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Les Philippines parient sur l’éducation pour combattre le travail des enfants

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Malgré la croissance économique asiatique, environ la moitié des enfants travailleurs dans le monde vivent en Asie-Pacifique. Aux Philippines, presque 20 % des 5-17 travaillent au lieu d’étudier.

San Miguel, Philippines (Thomson Reuters Foundation) : Le visage de Marnel Arcones s’éclaire d’un large sourire quand il parle de son retour à l’école après des années de dur labeur comme enfant travaillant dans des usines, des fermes ou bien en tant qu’employé de maison.

Quand il avait 15 ans, sa mère a abandonné la famille et son père ne pouvait subvenir aux besoins de ses sept enfants avec son maigre salaire de journalier dans les Visayas Orientales, une des régions les plus pauvres des Philippines. Arcones a donc dû quitter l’école pour travailler.

Le maigre jeune homme de 21 ans devant la petite maison en bois qu’il partage avec son frère à Cambayan, un hameau du district de Basey sur l’ile Samar, se souvient :

“J’étais très triste de quitter l’école mais ma famille est tellement pauvre que je n’avais pas le choix”.

20% des enfants philippins travaillent

Arcones est devenu l’un des quelque 5,5 millions d’enfants philippins âgés de 5 à 17 ans qui travaillent – presque 20 % de la jeunesse du pays.

Près de trois millions d’entre eux occupent des emplois dangereux, principalement dans les mines, l’agriculture et l’industrie du sexe tandis que les autres donnent un coup de main dans les fermes familiales ou bien font des petits travaux qui ne mettent pas leur santé en danger ou n’interrompent pas leur éducation.

Il y a une forte demande de travail des enfants en Asie, région qui connaît la plus forte croissance économique au monde. D’après l’Organisation Mondiale du Travail, environ la moitié des 168 millions d’enfants travailleurs dans le monde sont dans la région Asie-Pacifique.

Du travail facile au dur labeur : les différentes formes de travail forcé

Arcones a tout d’abord travaillé comme employé de maison dans une ville voisine avant de partir pour la capitale Manille où des salaires plus élevés lui permettraient d’envoyer plus d’argent à sa famille.

Mais les longues journées de travail et la vie dans une grande ville ont été dures pour ce garçon timide de la campagne. Il est rentré chez lui au village où, les bons emplois étant rares, il a pris ce qui se présentait.

« Le travail était vraiment, vraiment dur. Je travaillais pendant de longues heures et transportais des sacs de riz très lourds ou du bois des montagnes. Mais je ne pouvais pas abandonner. Je devais travailler pour que mes jeunes frères et soeurs puissent aller à l’école ».

Il montre une grande cicatrice sur le ventre, les traces de l’opération d’une hernie survenue à force de soulever de lourdes charges.

Les emplois sont devenus encore plus rares après le passage du typhon Haiyan (Yolanda) qui a dévasté les Visayas Orientales en 2013, obligeant Arcones à accepter l’aide de Terre des Hommes qui œuvre dans la région pour encourager les enfants à retourner à l’école. Depuis juin de l’année dernière, il fréquente à nouveau l’école secondaire grâce à l’aide financière de cette ONG.

« On me taquine parce que je suis ‘vieux’ mais je m’en fiche, je suis tellement heureux d’être de retour à l’école et cette fois-ci je vais rester parce que je veux une vie meilleure ».

Il est devenu représentant des jeunes au conseil de son village et veut faire passer le message aux enfants sur l’intérêt à aller plus loin que l’école primaire.

D’abord la survie, ensuite l’éducation

Les travailleurs humanitaires et les enseignants rappellent que faire travailler les enfants constitue un mode de vie dans de nombreuses zones rurales des Philippines qui restent engluées dans la pauvreté en dépit de la forte croissance économique générale.

Selon la Banque Mondiale, plus de 45 % des habitants des Visayas Orientales sont pauvres contre 25 % à l’échelle nationale.

Donabelle Abalo, chef de projet local à Terre des Hommes :

« La pauvreté est la principale raison pour laquelle beaucoup d’enfants quittent l’école. Mais cela fait également partie de la culture. Beaucoup de parents n’accordent pas de valeur à l’éducation car eux-mêmes n’ont pas terminé leur parcours scolaire ».

Même si l’éducation est gratuite, beaucoup d’enfants ne vont pas à l’école car le coût des livres, des uniformes, des repas et du transport sont prohibitifs pour leurs familles.
Cipriano Gadil, enseignant mobile au sein du programme gouvernemental Système Alternatif d’Education, propose une éducation informelle aux enfants non scolarisés :

« Ici, survivre passe en premier, avant d’envoyer les enfants à l’école. C’est un travail difficile car nous avons peu de ressources ici ».

Il couvre 30 communautés du district avec seulement un collègue.

« Nous devons faire un gros travail de persuasion parce que beaucoup d’enfants vont à l’école le ventre vide alors, ils préfèrent s’en aller et travailler ».

Dans le lycée voisin Simeon Ocdol, sévèrement touché par le typhon Haiyan, la directrice Maria Teresa Refugio rapporte que les enseignants ne ménagent pas leurs efforts pour convaincre les parents d’envoyer leurs enfants à l’école.

« Heureusement, nous avons peu d’abandons. Mais c’est un processus continu de tendre la main et de persuader les parents pour que les attitudes changent ».

Déjà avant le typhon Haiyan, beaucoup d’enfants travaillaient dans l’agriculture mais la perte du revenu familial après la catastrophe en a poussé encore plus vers des travaux dangereux, regrette Donabelle Abalo, de Terre des hommes.

Le gouvernement, préoccupé par l’augmentation après Haiyan du nombre d’enfants victimes de la traite pour le travail, a intensifié ses efforts pour éradiquer les pires formes de travail des enfants, l’accès à l’éducation étant un élément clef de cette stratégie.

Les Philippines ont également ratifié toutes les conventions internationales majeures relatives au travail des enfants.

Mais un rapport du gouvernement américain de 2014 sur les pires formes de travail des enfants aux Philippines indique que, bien que Manille ait presque doublé le nombre des fonctionnaires chargés de l’application de la loi, cette dernière reste difficile à faire appliquer en raison du nombre restreint d’inspecteurs et du manque de ressources pour les inspections.

Traduction : Édith Disdet
Source (Thomson Reuters Foundation) : Philippines bets on appeal of education to fight child labour
Photo : moyerphotos/Flickr

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