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Thaïlande : Greenpeace publie un rapport accablant sur pêche au thon

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Dans un nouveau rapport publié en ‘octobre dernier, l’ONG de défense de l’environnement Greenpeace a accusé l’industrie mondiale de la pêche au thon d’être « hors de contrôle » et de décimer les poissons des océans, de détruire les autres formes de vie marine et de maintenir sa main-d’œuvre en esclavage.

La principale cible de la colère de Greenpeace est Thai Union Group, la plus grande société mondiale de pêche au thon, qui fournit les marques John West et Chicken of the Sea. Greenpeace a annoncé le lancement d’une campagne internationale pour éduquer les consommateurs et inciter Thai Union Group à s’occuper des abus commis sur l’environnement et à l’encontre de sa main-d’œuvre dans ses chaînes d’approvisionnement.

Ce n’est pas la première fois que Thai Union se trouve au cœur de la controverse, loin de là : sa réputation est vraiment déplorable. En plus des accusations portant sur la dégradation des mers, le groupe se voit reprocher de cautionner l’utilisation d’une main-d’œuvre esclave composée de pêcheurs birmans et cambodgiens. En juillet dernier, le New York Times a publié un article rapportant les propos d’un ancien pêcheur. Il était retenu captif sur un bateau chargé d’approvisionner un navire entreposé qui vendait la marchandise à une conserverie de Thai Union, située dans la ville de Songkla sur l’isthme de la Thaïlande.

Bien que membre du Pacte mondial des Nations unies et membre fondateur de la Fondation internationale pour la Durabilité des Poissons et des Fruits de mer (ISSF), le conglomérat est considéré par les écologistes comme l’une des plus grandes forces d’épuisement des réserves de thon dans les océans. La surveillance internationale de la pêche est d’ailleurs toujours considérée inefficace.

Les populations de thon rouge du Pacifique nord ont été ravagées, avec une diminution de 96% selon les recherches menées par le Centre de recherche Pew de Washington DC. En dépit de cela, des conserveries de poisson géantes continuent à exploiter le Pacifique, à la recherche de poissons désormais presque disparus, en soulevant des inquiétudes sur l’effondrement total de l’industrie de la pêche. Alarmée par la chute dramatique des réserves de thon, l’Agence japonaise des Sociétés de Pêche a annoncé en 2014 qu’elle allait réduire de 50 % la prise autorisée en thon rouge immature du Pacifique pour son pays en 2015.

Les flottes de pêche au thon utilisent des sennes coulissantes, filets géants qui encerclent des bancs de poissons et des lignes de pêche longues de dizaines de kilomètres émaillées de milliers de hameçons, qui capturent toutes espèces de vie marine sans distinction. Ces pratiques de pêche au thon sont les plus destructrices, selon un rapport publié par l’ONG de défense de l’environnement Mongabay : 35 % des prises seraient des captures accessoires, d’espèces autres que le thon.

Petit Navire dans la ligne de mire

Dans l’ensemble, la Thaïlande est le troisième exportateur mondial de poisson et de produits de la pêche, pour une valeur estimée à 7 milliards de dollars en 2010. Ce volume d’exportation n’est surpassé que par la Chine et la Norvège. Les entreprises de pêche thaïlandaises ont augmenté la taille de leurs prises face à un système de régulation considéré comme quasi inexistant. Le thon rouge n’est pas le seul à être menacé d’extinction dans certaines régions : à mesure que de nouveaux chalutiers sont mis à la mer, de nombreuses autres espèces seraient également en train de disparaître dans le Golfe de Thaïlande et dans la mer d’Andaman.

Avec des usines en Thaïlande, en Indonésie, au Vietnam et aux États-Unis, le groupe Thai Union, propriétaire des marques internationales Chicken of the Sea et John West, est le plus grand producteur de thon surgelé et en conserve de Thaïlande. Il est également l’un des plus grands producteurs de thon du monde. Par ailleurs, il possède aussi Petit Navire, Parmentier, Mareblu et Century sur le plan international, ainsi que Sealect, Fisho et Belotta au niveau national.

Bien que Thai Union ait publié des communiqués de presse déclarant qu’il était possible pour les consommateurs de tracer par ordinateur la provenance de chaque boîte de thon jusqu’à son lieu de prise, Greenpeace proclame que ces déclarations sont non fondées et appelle à un remaniement immédiat de cette industrie. Nos océans, les ouvriers du secteur de la pêche et les consommateurs méritent mieux que cela.

Des pêcheurs traités comme des esclaves

Selon le rapport de Greenpeace, les ouvriers « expliquent qu’ils sont battus, maltraités et forcés à travailler sur des bateaux pendant plusieurs mois ou même plusieurs années d’affilée. Les bateaux de pêche emploient des méthodes qui causent des ravages sur la vie marine. Le thon est même entreposé dans les mêmes conteneurs d’expédition que le carburant utilisé par les bateaux, avant d’être vendus aux consommateurs. »

le rapport ajoute : « Nous savons grâce à des reportages percutants diffusés dans les médias et grâce à nos propres investigations que Thai Union est gravement impliqué dans des cas de maltraitance et d’abus avérés concernant les droits de l’Homme et l’environnement ». L’ONG a appelé les États-Unis, plus grand pays consommateur mondial de thon en boîte, à jouer un rôle majeur dans le redressement de cette situation.

Le rapport pointe plus particulièrement du doigt Chicken of the Sea, troisième marque la plus vendue aux États-Unis après la marque Starkist et les magasins Kroger, également très critiqués comme étant « les enseignes de commercialisation de thon les plus destructrices aux États-Unis autant pour nos océans que pour la main-d’œuvre de cette industrie. Chicken of the Sea ne propose aucun produit durable ou éthique aux consommateurs américains et sa société mère a été à plusieurs reprises liée à des affaires de violation de droits de l’Homme et de destruction de l’environnement dans le monde. Il est temps que Chicken of the Sea se montre à la hauteur de sa position de leader de l’industrie pour garantir les niveaux d’exigence qu’il prétend respecter. »

La nécessité d’une pression publique

Plus tôt en 2015, Greenpeace a publié son guide pour l’achat du thon en boîte qui évalue 14 sociétés de pêche au thon selon divers critères, dont leur durabilité et leur manière de traiter la main-d’œuvre. L’ONG engage les marques phare et détaillants sur les marchés principaux, y compris au Royaume-Uni et en Australie, à réorganiser leurs chaînes d’approvisionnement en thon. « Malheureusement, les principales marques américaines restent à la traîne », constate le rapport. « Aujourd’hui, nous luttons contre la plus grande société internationale de commercialisation du thon et contre ses marques dans le monde entier. Cela va demander tous les efforts dont nous sommes capables. Nous savons que le jeu en vaut la chandelle : quand nous aurons changé Thai Union Group, nous aurons amorcé la transformation de l’ensemble de l’industrie du thon. Chicken of the Sea et Thai Union Group doivent prendre des mesures immédiates pour faire le ménage dans leurs chaînes d’approvisionnement. Mais pour que ce changement se produise, la direction de l’entreprise doit sentir la pression du public partout dans le monde. »

Traduction : Cindy Presne
Photo : Solidarity Center
Source (Asia Sentinel) : Greenpeace outraged Thailand Tuna Fleet

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