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Philippines : le faible allaitement maternel met en péril la santé des enfants

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Au lieu de contrôler la consommation de préparations pour nourrisson, le gouvernement philippin a soutenu une campagne publicitaire de Nestlé pour un lait infantile, malgré les risques que cela comporte pour les enfants philippins.

Agée de 26 ans, Rachel (nous avons caché sa véritable identité) est l’une des milliers de mères philippines accablées par les conséquences de l’allaitement artificiel. Matthew (10 mois), son premier enfant, a reçu dès sa naissance un lait artificiel, aucun professionnel de santé n’ayant attiré son attention sur la possibilité d’allaiter son enfant malgré une inversion des mamelons (le téton ne sort pas du tout ou difficilement). Cela lui coûte 80 euros par mois et l’enfant a déjà été hospitalisé à trois reprises pour diverses maladies.

Une étude réalisée à Manille en 2009 par l’Association internationale des consultants en lactation (ILCA) montre que les bébés de moins de 6 mois nourris au lait artificiel ont plus de risques d’être hospitalisés pour cause de maladie infectieuse, de pneumonie ou de diarrhées comparativement aux enfants exclusivement nourris au sein.

Selon une Enquête de nutrition nationale réalisée en 2013, seulement 28% des enfants philippins sont exclusivement nourris au sein jusqu’à 6 mois. L’Unicef estime que 16 000 bébés meurent chaque année aux Philippines car l’allaitement maternel n’a pas été poursuivi (600 000 dans le monde).

D’après l’Unicef les bébés nourris aux préparations pour nourrisson sont en outre plus vulnérables à l’asthme, aux allergies, aux cancers infantiles, au diabète de type 1 pendant l’enfance et aux maladies cardio vasculaires, l’obésité, aux infections gastro intestinales ou des oreilles à l’âge adulte. Citant diverses études, l’organisme en déduit que cette alimentation entrave la capacité cognitive et la réussite scolaire des enfants.

16 000 bébés meurent chaque année aux Philippines car l’allaitement maternel n’a pas été poursuivi.

Sept marques de préparations pour nourrissons ont été retirées du marché. Elles étaient jugées potentiellement dangereuses par l’Agence américaine des produits alimentaires et des médicaments (The United States Food and Drug Administration). Entre 1982 et 1994, 22 préparations pour bébés ont été rappelées à cause d’inexactitudes de la valeur nutritionnelle.

En 2006 le laboratoire Wyeth a détruit des lots de préparations pour nourrisson dont les boîtes étaient rouillées.

Marketing agressif

Nona D. Andaya Castillo, membre du International Board Certified Lactation Consultants (IBCLC) aux Philippines, considère le manque d’empressement du gouvernement philippin à promouvoir l’allaitement maternel, comme l’un des facteurs responsables du faible taux d’allaitement maternel dans le pays.

La commercialisation agressive des préparations pour nourrisson n’est toujours pas régulée malgré de soi-disant dispositions légales. Un rapport d’AC Nielsen dénonce le fait que plus de 92 millions d’euros ont été dépensés pendant le premier semestre de 2006 pour la publicité de préparations pour nourrisson aux Philippines.

Selon une étude de 2011 publiée par le Journal de Médecine et de Sciences sociales, les mères philippines qui sont exposée à cette publicité sont 6,4 fois plus susceptibles d’arrêter l’allaitement maternel avant l’âge de 1 an de leur bébé. Une étude comparable rapporte en 2009 :

“Au cours des 60 dernières années la commercialisation agressive mondiale des industriels du lait infantile… a discrédité l’allaitement comme méthode saine et désirable pour l’alimentation du nourrisson”.

Au niveau mondial, les ventes annuelles de substituts au lait maternel dépassent les 29 millions d’euros. Une étude publiée en 2003 dans le Journal of Human Lacatation signale que même les familles vivant avec moins de 2 dollars par jour achètent des préparations pour nourrisson.

Non respect des lois

Le décret 51 appelé Code du Lait (Milk Code) réglemente la publicité et la commercialisation des laits infantiles. Il exige que l’étiquetage des produits indique les recommandations suivantes en anglais en en philippin :

    1. l’allaitement maternel est préférable pour les bébés jusqu’à 2 ans et au-delà ;

    2. Message important : rien ne remplace le lait maternel ;

    3. Ce produit est susceptible de contenir des micro-organismes pathogènes et doit être préparé et utilisé convenablement.

Le Code du lait précise que les avertissements visibles doivent aussi préciser sur l’étiquette :

“l’utilisation de compléments lactés ou de laits en poudre ne doit être autorisée que sur les conseils d’un professionnel de santé.”

et

“l’utilisation inutile et impropre de ce produit peut être dangereuse pour la santé de votre enfant”.

Ces messages ont disparu depuis 2010 des publicités de préparations pour nourrisson. Nona Andaya Castillo et l’association Breastfeeding Philippines ont lancé une pétition en ligne pour réclamer le retour de ces avertissements et régulariser ce qu’on appelle communément les substituts de lait maternel pour les enfants de 0 à 3 ans. Elle questionne également le partenariat entre l’Institut de recherche alimentaire et nutrition (FNRI) du ministère de la Science et de la Technologie et le groupe Nestlé Philippines.

Campagne marketing de Nestlé

La marque Nestlé qui fabrique plusieurs préparations pour nourrisson, soutenue par le FNRI, a lancé une campagne appelée « Tous unis pour la santé des enfants ».

“Au lieu d’interdire la consommation de préparations pour nourrissons le gouvernement établit un partenariat avec une entreprise dont les enfants philippins sont la cible”.

Le défenseur de l’allaitement maternel ajoute que le DOH n’a pas pleinement mis en pratique le Code du lait et la loi RA 10028 (Republic Act 10028) ou Loi sur la promotion de l’allaitement maternel. Cette loi prévoit des espaces pour pouvoir allaiter au sein des institutions et établissements. Elle exige que les salariées qui allaitent puissent prendre des pauses pour allaiter ou tirer du lait.

La semaine dernière la secrétaire d’État à la Santé Janette Garin a déclaré que le non respect des pauses d’allaitement et le manque d’espaces dédiés sur les lieux de travail sont des freins à un allaitement maternel constant.

Nona Andaya-Castillo déclare que puisque le DOH favorise l’allaitement au sein il doit aussi protéger et soutenir les mères.

Parallèlement, Luzviminda IIagan et Emmi de Jesus représentant le parti des femmes Gabriela ont déposé la Résolution 2194 à la Chambre des députés pour connaître les raisons de la non application de la RA 10028.

Note au lecteur : AlterAsia traduit aujourd’hui cet article datant du 26 août 2015, récompensé d’un prix média par l’ONG Save The Children.

Traduction : Michelle Boileau
Source : Ronalyn V. Olea / Bulatlat.com Children’s health at risk with low breastfeeding practice

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