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Liberté de la presse aux Philippines, les assassinats de journalistes se poursuivent

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Selon l’Indice d’impunité 2014 du Comité pour la Protection des Journalistes (CPJ), les Philippines arrivent en 3e place du classement. À son arrivée à la tête du gouvernement, le président Benigno Aquino III avait pourtant promis de résoudre les assassinats de journalistes et autres violations des droits humains.

Dans son discours du 10 décembre 2010 pour la Journée internationale des Droits de l’Homme, le Président Benigno Aquino avait déclaré:

« Les auteurs de violations des droits de l’homme seront tenus responsables de leurs actes et l’État protègera, avec un engagement sans faille, les droits de tous ses citoyens ».

Il avait même ajouté quelque chose comme :

« La culture du silence, de l’injustice et de l’impunité qui régnait autrefois appartient maintenant au passé ».

Pourtant, le dernier assassinat de journaliste aux Philippines a eu lieu à Quezon City, deux jours avant la commémoration de la Journée internationale de la fin de l’impunité, le 2 novembre.

Le 31 octobre, José Bernardo, un journaliste bénévole de la station de radio DWIZ, a été abattu par un tireur isolé, devant un fast-food de Barangay Kaligayahan, à Quezon City. S’il est prouvé que ce meurtre est lié à l’exercice de son travail, José Bernardo sera le 31e journaliste à avoir été abattu sous l’administration Aquino, selon la surveillance effectuée par le Centre pour la liberté et la responsabilité des médias (CMFR).

Outre Bernardo, trois autres journalistes assassinés étaient basés dans la ville de Manille, chose qui n’était pas arrivée depuis de nombreuses années.

80% des victimes étaient des journalistes radio et des reporters basés dans les provinces.

Selon l’indice d’impunité 2014 du Comité pour la Protection des Journalistes (CPJ), les Philippines arrivent en 3e place du classement, après l’Irak et la Somalie.

Le CPJ a déclaré qu’il y avait 0,527 meurtres non résolus de journalistes par million d’habitants aux Philippines.

L’accusation de diffamation

Ceux qui n’ont pas été littéralement réduit au silence ont été visés par des accusations de diffamation. Selon les données du CMFR, 26 plaintes ont été déposées à l’encontre de journalistes au cours des cinq dernières années. Aux Philippines, la diffamation est un acte criminel, malgré la recommandation du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) en octobre 2011 pour la décriminaliser.

En se prononçant sur l’appel déposé par le journaliste radio Alexander Adonis, reconnu coupable de diffamation, le HCDH a déclaré :

« La loi sur la diffamation des Philippines est incompatible avec le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), dont le pays est signataire ».

La plupart des cas de diffamation proviennent d’articles dénonçant des soupçons de corruption et d’autres anomalies. 60% de ces cas ont été déposés par des membres du gouvernement.

Au lieu de respecter l’appel à décriminaliser la diffamation, la loi sur la cybercriminalité promulguée en 2012 a étendu et renforcé les lois sur la diffamation aux Philippines. La nouvelle loi augmente de façon drastique la peine pour diffamation en matière de cybercriminalité, avec une peine minimale multipliée par 12, qui passe de 6 mois à 6 ans. La peine maximale est doublée, passant de 6 à 12 ans de prison.

Les différentes attaques contre les journalistes

Une centaine d’autres attaques contre des journalistes ont été enregistrées par le CMFR, des menaces de mort aux offensives « anti-rouges » (ou « anti-communistes »), en passant par des agressions physiques ou encore des tentatives de meurtre.

Neuf tentatives de meurtre ont ainsi été enregristrées. L’une des victimes, le journaliste radio Cosme Maestrado, a finalement été abattu devant un centre commercial très fréquenté d’Ozamis, le 27 août dernier. Il y a 4 ans, il a pu échapper à la mort lorsque des individus non identifiés ont tiré sur lui. Il n’a pas été aussi chanceux la deuxième fois.

Dans certains cas, les menaces sont répétées. La journaliste et présentatrice du journal télé, Ces Drilon, a reçu des menaces de mort par sms. Elle a déclaré au CMFR qu’elle avait commencé à recevoir des menaces après avoir écrit un article à propos de l’avocat des suspects du massacre d’Ampatuan.

Le massacre d’Ampatuan a eu lieu le 23 novembre 2009 dans la ville d’Ampatuan, province de Maguindanao, et a coûté la vie à 58 personnes, dont 32 journalistes. Les principaux suspects sont les membres du puissant clan Ampatuan.

Offensives « anti-rouge »

Les offensives « anti-rouge », constituent une autre forme d’attaque qui se poursuit sous Aquino. Sous le gouvernement précédent de Gloria Macapagal-Arroyo, plusieurs organisations de médias comme l’Union nationale des journalistes des Philippines (NUJP), le Centre philippin pour le journalisme d’investigation (CPJI) et Bulatlat.com, ont été désignés par les militaires comme « ennemis de l’Etat ». Récemment, un journaliste primé a été étiqueté comme gauchiste.

En septembre dernier, sur la page Facebook de « la Justice et la Vérité prévaudront » (Justice and Truth shall Prevail), Inday Espina-Varona d’ABS-CBN, un site d’informations en ligne, a été qualifiée de membre actif du Parti communiste des Philippines (CPP), de la Nouvelle armée populaire (NPA) et du Front national démocratique des Philippines. Et une photographie (un mème, plus exactement) la représentant a été mise en ligne avec un marteau et une faucille en arrière-plan.

Deux mois plus tard, l’armée attaquait ouvertement Varona dans le cadre d’une offensive anti-communiste. Dans une déclaration publiée dans les médias il y a quelques semaines, le Colonel Alexander Macario, commandant de la 401è Brigade d’infanterie, a insinué que Varona avait des liens avec la guérilla communiste, la NPA. Réagissant sur le post de Varona sur les réseaux sociaux au sujet de l’incendie d’une école de la communauté Lumad à Sibagat, dans la province d’Agusan del Sur, il a même déclaré :

« Cela pose la question de ses sources d’informations. Mis à part les témoins, les seules personnes qui peuvent donner cette information sont les responsables. Il semble que cet incident ait été planifié et orchestré ».

L’armée a accusé la NPA de l’incident et Varona considère cette déclaration comme une menace sérieuse. Elle compte déposer une plainte, y compris le Writ of Amparo (recours spécial pour les droits constitutionnels, ndt).

Deux autres professionnelles des médias alternatifs – Janess Ann J. Ellao de Bulatlat.com et Alma Sinumlag de Northern Dispatch – sont également devenues des victimes de cet étiquetage communiste.

Pas de liberté d’information aux Philippines

Sept cas de déni d’accès à des informations et à des sources ont enfin été enregistrés. Un exemple est l’incident du 17 septembre 2014, lorsque plusieurs journalistes ont été empêchés de couvrir le procès du massacre d’Ampatuan dans la ville de Taguig.

Malgré de fortes pressions exercées par les groupes de presse et leurs défenseurs, le Congrès philippin n’a pas voté la loi sur la liberté de l’information. Aquino quittera la présidence en juin 2016. La culture du silence, de l’injustice et de l’impunité règne toujours.

Traduction : Élodie Prenant
Source : Ronalyn V. Olea / Bulatlat Under Aquino, Media Killings and other Killings Unabated

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