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Analyse de la crise économique de la Malaisie (1/3)

Berjaya Times Square

Dans le cadre de son budget 2016, le gouvernement malaisien fait face à des défis sans précédent. L’économiste Datuk Ramesh Chander et le chercheur en sciences politiques Bridget Welsh s’interrogent sur la capacité du pays à résoudre ses défis économiques. Le premier volet de leur analyse se penche sur les facteurs conjoncturels.

Cette année a été le théâtre de changements d’envergure pour l’ensemble des acteurs politiques et économiques de Malaisie. Contrairement aux premiers temps du mandat (désormais fixé à 6 ans et demi) du Premier Ministre Najib Tun Razak, l’économie connaît une période difficile, marquée par une croissance atone, une inflation grandissante, un niveau élevé de fuite des capitaux, une baisse de la confiance des consommateurs et des investisseurs ainsi qu’une dépréciation de la monnaie.

Alors le gouvernement présente son prochain budget, les évaluations ont largement ignoré la façon dont les lacunes structurelles et politiques de l’administration ont contribué au déclin économique actuel.

2015 marque le déclin des exportations

Globalement, l’économie malaisienne a rencontré des vents défavorables qui ont eu un impact de taille sur sa santé économique. Trois forces distinctes interdépendantes sont en jeu : les évolutions mondiales, la baisse de confiance et de leadership et les échecs politiques liés à une réticence à engager des réformes structurelles de fond pourtant nécessaires.

La Malaisie fait face à un environnement international défavorable. Le ralentissement de l’économie chinoise, principal partenaire commercial du pays, a contribué à la forte baisse de la croissance de son PIB. La reprise amorcée par l’économie américaine n’a pas suffit à combler le vide laissé par le ralentissement chinois, qui a coupé le moteur de la croissance.

Quatre économies régionales sont sous-tension : Singapour, l’Indonésie, la Thaïlande et la Malaisie. La baisse généralisée des monnaies du sud-est asiatiques face au dollar américain et la diminution des exportations ont jeté un froid sur la région. La baisse des prix du gaz et du pétrole (maintenant à des prix plus de moitié moins élevés que ceux qui prévalaient il y a un an) ont eu un impact particulier sur la Malaisie. Les recettes publiques issues du pétrole ont par le passé représenté près de 40 % de ses revenus. La baisse des prix d’autres denrées, dont le caoutchouc et l’huile de palme, a affecté les revenus issus de l’exportation, contribuant à la diminution des fonds gouvernementaux.

Corruption : 1MDB, l’affaire de trop?

Ce contexte global négatif a été exacerbé par une crise politique prolongée qui a impliqué le Premier Ministre. L’article paru au mois de juillet dans le Wall Street Journal dénonçant l’existence de dépôts de près de 700 millions de dollars US liés au fonds souverain 1MDB (1Malaysia Development Berhad) sur le compte personnel du Premier Ministre a soulevé de nombreuses interrogations sur la gestion de l’économie par Najib. Au lieu de mener une enquête approfondie sur ces accusations, le gouvernement a saboté tous les efforts mis en œuvre pour regagner la confiance. Cette situation a alimenté les préoccupations à propos du mode de gouvernance, qu’il s’agisse de l’intégrité de la Banque nationale (Bank Negara) ou de la gestion des entreprises semi-publiques. Plusieurs juridictions s’étant saisies de l’enquête sur les transactions impliquant 1MDB, cette crise a placé la Malaisie sous les feux des projecteurs de manière négative sur la scène internationale. Le gouvernement de Najib a réagi en tentant de consolider ses soutiens internes via une protection des élites du parti, une augmentation des arrestations et une mobilisation basée sur l’origine ethnique. Cette mobilisation a pris la forme d’un rassemblement malais à caractère chauvin qui menace le bien-être des minorités ethniques de Malaisie et renforce le sentiment d’un gouvernement faible, manquant de confiance et de stabilité. En refusant de prendre ses responsabilités et de répondre aux critiques grandissantes, Najib voit sa côte de popularité battre des records de faiblesse.

Baisse de l’investissement privé et de la consommation des ménages

Le contexte économique national est un élément à part entière du mécontentement. L’environnement international défavorable conjugué à la crise politique nationale a conduit à un déficit de l’investissement privé. La consommation des ménages s’est ralentie pour trois raisons majeures. L’une d’elles est la hausse attendue de l’inflation qui a freiné les consommateurs et qui a été aggravée par une TVA à 6% en avril. La dépréciation du ringgit a continué de grignoter la confiance des consommateurs, s’ajoutant à la pression inflationniste et au ralentissement du commerce.

Les dépenses publiques en termes réels ont été faibles. Ce phénomène est dû au niveau réduit de l’investissement dans le secteur public, lié à la volonté de maîtriser l’ampleur du déficit et de ne pas dépasser le plafond fixé de 55% du PIB. Le lancement de projets au compte-gouttes après l’annonce du nouveau plan quinquennal a également contribué à cette situation.

L’évolution des marchés mondiaux et la crise politique nationale ont affaibli le taux de croissance du PIB en 2015. Dans ses dernières « Perspectives de l’économie mondiale » (World Economic Outlook), le FMI a estimé la croissance à 4,7% pour l’année en cours. La balance courante extérieure serait à 2,2% du PIB et l’inflation à 2,4%. Les projections pour 2016 ne prévoient pas de reprise. Au contraire, une croissance plus faible et une diminution de la balance externe sont attendues pour l’année prochaine.

Datuk Ramesh Chander a été le premier chef du Département de la statistique en Malaisie, puis conseiller économiste du vice-président de la Banque mondiale.

Bridget Welsh est professeur de science politique à l’Université Ipek, chercheur associée au Center for East Asian Democratic Studies de Université nationale de Taiwan, du Centre Habibie et de l’Université Charles Darwin.

Traduction : Elsa Favreau
Photo : Joseph Younis / Flickr
Source (New Mandala) : Solving Economic Crisis

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