continent et gardons les ici ».

Pendant et après la cérémonie d’inauguration du nouveau bureau central des pêches, le tourisme a été mentionné à maintes reprises comme principale raison d’arrêter les chalutiers illégaux, qui en une nuit peuvent transformer les eaux cristallines en une soupe brune et trouble.

Som Chenda, directeur du département tourisme de la province, a affirmé que cette dernière avait déjà reçu plus d’un million de visiteurs cette année (contre 700 000 sur toute l’année 2014) et a déclaré que bannir les chalutiers était crucial pour la survie de l’une des provinces les plus visitées.

« Le crabe, il n’y en a pas assez pour tous les touristes qui viennent dans la province de Kep, le gouverneur en a parlé aussi. Le crabe de Kep est très bon, vraiment délicieux.
Arrêter chalutiers signifierait davantage de crabes. Et plus de crabes, c’est plus de touristes ! ».

Selon Paul Ferber, le directeur de la MCC, qui travaille à la réhabilitation des algues marines autour de Koh Seh, la plongée aussi, a un fort potentiel dans les eaux de Kep et de l’archipel qui s’étend au sud de ses côtes.

« La zone pourrait être parfaite pour apprendre à plonger aux Cambodgiens. Il n’y a pas vraiment de courants, l’eau est peu profonde. Ce pourrait être un terrain d’entraînement.
« Il y a également un énorme potentiel pour les plongeurs accomplis. Il y a des récifs peu profonds – et plus riches qu’à Sihanoukville – des hippocampes et une diversité de vie marine rare que vous ne pouvez pas voir ailleurs. Pour les photographes sous-marins, cela serait une Mecque absolue ! »

M. Ferber a déclaré qu’auparavant il organisait des plongées ici, mais il a été contraint d’abandonner :

« Vous ne pouvez simplement pas vous fier aux conditions. Si les chalutiers sont sortis la nuit d’avant, vous ne pouvez même pas voir votre étudiant en face de vous ».

Traduction : Élodie Prenant
Source (Sek Odom et Matt Blomberg / The Cambodia Daily) : Kep Gets Fisheries Office, Waiting on Patrol Boat
Photo : TimWebb / Flickr > photothèque

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